50 ans après Mai 68 #4 Changer la vie

Changer la vie

Quand une situation est devenue intolérable, il faut la changer. Ce devoir est inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793, préambule de la Constitution de 1958 et fondement de tous nos droits constitutionnels.

Article 35. – Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

Il est temps d’un nouveau Mai 2018. Il faut rééquilibrer la société, au-delà des différences, au-delà des haines et des violences. Il faut restaurer l’harmonie entre les êtres vivants, humains, animaux, végétaux. L’exclusion n’existe pas dans la nature, sauf quand l’humain s’en mêle. Tout coexiste, s’unit, se transforme, mute et s’enrichit.

La nature est mon guide. Elle m’a soignée. Elle m’a appris les cycles de la vie, l’éternel retour du soleil et des étoiles, avec leurs aspects tendus ou harmoniques.

Les moments où il faut s’arrêter de lutter contre le courant pour retrouver son rythme propre.

Les périodes où se rechargent les batteries.

Les instants de grâce où l’inspiration nous invite à l’action.

La nature est notre mère à tous. Gaïa est notre Alma Mater. Écoutons-la. Quoi que nous fassions, elle restera, même après nous, quitte à évacuer le genre humain, comme un chien gratterait ses puces.

Si nous voulons survivre, nous devons nous unir et faire de nos différences nos richesses communes.

Ce n’était pas mieux avant !

Beaucoup pleurent sur le passé et gardent la nostalgie du « c’était mieux avant ! »

Quand on a un peu le sens de l’histoire et qu’on replace les événements dans leurs contextes spatio-temporels, on réalise vite que ce n’était pas mieux avant. Mais nous sommes arrivés à une période où nous pouvons tellement régresser que nous risquons de penser que « c’était mieux avant ! ». Rien n’est jamais définitif, tout peut être remis en question. Un pays garde sa cohésion quand les bases constitutionnelles sont admises par le plus grand nombre. Mais tout peut changer très vite, comme la dernière année nous le démontre.

Si j’ai pensé un temps que « c’était mieux avant », j’ai cessé de le penser quand, en Ariège dans les années 70, un retraité des Postes m’a raconté que non, ce n’était pas mieux de son temps.

Petit facteur ariégeois parti de la Cabirole, il avait fini sa carrière au ministère parisien. Revenu passer ses vieux jours au village où nous habitions, il me racontait la vie des facteurs quand ils travaillaient même le dimanche, par tous les temps, dans des conditions difficiles, dans des endroits retirés, même à l’accès escarpé, parce que chaque foyer avait droit au même service public.

Le vieil homme avait une noble prestance. Je le rencontrais parfois avec les autres personnes âgées du village, lors de leur tour régulier de marche à pied quand le soleil chauffait la route montant vers Burret.

Il s’appelait Léopold Teisseire et je n’ai jamais oublié son message.

Aucun droit n’est acquis sans rapport de force.

Alors, non, ce n’était pas mieux avant.

Certaines choses étaient plus faciles avant Mai 68, on trouvait plus de travail, me dit-on.

Oui, mais nous pouvions aussi le perdre plus vite, sans garantie sociale.

Nous vivions moins confortablement. De nombreux bidonvilles s’étendaient autour de Paris, y compris au pied de la fac de Nanterre.

Par exemple, les sanitaires n’existaient pas partout.

En Mai 68, dans le studio de ma sœur au Pot de fer, les toilettes étaient sur le palier, à la turque. Nous avions de l’eau à l’évier dans la cuisine, c’est tout, sans coin de toilette. Il fallait chauffer l’eau pour nous laver ou faire la vaisselle dans un seul endroit.

Rue Visconti, Michel Bablon, ancien élève d’architecture aux Beaux-Arts, bénéficiait d’un atelier de la Ville de Paris. Près de la petite chambre au bout de l’appartement avait été créé un coin toilettes et douche. C’est pourquoi en Mai 68 nous recevions tant de militants de la Sorbonne qui venaient se laver, prendre une douche, se reposer en buvant le thé.

Le thé c’était le Ty-Phoo Tea que m’apportait un certain Alan aux origines anglaises. Je l’achète encore au rayon anglais de mon supermarché local et je revois ces matins de Mai après les gardes de nuit à la Sorbonne, les beaux matins du soleil éblouissant sur la coupole de la chapelle.

Nous avons gagné en confort de travail et de vie.

Le vieux Léopold du Bosc avait commencé sa carrière dans les années 20, il avait connu les luttes du Front populaire de 1936 qui avaient « changé la vie » des classes ouvrières.

Nous avons obtenu des acquis par les luttes. Rien n’a jamais été donné sans être d’abord exigé, au besoin par la force. Il ne faut rien lâcher maintenant que le pays est en grève depuis des semaines au printemps 2018. Les cheminots, les étudiants, les services publics, sont allés trop loin pour renoncer maintenant devant l’usage de la force, censée faire respecter la loi, selon le gouvernement.

Mais quand les lois sont injustes, le devoir est de les enfreindre. La désobéissance civile est un combat responsable. Quand une situation est devenue insoutenable pour le peuple, il doit retrouver son devoir sacré, inscrit dans la base de nos constitutions depuis 237 ans, l’insurrection.

Il ne faut pas laisser le pays revenir en arrière. Nos acquis sociaux, humains, environnementaux faisaient notre gloire. Nous devons les conserver et les enrichir.

Il faut partager nos richesses avec ceux qui n’ont plus rien.

Le pillage est stérilisant.

Le partage est enrichissant.

Le goût du travail et la jeunesse

Je sais qu’on reproche à Mai 68 son laxisme pédagogique. Une fois de plus, je ne fais pas la même analyse. Avant 68, on croyait comme disent les Anglais que « no pain, no gain ». Il fallait souffrir tout le temps, pour apprendre et même pour être belle ! J’ai entendu des amies très âgées rager sept à huit décennies plus tard contre l’éducation subie dans des écoles catholiques, où l’humiliation et les punitions étaient considérées comme pédagogiques par des « bonnes » sœurs sans aucune humanité. Mes amies avaient survécu grâce à leur formidable personnalité, mais elles avaient le sentiment d’avoir été entravées dans leurs élans créatifs, cassées dans ce qu’elles avaient de meilleur à partager avec les autres.

J’ai apprécié lors de mes années universitaires à Vincennes d’avoir d’autres formes de pédagogie que celles que j’avais reçues à Assas ou à la Sorbonne. La parole était libérée, la pensée l’était aussi.

Pendant l’occupation de Tolbiac, devenue la Commune de Tolbiac, ou celle de Paris 8, ou ailleurs dans toute la France, il y avait plus d’ateliers, de cours et de conférences qu’en temps ordinaire. L’émulation était féconde, comme du temps de la Sorbonne occupée, où je note dans mon agenda ma lecture de Guevara, La guerre de guérilla.

J’ai gardé ce goût, cette ferveur, ce bonheur. Après la Sorbonne, je me suis inscrite à la fac de Vincennes et je peux affirmer que je n’avais jamais autant travaillé dans les autres facs, Sorbonne ou Assas, auparavant. Ce que j’ai acquis à Vincennes est colossal, sans commune mesure avec les transmissions de savoir traditionnelles. Ce n’est pas un hasard si le coauteur de Pierre Bourdieu dans Les Héritiers, Jean-Claude Passeron, mon directeur de maîtrise, a tenu à venir enseigner à Vincennes, lieu idéal pour aider à rompre le cercle infernal de la reproduction des élites.

Je sens la même force actuelle dans les jeunes de Tolbiac et d’ailleurs. Et ces jeunes me redonnent confiance en mon pays.

Ce qu’ont vécu ces jeunes les transformera à jamais. Ils porteront en eux cet espace-temps entre parenthèses comme je porte encore l’esprit de Mai.

Prétendues dégradations de Tolbiac

Au moment où j’écris ce livre de souvenirs de Mai 68, j’entends parler de l’évacuation de la faculté de Tolbiac, justifiée par des dégradations matérielles, alors que les étudiants témoignaient en direct avoir vu les forces de l’ordre défoncer les portes et tout briser sur leur passage. On veut faire accuser les étudiants et ceux qui les ont soutenus.

J’étais à la Sorbonne encore le 15 juin 1968 au matin, la veille de son évacuation par les CRS. Je peux affirmer qu’il n’y avait aucune dégradation de la trésorerie ni du comité d’occupation où j’ai passé le plus clair de mon temps, tout était intact. C’était dans l’état où je l’ai vu sur les vidéos récentes de l’évacuation de l’occupation de la Sorbonne le 12 avril 2018. Il me semblait que nous venions de quitter leurs salles.

Les seuls dommages que j’ai vus étaient des graffitis faits sur la fresque de Puvis de Chavannes dans le hall en bas. La Sorbonne avait été autogérée et ne déplorait aucun dégât majeur, alors que nous recevions des milliers de gens tous les jours. Le journal Combat avait fait plusieurs articles sur le nettoyage de la Sorbonne. Leur relecture confirme mes souvenirs.

Si, pour certains journalistes ou pour des bien-pensants se donnant bonne conscience à peu de frais, les tags sont des dégradations, j’y vois plutôt une créativité débridée qui révèle la bonne santé de la jeunesse. Un slogan de Mai 68 le disait déjà :

 

Les murs avaient des oreilles.

Maintenant ils ont la parole !

Je revois plus tard ce chapitre après l’évacuation de la fac du Mirail le 8 mai 2018 et j’entends les mêmes déclarations à chaud des étudiant(e)s. Qui veut justifier la mort de son chien dit qu’il avait la rage. C’est exactement ce qui se passe actuellement. La méthode est éculée. Il faut changer de paradigme.

Il est sûr que le monde montré par les médias à la solde du pouvoir n’est pas celui que je regarde en direct lors d’événements retransmis par des militants ou des gens concernés par le sort de leur semblable.

Tout ce que nous dénoncions il y a cinquante ans est revenu en pire, en bien pire.

Ceux qui dégradent nos conditions de vie sont au gouvernement !

Ceux qui prennent le pays en otage sont au gouvernement !

J’ai été une jeune fille de Mai 68

J’ai été une jeune fille de Mai 68 au cœur du Comité d’Occupation de la Sorbonne où j’avais été étudiante.

Je ne me sens plus concernée par les vieux cons qui en ont été les vedettes à l’époque.

Je suis dans la même démarche que Gérard Miller dans son petit livre : Mélenchon, Mai oui. Seul Mélenchon représente nos espoirs de Mai 68. Seuls les discours de Mélenchon me redonnent ma dignité perdue au fil des décennies. Seul Mélenchon suscite l’envie de donner le meilleur de moi-même et comme l’écriture est mon vecteur, ce livre est un des ouvrages que je veux transmettre avant de partir dans une autre dimension.

Toute ma vie, j’ai gardé l’esprit de Mai, un esprit de partage des connaissances, de solidarité humaine. De respect et tolérance à l’égard des minorités, des faibles, des fragiles, des souffrants.

Des riens pour le Premier communiant qui prétend présider notre pays.

Des êtres humains pour moi, méritant assistance, dignité et protection.

Je ne regrette pas de n’avoir pas fait carrière, car je n’ai pas démérité. J’imagine ce que je serais devenue si j’étais restée à Paris dans le panier de crabes de la Maison de la Radio comme je l’appelais déjà au début des années 70 et je suis terrifiée de voir ce que sont devenues les émissions de télévision, alors que j’avais plaisir à y participer du temps de Michel Polac à Post-Scriptum. Je suis remplie de honte à l’idée que j’aurais peut-être moi aussi hurlé avec les loups, traqué la petite phrase à sortir de son contexte pour lui faire dire ce qu’elle ne disait pas.

Non, ce n’était pas concevable. La rigueur intérieure et la fidélité à mes idées ont toujours été les impératifs catégoriques kantiens qui ont guidé ma vie.

J’espère avoir évolué aux hasards des circonstances, mais sur le fond, quand je me relis, je ne peux pas me renier. En quittant les tapis rouges parisiens, j’ai opté pour une vie matérielle plus difficile, mais sur un plan spirituel, j’ai gagné en densité. Je suis restée fidèle à la jeune fille naïve et rêveuse que j’étais.

Je revendique le droit de rêve !

La vieille dame que je deviens est fière d’être restée une humaniste utopiste, croyant envers et contre tout que le monde peut être amélioré tous les jours par des petits gestes qui, ajoutés à d’autres, finissent par compter dans le bon sens du terme, pas seulement en comptabilité stricte, mais en influence générale pour le bien commun.

Les comptes sont toujours faux au fil du temps.

Seuls nos rêves sont vrais et méritent d’être vécus.

Rêveuses et rêveurs de tous les pays, unissons-nous !

Et comme une des composantes de la réussite d’une révolution est le beau temps, je souhaite un beau soleil de printemps !

Vive le printemps 2018 !

Sous les pavés, la grève

Ce monde est devenu trop violent. Tout va trop loin.

Cinquante ans après Mai 68, je réalise à quel point nous étions des gentillets, des utopistes, des rêveurs, des anarchistes non violents.

La situation est bien différente.

Police partout, Justice nulle part.

Aussi est venu le temps de la grève générale.

Comme le dit Gaël Quirante, syndicaliste CGT de la Poste dans un article de Reporterre le 10 mai 2018 :

« Pourquoi a-t-on gagné en 1995 ? Parce qu’il y a eu une grève reconductible chez les cheminots, qui reprenait tous les jours et imposait un rapport de force au gouvernement de l’époque. Pourquoi a-t-on gagné en 1936 ? Parce qu’il y avait une grève reconductible et des occupations d’usine. Pourquoi a-t-on gagné en 1968 ? Parce que sous les pavés, il y avait, avant tout, la grève. »

J’arrive à la fin de ce livre alors que le mois de mai s’achève. Le Grand Soir n’est pas encore là. Les jours heureux de la reconstruction de la France sous le Conseil National de la Résistance ne sont pas revenus.

Mais ce qui s’est passé entre les cheminots, les étudiants, les soignants, les retraités, les zadistes etc, personne ne peut nous le reprendre. Les luttes continuent partout, invisibles souvent, mais réelles et bien vivantes. Je sais qu’elles finiront par gagner sur les privilèges des élites.

Sous les pavés, la grève !

« — Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui battez les rues, manifestant, jetant au milieu de nos discordes la bravoure et l’espoir de vos vingt ans ?

— Nous allons à l’humanité, à la vérité, à la justice ! »

Émile Zola in Lettre à la jeunesse, La vérité en marche, Charpentier, Paris, 1901

Fin du livre Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne


Mon bilan de Mai 68 pour comprendre le mouvement des Gilets jaunes 1 : qu’est devenu Bablon?
Mon bilan de Mai 68 pour comprendre les Gilets jaunes 2 : l’échec de Mai 68
50 ans après Mai 68 #1 : l’illégitimité du régime
50 ans après Mai 68 #2 : le réussir en 2018
50 ans après Mai 68 #3 Vive Mai 2018
50 ans après Mai 68 #4 Changer la vie


Gaelle Kermen,
Kerantorec, écrit en mai 2018, publié sur ce blog le 20 janvier 2019

Extrait de Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne, disponible en tous formats numérique et sur broché en impression à la demande (deux formats : normal et grands caractères)

***
gk-giletjauneGaelle Kermen est l’auteur des guides pratiques Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, Windows, iOS et Scrivener 3, publiés sur toutes les plateformes numériques.

Diariste, elle publie les cahiers tenus depuis son arrivée à Paris, en septembre 1960. Publications 2018 : Journal 60 et Des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne.

50 ans après Mai 68 #1 : l’illégitimité du régime

 

Illégitimité de l’élection présidentielle de 2017

50 ans plus tard, comment se reconnaître dans Daniel Cohn-Bendit ou Romain Goupil, devenus des soutiens d’Emmanuel Macron, qui ne sera jamais mon Président ? Son apparente innocence ne m’a pas abusée et mon intuition ne m’a jamais trompée.

La dernière Une du Libération sorti le samedi matin, la veille du premier tour, alors que la campagne était terminée depuis minuit, nous donnait une injonction : « Faites ce que vous voulez, mais votez Macron »

Cette Une de Libé à elle seule discrédite la légitimité du résultat.

Personnellement, il m’était impossible de me laisser dicter un choix de vote. Par essence, on n’est plus en démocratie quand un vote est imposé à une population.

Le samedi après-midi, toujours en dehors de la campagne électorale, les contribuables gagnant plus de 2 500 euros ont été contactés par téléphone avec un message de Macron les invitant à voter pour lui. C’était le cas de l’amie romancière qui était avec moi le jour du vote. Rien que ce message aurait dû invalider l’élection présidentielle. Surtout si l’on peut supposer que le ministre de l’Économie Macron avait utilisé les ressources de son cabinet pour préparer sa campagne présidentielle, autre cause d’invalidation de l’élection, avec bien d’autres exactions pour l’instant couvertes par les différents organismes officiels. Le régime actuel aura des comptes à rendre et ils seront sévères.

Lors du résultat du premier tour, nous étions devant l’écran de mon ordinateur sur une chaîne publique lorsque nous avons vu le Premier communiant des années 50 prendre le pouvoir en direct. Nous n’oublierons pas de sitôt le regard qu’il a lancé. Son regard de serpent basilic, menaçant, balayant la salle, n’augurait rien de bon.

Quinze jours plus tard, nous étions encore ensemble quand le résultat lui donnait 64% des voix après le calcul réducteur ne tenant pas compte des douze millions d’abstentions ni des six millions de votes blancs ou nuls. En fait, le président était élu par 17% de la population votante, loin du résultat final publié, lui ôtant toute légitimité pour un futur programme. Surtout quand on calcule que le total des abstentions et des votes blancs ou nuls était plus élevé que les votes Macron !

Nous venions donc d’apprendre qu’il était élu avec 64 % des voix. Soudain, l’homme s’est figé. Sous nos yeux, il s’est transfiguré en commençant son allocution. On aurait dit un robot débitant un discours d’automate. Il venait de se transformer en une poupée Barbie, disons Ken, dont la voix aurait été enregistrée sur cassette.

Que se passait-il ? Nous nous regardions.

Soudain, j’ai compris. Le Premier communiant des années 50 lisait son texte sur un prompteur.

Comment faire confiance à quelqu’un qui a besoin d’une plume pour écrire ses discours ? On est loin d’un général De Gaulle ou d’un Mitterrand depuis que les politiques ont besoin de plumes ou de nègres comme on disait avant.

Et là, j’ai regretté Mélenchon et ses magnifiques discours salvateurs, rafraîchissants comme des eaux vives, que j’avais suivis pendant toute la campagne présidentielle avec passion. Ah ! qu’il aurait été beau le premier discours de Mélenchon, élu Président ! Lui n’a pas besoin qu’on lui écrive son texte sur un prompteur pour avoir des idées. Lui sait galvaniser son public. Lui sait parler à nos cœurs fatigués et réveiller le meilleur de nous-mêmes.

Le meilleur de moi-même, il me l’a fait comprendre au fil de la campagne et il continue à le révéler avec ses camarades de la France insoumise à l’Assemblée nationale enfin sortie de sa torpeur acceptée. Le meilleur de moi-même, c’est l’écriture et je la révèle enfin après soixante-dix ans. Grâce à Mélenchon !

Les élections sont illégitimes. Je ne croirai jamais qu’un candidat qui n’avait pas de programme et ne remplissait pas ses salles à plus de trois ou quatre milliers de participants puisse avoir remporté plus de suffrages qu’un candidat dont le programme était prêt depuis des mois (L’Avenir en commun) et dont nous suivions les discours avec enthousiasme dans des salles archi pleines, sur Facebook et YouTube à plusieurs centaines de milliers de vues.

Les médias ont justifié le vote de Macron par le risque lepeniste d’extrême droite. Ils l’ont fait en manipulant l’opinion de la façon la plus basse possible.

Autrefois, en fac de droit, on nous disait qu’il suffisait de lire le journal Le Monde tous les jours pour avoir nos examens. Ce ne doit plus être le cas. Même Le Monde a baissé en qualité et surtout en neutralité. Quant à Libération créé après Mai 68, il est devenu la propriété d’organes de presse achetés par des milliardaires, qui assoient ainsi leur pouvoir, mais ne sont pas là pour informer le peuple. La presse traditionnelle n’est plus fiable et c’est un drame pour la démocratie.

On ne crée le buzz sur les réseaux qu’en commentant des phrases sorties de leur contexte et leur faisant dire toute autre chose. Les journalistes, ou plutôt les animateurs, ont passé leur temps à imposer une pensée unique, peu démocratique : il fallait élire Macron pour barrer la route à Marine le Pen.

Un an plus tard, on voit où cela nous a menés. La situation est bien pire que celle que Marine le Pen aurait pu mettre en pratique. En prime, nous avons Fillon ! Au secours !

Nous avons laissé se recomposer le système des castes du régime hindouiste ou de l’ancien régime. Pour quelques brahmanes protégés, nous sommes devenus des millions d’intouchables. Pour quelques seigneurs, nous sommes redevenus des serfs corvéables à merci. Il est temps de refaire la Révolution !

Je suis effrayée par la violence ambiante

Lors de la campagne présidentielle de 2017, la violence des médias s’est révélée d’une cruauté terrible envers Mélenchon. J’ai vu des déferlements de haine se propager par des scènes médiatiques relayées sur Twitter et Facebook, mes sources d’information principales, qui ne me donnaient pas envie de passer mon temps devant les émissions télévisées concernées. Après en avoir regardé quelques-unes en direct, je suis sortie de là dégoûtée, nauséeuse et inquiète pour l’équilibre de Mélenchon.

Je ne faisais jamais la même interprétation des discours de Mélenchon que les « experts » médiatiques. J’avais l’avantage de les regarder intégralement, je ne me contentais pas d’extraits sortis du contexte pour trouver la petite phrase qui fait le buzz. Je n’échangeais pas des brèves de comptoir au Café du commerce.

Lors de la campagne présidentielle de Mélenchon, j’écoutais tous ses discours, j’organisais mes emplois du temps en fonction de ses déplacements, puis je partageais mon enthousiasme avec quelques personnes et quelques groupes. Je me sentais de nouveau de quelque part. Je reprenais confiance en la Res Publica. Enfin ! Après des décennies de décalage avec un monde où je devenais une autiste sociale, je retrouvais enfin ma dignité de femme pensante.

Ses discours, traitant chaque fois d’une thématique, mériteraient le prix Nobel de Littérature. Maintenant que mon cher Bob Dylan, que j’appelais déjà en 1966 le « Shakespeare de notre époque », a obtenu ce prix ultime, je me prends à rêver que Mélenchon l’obtienne à son tour. Winston Churchill l’a eu pour ses discours de guerre, Mélenchon peut y prétendre pour ses discours de campagne.

La violence qui s’abat sur lui en déformant ses propos est indigne. Chaque insulte faite à Mélenchon m’atteint et me blesse personnellement. Je suis malheureuse pour lui. J’espère qu’il n’est pas seul et qu’on prend soin de lui. Sa personne m’est précieuse comme le serait celle de mon papa s’il était encore là. Et comme mon papa n’est plus là, je fais en toute conscience un transfert sur Mélenchon. Même s’il a l’âge de mon petit frère Philibert ! Parce qu’il a la culture et la pédagogie qu’avait mon père et que l’écoute de ses discours a comblé un grand vide.

Je préfère être rêveuse que venimeuse

Ça pourrait m’être un slogan.

Plutôt naïve et rêveuse qu’aigrie et venimeuse.

Je ne regarde plus la télé depuis 1996, en fait depuis que je suis sur Internet. Mais il m’arrive sur Twitter ou Facebook de voir des « morceaux choisis » de ce monde vociférant et haineux.

Je sens que Mai 68 va encore faire débat cette année. Et cela pourrait m’empêcher de finir ce livre, tant j’ai horreur de la polémique et des insultes basses par petites phrases interposées, relayées par médias ou réseaux.

Mais une visiteuse m’a rappelé récemment que mes cahiers donnaient bien l’ambiance des époques traversées, qu’on avait besoin de replacer les choses vécues dans leur contexte et qu’elle, avec d’autres, attendait la suite de mes écrits des cinq dernières décennies.

Alors, je fais ce travail. Je ne vais pas laisser la parole aux grandes gueules des anciens gauchistes devenus macronistes. Je préfère être restée une rêveuse de Mai qu’être devenue une venimeuse de Mai, comme le sont devenus les leaders historiques qui ne nous représentent plus, comme le sont les censeurs du clavier sur l’Internet qui se sentent impunis, comme le sont les experts médiatiques qui se croient tout permis.

Les hontes de la République

En un an de règne quasi monarchique, puisque la séparation des pouvoirs n’existe plus, alors que c’est le fondement même de notre république, la situation est devenue inhumaine partout et dans tous les domaines que l’on croyait auparavant garantis par l’état.

Dans les maisons de retraite, qu’on appelle maintenant Ehpad (Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes) et dans les Hôpitaux, les moyens manquent depuis qu’on privilégie les résultats économiques au détriment des résultats humains.

Les retraités qui ont travaillé et cotisé toute leur vie dans des conditions difficiles doivent encore se priver alors qu’ils ont fait de longues semaines de travail. Les 40 heures de travail sont un des acquis de Mai 68 demandées depuis le Front populaire de 1936. Avant, on travaillait 48 heures et on n’avait pas de congés payés.

Le Droit du travail, bien dégradé depuis Sarkozy, a volé en éclat depuis l’élection du Premier communiant des années 50.

Toutes les garanties sur lesquelles nous pouvions compter depuis la fin de la guerre, grâce au Conseil National de la Résistance, sont remises en question, celles qui nous donnaient confiance en l’avenir, celles qui faisaient rayonner la France dans le monde entier, par les droits de l’homme et du citoyen hérités des philosophes des Lumières, mis en déclaration et en œuvre par la Révolution française. Toutes les garanties de base de notre vie sont foulées au pied, méprisées, au profit de la rentabilité économique et de la concurrence.

L’inhumanité envers les migrants comme envers les familles sans domicile fixe m’a souvent empêchée de dormir cet hiver, alors même que je pouvais, après des années matériellement difficiles, enfin me réjouir de quelque confort dans ma vie ou simplement du bonheur d’être à l’abri quelque part. Penser aux gens sous les tentes me réveillait la nuit.

La précarité s’est généralisée. Ce régime s’attaque aux plus fragiles pour conforter les plus forts. « Prendre aux pauvres pour donner aux riches » est la devise d’un Robin des bourges, selon un des slogans de 2018.

Combien de temps allons-nous endurer cet état de fait  ?

Gaelle Kermen

Kerantorec, écrit en avril 2018, publié sur ce blog le 20 janvier 2019

Extrait de Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne, disponible en tous formats numérique et sur broché en impression à la demande (deux formats : normal et grands caractères)

Mon bilan de Mai 68 pour comprendre le mouvement des Gilets jaunes 1 : qu’est devenu Bablon?
Mon bilan de Mai 68 pour comprendre les Gilets jaunes 2 : l’échec de Mai 68
50 ans après Mai 68 #1 : l’illégitimité du régime
50 ans après Mai 68 #2 : le réussir en 2018
50 ans après Mai 68 #3 Vive Mai 2018
50 ans après Mai 68 #4 Changer la vie

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gk-giletjauneGaelle Kermen est l’auteur des guides pratiques Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, Windows, iOS et Scrivener 3, publiés sur toutes les plateformes numériques.

Diariste, elle publie les cahiers tenus depuis son arrivée à Paris, en septembre 1960. Publications 2018 : Journal 60 et Des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne.

Recette facile du cake aux fruits confits sans levure chimique

J’ai réussi à faire un cake aux fruits confits. Comme je suis du genre Garcimore* dans mes recettes, je n’ai pas pris de photo en cours d’élaboration, persuadée que ce serait raté. Mais non, c’est très bon !

Cake aux fruits confits

Ingrédients

Œufs pesés cassés dans le bol du robot pâtissier
Mesurer même poids de :

  • Farine
  • Sucre
  • Beurre (en Bretagne, nous l’utilisons salé)
  • Macédoine de fruits confits (Vahiné)

Temps de repos au froid : au moins 2 heures, éventuellement la nuit

Temps de cuisson : 10′ à 240°, 30′ à 180°, 10′ à 140°


Comme je ne suis pas très douée en pâtisserie, j’ai oublié la levure. Pourtant le cake a bien levé et il est très bon.

Voici la recette.

Je n’avais que deux œufs, je les ai cassés dans le bol du robot pâtissier sur la balance tarée. Le poids était de 114g, j’ai mesuré le même poids de farine, de sucre et de beurre.

En fait, c’est une sorte de quatre-quarts avec des fruits confits en plus. La petite boite de fruits confits pesait la même valeur, donc, c’est plutôt un cinq-cinquième.

J’ai d’abord bien blanchi les deux œufs avec leur poids de sucre, lentement, puis de plus en plus vigoureusement, au fouet. J’ai ajouté la farine, le beurre et les fruits confits, j’ai fait tourner l’appareil jusqu’à belle homogénéité.

C’est alors que j’ai eu l’idée de vérifier les recettes et J’ai vu quelles avaient de la levure. J’ai pris le risque de n’en pas mettre. Mon appareil n’était pas très important, il lèverait peut-être. Par contre, j’ai vu qu’un cake était meilleur quand on laissait reposer la pâte au froid au moins deux heures, éventuellement du sour au lendemain.

J’ai beurré et fariné un moule de taille idéale, récupéré d’un récent achat de brioche (sur le principe : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme et se recycle).

J’ai laissé au frigo le temps d’un meeting de Mélenchon, au moins deux heures, c’était le discours de la paix de Marseille le 9 avril 2017 sur le Vieux-Port. Sortant de là, émue, bouleversée, stimulée, il m’était bon de chauffer le four pour faire un bon gâteau. C’est ça la paix, cuire un gâteau en sachant que si quelqu’un frappe à la porte, ce sera un ami.

Jean-Luc Mélenchon au Vieux Port de Marseille, discours sur la paix

J’ai d’abord saisi le cake à température maximale de mon four, pendant dix minutes. Le temps d’aller tailler des millepertuis qui bouchait un passage vers la terrasse de l’ouest.

J’ai réduit le feu à180° pendant trente minutes, et encore un peu plus bas à 140° pendant dix minutes.

Le cake avait d’abord bruni, puis il avait bien gonflé, sans levure chimique.

J’ai démoulé. Le cake est parfait.

Conclusion

C’est vraiment une recette facile si on part du poids des œufs qu’on a en cuisine.
Et pendant la cuisson, j’ai bien taillé ma haie. J’ai avancé la remise en état printanière de mon domaine.

Gaelle Kermen,
Kerantorec, 9 avril 2017

*Garcimore ratait souvent ses expériences : fiche Wikipedia

Vidéo du Meeting de la paix de Marseille

Poème de la paix de Yannis Ritsos, lu en fin de meeting par Jean-Luc Mélenchon