50 ans après Mai 68 #2 : le réussir en 2018

Les valeurs de l’état ne sont plus garanties

L’élection présidentielle nous obligeait à voter Emmanuel Macron pour faire barrage à l’extrême droite incarnée par Marine le Pen. Quiconque osait ne pas l’affirmer était rejeté dans les bas-fonds, balayé vers les caniveaux, moqué, vilipendé, ostracisé, nié.

Un an plus tard, je suis convaincue que Marine le Pen n’aurait pas pu faire pire. Elle avait le mérite d’avancer à visage découvert. Nous connaissions l’ennemi. Le président des très riches a avancé masqué, il a toujours eu un discours biaisé, truqué et déloyal vis-à-vis du peuple piégé. Un peuple, abruti par des médias vendus au capital, mais quand même subventionnés par l’argent public, a été convaincu de voter pour le Premier communiant au motif qu’il fallait empêcher l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir.

Comme je ne me laisse pas influencer par les organes de presse officiels, je n’ai pas suivi cette analyse fallacieuse. J’ai donc voté deux fois pour Jean-Luc Mélenchon aux deux tours de l’élection présidentielle. J’avais gardé son bulletin de premier tour. Je savais que mon bulletin serait nul, mais je serais au moins en paix avec ma conscience, la seule à qui j’ai des comptes à rendre.

Quand je vois les horreurs perpétrées au quotidien par un président illégitime, je me réjouis de n’avoir pas voté pour lui. Et si Mélenchon m’avait demandé de voter pour Macron, je serais moins laudative que je ne le suis en ce moment.

Pour empêcher un mal possible, on nous a imposé un mal abusif. Les médias ne sont plus fiables. Les valeurs de l’État ne sont plus garanties. Il est temps de réagir.

France, réveille-toi, le vieux Monde est derrière toi !

La diversité est une richesse

Qui connaît un peu l’Histoire sait que la France s’est construite sur l’immigration. Le monde s’est construit sur l’immigration. L’humanité s’est construite sur l’immigration.

Le repli sur soi est solution temporaire de survie, mais à terme assurance de sclérose et de mort. Sans diversité, un milieu s’appauvrit et finit par disparaître.

En rejetant nos semblables, nous nous condamnons à mourir. En les acceptant, en les accueillant, en les protégeant, c’est nous-mêmes que nous secourons. La diversité est la richesse du genre humain comme des règnes animaux ou végétaux.

Je viens d’une famille nombreuse. Mon père gagnait peu d’argent, 600 francs selon mes souvenirs avant Mai 68, petit employé de surveillance à la librairie Hachette et aux Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne, il en gagnait plus de 1 000 francs après les accords de Grenelle. Rien que pour ce changement de niveau de vie matérielle, je peux témoigner que Mai 68 a été une avancée sociale majeure dans l’Histoire de la France.

Mais l’argent n’était pas le principe premier de la famille. Maman disait quand nous amenions des amis et amies à la maison : « Quand il y en a pour quatre, il y en a pour cinq ! Quand il y en a pour huit, il y en a pour dix ! »

J’ai retenu la leçon. Le partage est toujours plus que la somme de ce qu’on croit posséder. Le partage est source de richesse et non d’appauvrissement.

Voir la vie à l’aune de la mathématique est se limiter avec aigreur.

Partager le peu qu’on a est un bonheur sans frontière.

Le sinistre de l’Intérieur calcule que l’afflux des migrants représente la valeur d’une ville chaque année.

Je doute que ses calculs soient valables. La vie humaine ne se résume pas à des calculs économiques. Elle est plus généreuse que la stricte comptabilité, qui ne fait que mesurer des moyens matériels au mépris des formidables forces spirituelles qui peuvent se libérer si on ne bloque pas les flux d’énergie.

On ne calcule pas ce qu’on partage. Et on trouve ce qu’il faut pour nourrir ses proches et ceux qui en ont besoin. Quel que soit le niveau de revenus, on peut se débrouiller.

Comment rejeter nos semblables ? Nous sommes frères et sœurs d’une même planète. Nous ne sommes pas obligés de vivre tous ensemble, toujours, mais nous pouvons au moins respecter les autres pour nous respecter nous-mêmes. C’est une garantie de survie.

Il s’agit de remettre l’imagination au pouvoir, car laisser les technocrates et les oligarches s’en occuper, c’est aller au casse-pipe comme en Grèce. Si nous laissons la situation actuelle aller au bout de sa logique, nous allons vivre comme les Grecs dans très peu de temps.

Honte à celles et ceux qui nous gouvernent en prétextant le contraire.

Mais cela ne peut pas se prolonger indéfiniment. Un jour, il faudra rendre des comptes.

Quand une situation est mauvaise Il faut la changer

J’ai l’impression d’être encore dans les années 1950 quand j’entrevois ce président cinquante ans après les événements de Mai 68. Nous avions l’histoire derrière nous avec le Général De Gaulle. Il incarnait encore la Libération du pays et, même si dix ans de pouvoir suffisaient, nous gardions du respect pour l’homme qui incarnait l’État en une majesté bien comprise.

Là, quel respect pouvons-nous avoir devant le Premier communiant des années 50 ?

Lui qui dit des énormités injurieuses à chaque intervention non écrite par une plume négrière.

Lui qui croit faire des bons mots sur le dos des Comoriens, des gens qui ne sont rien, des ouvrières illettrées, des fainéants ou des envieux.

Lui qui semble chaque fois si satisfait de lui-même qu’il en devient stupide.

Que va devenir notre pays en de si mauvaises mains ?

Les forces de l’ordre, que l’on voit partout désormais, vont-elles longtemps continuer d’appliquer des ordres odieux contre les étudiants ou les zadistes ?

Un État qui traite si mal sa jeunesse perd le peu de légitimité qu’elle semblait avoir.

Quel crédit pouvons-nous accorder à un président aux dents longues qui parle d’optimisation fiscale quand on l’interroge sur la fraude et l’évasion des capitaux ? Quel respect accorder à quelqu’un qui a toujours trahi, ses amis comme ses propres engagements ?

Quand une situation est mauvaise, il faut la changer.

En Mai 68, il semble que les forces de l’ordre aient résisté aux ordres, dans l’armée et la police. On a évité des drames.

En mai 18, que les forces de l’ordre se réveillent ! Il est temps de tout arrêter. On peut s’étonner qu’il y ait un tel budget pour les équipements des forces de l’ordre quand il n’y en a pas assez pour les hôpitaux ou les maisons de retraite. Quand on dira aux policiers, qui attaquent les universités, les gares et les ZAD, qu’il n’y a plus d’argent pour payer leurs primes, peut-être même pour payer leurs salaires, ou garder leur statut spécial, j’espère qu’il se réveilleront ! On entend déjà des grondements.

Insoumission et résistance doivent être les maîtres-mots pour nous sortir de cette situation qui va être dramatique si on continue sur cette lancée.

Comme disait Gébé dans L’an 01 : « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ! »

En Mai 68, les jeunes se sont rebellés. Les ouvriers ont suivi. Les syndicats ont négocié. Les salaires ont augmenté. Une quatrième semaine de congés payés a été accordée. La vie a changé. Les relations humaines se sont modifiées.

Un slogan des manifestations du printemps 2018 est : « Quand tout sera privé, nous serons privés de tout. »

À quoi servira l’État quand tout aura été privatisé ?

Quand tout sera privé, sera-t-il possible à un dictateur d’acheter aussi l’État pour le privatiser ?

C’est l’autoroute que nous lui déroulons, si nous laissons faire ces privatisations généralisées de nos services publics.

Il faut se battre contre les iniquités de ce nouveau régime monarchique.

Le général De Gaulle, avant d’être le sauveur de la France, avait été hors-la-loi sous le régime de collaboration du maréchal Pétain. Ce fut le cas de Nelson Mandela et d’autres combattants des luttes pour leurs pays.

Ne l’oublions jamais : avant d’être légitime, il faut parfois résister au pouvoir en place. Il est temps de se réveiller de ce cauchemar.

Vive Mai 2018 !

Élément déclencheur : l’intervention des CRS dans l’Université

Pour qu’il y ait révolution, il faut un élément déclencheur.

Les violences policières ont été l’élément déclencheur des événements de Mai 68. Elles ont choqué tout le monde, les voisins des quartiers des barricades, les ouvriers dans les usines, tout le monde s’est senti concerné et tout le monde a réfléchi à ses conditions de travail et de vie.

La grève générale a été suivie par dix millions de salariés qui ont réussi à faire plier le régime, à le faire asseoir à une table pour obtenir des acquis sociaux sur lesquels le Premier communiant des années 50 entend revenir par ordonnances et pressions multiples dans tous les secteurs d’activité.

Lorsque je me suis inscrite à la fac de droit d’Assas en octobre 1964, la documentation jointe à mon carnet universitaire expliquait que seul le doyen de l’Université pouvait faire entrer les forces de l’ordre dans les bâtiments.

J’avais été surprise qu’on envisage de faire entrer la police à la fac.

Pour nous, ce n’était pas envisageable. L’Université et l’Église étaient des zones protégées, des asiles de sécurité.

Aussi, à Nanterre en janvier 68, les étudiants sont-ils devenus « enragés » quand ils ont vu entrer des CRS dans l’Université.

L’occupation de la tour s’est organisée spontanément le 22 mars à cause de la mobilisation policière impressionnante dans les locaux.

Plus tard, le doyen Grappin ferme l’université le 2 mai.

Le 3 mai, rendez-vous est donné à la Sorbonne, pour une Assemblée Générale.

Le doyen appelle encore les forces de l’ordre. Et tout explose ! Plus rien n’est maîtrisé. Rien n’avait été prévu par les dirigeants étudiants. Tout est spontané.

Comme à Nanterre en janvier, à l’entrée des CRS une manifestation spontanée se déclenche près de la Sorbonne, appuyée par les lycéens qui sortaient du lycée voisin, Louis le Grand.

Le soutien de la population locale confirme la thèse guévariste de la guerre de guérilla.

La femme du proviseur de Louis-le-Grand me le racontera l’été 69 lors du mariage d’une amie d’enfance au Pouldu, dont j’avais créé la robe. Ils avaient rouvert les grilles pour faire entrer les manifestants.

En 1973, lors d’une retraite d’écriture dans une abbaye savoyarde, une nonne de la Congrégation religieuse non loin du Pot de fer me racontera la nuit du 10 mai dans le quartier autour de la rue Gay-Lussac, lorsque les portes de la chapelle avaient été ouvertes pour que les étudiants puissent se mettre à l’abri des violences policières. Ils avaient respecté l’office des matines des moniales.

Les deux militants du Comité d’Occupation de la Sorbonne, Rabinovitch et Bablon, précisent bien qu’ils n’ont pas supporté de voir la police à la Sorbonne ! Certes, ils étaient engagés dans le militantisme depuis la guerre d’Algérie, mais cette vision leur était intolérable. Les CRS à la fac étaient le symbole de l’oppression. On ne pouvait l’accepter.

Le problème au printemps 2018 est que les violences policières sont devenues la norme quotidienne et que la population est en état de sidération. Que certains trouvent cela normal me choque encore plus ; cela veut dire qu’on s’habitue à l’anormalité des comportements, chemin rapide vers une dictature acceptée, vers une servitude volontaire.

Chaque jour, je visionne en direct les vidéos tournées par une jeune zadiste courageuse, Armelle Borel, juriste, qui nous montrent et nous expliquent le quotidien de l’occupation policière du bocage. Je suis scandalisée. Mais certaines personnes trouvent cet état de fait normal !

Non, cela ne peut pas être normal.

Victor Hugo déclarait à l’Assemblée législative en avril 1851 après le coup d’État du petit Napoléon : « Ce gouvernement, je le décris d’un mot : la police partout, la justice nulle part ! »

C’est devenu un slogan de Mai 2018 : « Police partout, Justice nulle part. »

On en est au même point. Nous avons un petit Napoléon, qui, souffrant d’un complexe d’impuissance, ne peut s’imposer qu’en faisant appel à des forces policières.

Pour en finir avec Mai 68 ? Le réussir en 2018 !

Dans le Gardian, journal de la presse anglaise qui n’est pas à la solde du pouvoir français comme le sont les organismes de presse en France, je vois une équation :

Fillon + Le Pen = Macron

On voulait éviter les deux premiers.

On a les trois pour le prix d’un.

Mai 68 n’était qu’une crise adolescente, la maladie infantile du capitalisme. Maintenant que le néo-libéralisme nous étrangle, il est temps de tirer les leçons de l’histoire.

Je suis étonnée qu’il n’y ait pas plus de débordements dans les manifestations.

Je suis surprise qu’il n’y ait pas encore d’émeutes.

On ne peut imaginer notre pays supporter un tel rouleau compresseur pendant plusieurs années.

Tenir bon.

Oui, pour en finir avec Mai 68, il faut le réussir en 2018 !

Gaelle Kermen,
Kerantorec, écrit en avril 2018, publié sur ce blog le 20 janvier 2019


Mon bilan de Mai 68 pour comprendre le mouvement des Gilets jaunes 1 : qu’est devenu Bablon?
Mon bilan de Mai 68 pour comprendre les Gilets jaunes 2 : l’échec de Mai 68
50 ans après Mai 68 #1 : l’illégitimité du régime
50 ans après Mai 68 #2 : le réussir en 2018
50 ans après Mai 68 #3 Vive Mai 2018
50 ans après Mai 68 #4 Changer la vie

Extrait de Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne, disponible en tous formats numérique et sur broché en impression à la demande (deux formats : normal et grands caractères)

***
gk-giletjauneGaelle Kermen est l’auteur des guides pratiques Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, Windows, iOS et Scrivener 3, publiés sur toutes les plateformes numériques.

Diariste, elle publie les cahiers tenus depuis son arrivée à Paris, en septembre 1960. Publications 2018 : Journal 60 et Des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne.

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Bilan des écritures 2018

L’année 2018 a été un très bon cru, une année féconde, riche en rebondissements, jusqu’au dernier mois. Ce que j’espérais, en écrivant au printemps Des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de La Sorbonne, s’est matérialisé à la fin de l’année, par des chemins que nous n’aurions jamais osé rêver, ceux des Gilets jaunes, issus de toutes classes de la société, de toutes conditions, multiples et diverses, à l’image de la richesse de la France.

De mon côté plus modeste, je suis assez satisfaite du bilan que je tire en cette dernière semaine de l’année. J’ai bien avancé tous mes projets prévus et je me suis offert le luxe d’écrire deux projets imprévus, qui se sont imposés à moi au printemps et à l’automne et que j’ai pu construire lors des mois de NaNoWriMo, en avril et en novembre.

Voici un bilan des publications indépendantes que j’ai menées à bien en 2018. Je mets des liens universels, permettant d’acheter les livres sur les plateformes que vous préférez selon vos tablettes et supports de lecture numérique.


La publication de deux guides Scrivener plus simple

  • Scrivener 3.0 Introduction aux Tutoriels anglais le 19 janvier 2018. Ce guide est gratuit, il est conseillé de commencer par lui avant d’aborder le suivant, plus complet dans la prise en main du logiciel de bureau.
    https://books2read.com/u/baz5j6Tutoriels.jpg
  • Scrivener 3 plus simple Guide francophone de la version 3.0 pour Mac le 2 février 2018. Un guide pratique d’initiation au logiciel de bureau.
    books2read.com/u/31x56D
    Scrivener3.pngVersions numériques disponibles sur Amazon, Smashwords, Apple, Kobo, Iggybook

Des révisions sur Scrivener 3 pour Mac

Révision complète de deux livres précédemment publiés.
Le Journal 60, formaté sur Word en 2011, était refusé en Premium par Apple (table des matières non conforme).
Le guide Smashwords plus simple pour les francophones était également refusé par Apple parce qu’il pointait vers Amazon (concurrent) et que j’avais mal orthographié Apple iBooks Store (plus tâtillon, on meurt). Relecture en epub sur l’application iBooks, corrections sur Scrivener 3 avec Antidote 9
Republication sur Amazon et Smashwords (Apple, Kobo Fnac)


Une nouvelle aventure littéraire : la quête des archives

  • Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne, archives, souvenirs, bilans
    Recherches faites dans les archives en février et mars 2018
    Rédaction lors du Camp NaNoWriMo de printemps en avril 2018 sur iPad iOS
    Corrections en mai 2018 sur Scrivener 3 et Antidote 9
  • https://books2read.com/u/4Dlz2O
  • Deux versions brochées
      • Broché police 12 :
        Mai68-1.jpg
      • Broché gros caractères police 21
         
  • Mai68-2.jpg
  • Kerantorec un domaine breton (en cours d’écriture)
  • Entre Kerantorec et moi, c’est une histoire d’amour. Comme dans les histoires d’amour, il y a de la passion, des drames, des douleurs, des grandes joies, des épreuves, des réussites, des vilains, des rencontres et beaucoup de petits bonheurs.
    Je raconte l’histoire de mon village avant moi, au cours des siècles depuis la préhistoire, puis l’histoire des Travaux d’Hercule que j’y ai faits moi-même. J’y vis la vie que je rêvais dans ma jeunesse. Son histoire peut être inspirante pour d’autres créateurs, comme elle l’a déjà été pour des artistes et écrivains passant par Kerantorec.
  • KerantorecNaNo.jpg
    Kerantorec un domaine breton a été commencée lors du NaNoWriMo de novembre 2018. J’ai construit la charpente de l’ouvrage. Elle s’est actualisée lors de la restauration du toit de chaume en ardoise sur la partie la plus exposée et sinistrée de la maison. J’ai suivi les travaux des couvreurs au jour le jour, avec une belle admiration pour leur savoir-faire. L’histoire se développera en 2019 dans la relation de mes travaux précédents que j’ai faits moi-même sur mon territoire.

  • L’assistance numérique à deux auteurs francophones

    Désormais, j’ai les bons outils pour écrire mes propres écrits, mais aussi pour aider des auteurs amis à corriger et formater les leurs. J’ai donc eu l’honneur de participer à deux belles aventures littéraires.

    • La Grande Flourenn de Lise Audoin

    Version numérique publiée le 28 avril 2018 books2read.com/u/bMQ69a

    Flourenn2.jpg

    Version brochée grands caractères Police 21 publiée le 26 juin 2018 https://www.amazon.fr/Grande-Flourenn-roman-Lise-Audoin/dp/2956417312/

    La Grande Flourenn : trois marraines pour un roman

    • Waiting for Tina de Jean Azarel

    Nous avons eu différentes séquences de travail pour mettre en forme un manuscrit abouti. Avec l’auteur sur place à Kerantorec pour mettre au point les conventions de correction. Deux rencontres passionnantes.
    Puis seule. Relecture du format epub sur l’iPad (soulignement des erreurs).
    Le texte étant très riche, très dense, très documenté, avec de nombreuses citations, il a fallu plusieurs relectures. Les corrections on été faites sur Scrivener 3 avec Antidote 9.
    Quatre éditeurs étudient le manuscrit de Waiting for Tina. Nouvelles l’an prochain.

    Jean Azarel : la genèse de Waiting for Tina
    https://www.facebook.com/waitingfortina/


    Une expérience particulière : un roman collaboratif

    http://alloe.fr/

    Alloe-allez-on-ecrit : un roman collaboratif en 42 heures #1


    Des projets en cours de révisions et corrections

    • L’écriture plus simple dans la vie créative
    • La publication indépendante plus simple
    • La cuisine plus simple en période créative
    • Le bricolage plus simple dans la vie créative
    • Le jardinage plus simple dans la vie créative

    Ces livres étaient d’abord un seul projet écrit lors du premier Camp NaNoWriMo de janvier 2017, projet développé au NaNoWriMo de novembre 2017, qui a sécrété plusieurs ouvrages spécifiques. Gardés dans mon Journal_2018, sur l’iPad et l’application Scrivener iOS, ces dossiers se voient souvent étoffés de paragraphes ou chapitres supplémentaires au fils des jours et des mois. Méthode de travail particulièrement efficace que je vais expliquer dans un prochain article.


    Gaelle Kermen,
    Kerantorec, le 27 décembre 2018


    Crédit couvertures : Adam Molariss for Indiegraphics
    sauf Journal 60 : GK

    Bilan 2018

    • Nombre de mots écrits : 590 000
    • Nombre de pages écrites : 2 360
    • Nombre de livres publiés : 3
    • Nombre de livres republiés : 2
    • Nombre de livres corrigés : 3
    • Nombre de pages assistées : 1 150
    • Nombre d’articles publiés : 70

    Conclusion : vive Scrivener !

     

    Mai 68 : la Une du Nouvel Observateur, le film de Michel Cournot à Cannes

    Première Une de Mai 68 : le Nouvel Observateur du 30 avril au 7 mai 1968

    Le film de Michel Cournot à Cannes

    Très émue de commencer cette série de publication de Unes de journaux d’archives par la couverture de la revue Le Nouvel Observateur avec le profil de Cournot.

    Une68_NouvelObs.JPG

    Au cours de ma vie, il m’est arrivé de raconter certains éléments essentiels de mes années 60, je parlais alors de l’importance qu’avait eu, au début de mes études, ma lecture hebdomadaire des articles de Michel Cournot sur le cinéma dans Le Nouvel Observateur auquel j’étais abonnée. Parfois, j’ai rencontré des gens qui lisaient aussi le Nouvel Observateur rien que pour les chroniques de Cournot. Nous nous reconnaissions admirateurs de Cournot, soudain émus et nostalgiques d’une époque révolue. Les adorateurs de Cournot sont aussi décalés en cinéphilie que les fans de Kevin Ayers en musique pop des années 70 ou les lecteurs de Malcolm Lowry en littérature anglo-saxonne des années 50. Une espèce à part, avide de champs inexplorés, de découvertes enthousiastes, hors des chemins balisés par la mode imposée. Nous formions presque une société secrète.

    Michel Cournot fait partie des personnes qui m’ont donné envie d’écrire et m’y ont encouragée. Son univers était toujours hors des sentiers battus, mais il nous faisait, dans un simple article, vibrer de tant de façons qu’on se sentait régénéré pour la semaine, dans l’attente du jeudi suivant pour le prochain article.

    En avril 68, juste avant les événements de Mai qui allaient annuler le Festival de Cannes pour la première fois depuis sa création, Michel Cournot n’était plus critique de cinéma au Nouvel Observateur. Il avait été viré dès 1966, parce que les lecteurs normaux n’aimaient pas qu’il «  parle de tout, sauf de cinéma ».  Il avait été remplacé par Jean-Louis Bory, qui avait eu le prix Goncourt pour son roman Mon village à l’heure allemande.

    Michel Cournot avait tourné un film Les Gauloise bleues. Il devait être projeté au Festival de Cannes. Le Festival n’a pas eu lieu. Cournot n’est pas entré dans l’histoire du cinéma. Mais il est resté dans le cœur et la mémoire de quelques uns d’entre nous, qui lui rendons encore hommage après plus d’un demi-siècle.

    De la revue, je n’ai gardé que la couverture dans mes archives.

    Les hasards des déménagements impliquaient des choix, j’ai arraché la couverture de ce numéro de Mai, sans doute quand, au mois de juin 1968, j’ai brûlé beaucoup de papiers avant de quitter la rue Visconti où j’habitais avec mon révolutionnaire malgache, Michel Bablon. Il m’a fait brûler des revues cubaines qui pouvaient être compromettantes si une descente de police arrivait dans l’appartement que nous avions prévu de quitter par les toits… Je ne pouvais pas brûler Cournot !

    Une68_Cournot.JPG

    Je regrette de n’avoir pas conservé la collection des numéros du Nouvel Observateur, restées chez mes parents à Saint-Leu-la-forêt, qui ont dû aussi faire des choix quand ils sont revenus habiter en Bretagne.

    J’ai gardé les livres de Michel Cournot dans ma bibliothèque, près de ceux de son neveu Patrice Cournot. Tous deux ont été des phares dans ma vie.

    Bibli_Cournot2.JPG
    Bibliothèque : livres de Michel et Patrice Cournot (archives personnelles)

    J’aimerais tellement pouvoir relire tous les articles de Cournot.

    Ils mériteraient une réédition dans un recueil dédié à son souvenir, rien que pour lui.

    Gaelle Kermen,

    Kerantorec, le 30 avril 2018


    Livres de Michel Cournot : Le premier spectateur et Enfants de la Justice

    Livres de Patrice Cournot : Le jour de gloire, Le bonheur des autres, Le retour des Indiens Peaux-rouges


    Mes cahiers sur cette époque : Le vent d’Avezan et Le soleil dans l’œil.


    Gaelle Kermen, Kerantorec, le 30 avril 2018

    Blog auteur : gaellekermen.net

    Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne


    Pour en savoir plus sur le film de Cournot à Cannes :

    https://www.festival-cannes.com/en/films/les-gauloises-bleues

    Sur l’attitude de Michel Cournot pendant les événements de Mai 68, voir :

    http://www.cannes.com/fr/culture/cannes-et-le-cinema/le-festival-de-cannes/histoire-du-festival-de-cannes/de-1939-a-nos-jours/les-annees-70-un-nouveau-depart-apres-la-crise-de-mai-1968.html

    « Les réalisateurs Milos Forman, Jan Nemec, Michel Cournot, Salvatore Samperi et Mai Zetterling ont un film engagé en compétition mais, témoins de la scène, ils se rangent immédiatement aux côtés des contestataires et se retirent du concours, encourageant les autres candidats et les membres du jury à les rejoindre. »



    La bête humaine (brouillon)

    Brouillon de l’article remis à la revue Esprit, 19 rue Jacob, Paris, Ve, après le concert du 3 octobre 1971 de Johnny Halliday au Palais des Sports, avec Gary Wright Wonder Wheel en première partie et Michel Polnareff au piano.

    Johnny_1

    Johnny_2

    Johnny_3

    Johnny_4

     

    Support : papier pelure, dupliqué par papier carbone Armor (marque déposée par la Société Galland et Brochard à Nantes en 1925)

    Archives 1971 de Gaelle Kermen
    Kerantorec, le 8 décembre 2017


    Le regard naufragé de Johnny

     

     

    Isle of Wight 1970 : lundi 31 août matin du départ

    Extraits du carnet de voyage du mois d’août 1970 tenu par Gaelle Kermen au cours du Festival Isle of Wight 1970 à paraître dans les cahiers 1970. Photos inédites de Jacques Morpain.


    Personnages
    Gaelle Kermen, étudiante à la fac de Vincennes Paris-8, diariste, 24 ans,
    son petit frère Bruno, 12 ans
    son cousin Jacques Morpain, étudiant à la fac de Paris-Dauphine, photographe, 23 ans

    Texte de Gaelle Kermen (1970)
    Photographies de Jacques Morpain (1970)

    Tout a été pris sur le vif, sans censure, tel que le festival a été vécu, en direct.


    île de wight lundi 31 août 1970 matin du départ

    réveil sur la pente au milieu des boites de conserve et des feuilles de journaux emportées par le vent

    le ciel est couvert

    c’est richie heavens qui termine ce festival
    égal à lui-même
    avec grande force et virulence

    dernier jour à wight

    on n’a pas pu entendre beaucoup richie heavens il fallait plier bagages et partir avant qu’il ne soit trop tard
    on l’entendait derrière les tôles

    un dernier passage aux toilettes

    déjà la queue s’étendait sur des miles et des miles pour quitter l’île

    en bons français on a essayé de resquiller mais ça n’a pas marché
    alors comme tout le monde on a piétiné sagement ou presque

    c’était sinistre ce petit matin gris sur le camp de tôles
    comme si le festival était condamné
    l’impression que c’était fini et qu’on ne reviendrait pas
    et finalement une forte envie de sortir de là de cette crasse

    on a attendu cinq heures

    au bout de trois heures il s’est passé quelque chose de surprenant
    la queue s’est dissoute
    sans doute certains sont passés devant les autres
    des français vraisemblablement
    et tout le monde a suivi

    alors on s’est retrouvés pressés en masse sur une largeur de 20 mètres de fils de fer barbelés tendus par les bobbies toujours imperturbables

    impossible d’avancer

    c’est vers ce moment qu’il s’est mis à pleuvoir les premières gouttes de notre semaine anglaise

    quelques no rain no rain ont tenté de jaillir comme à woodstock
    mais ça a fouarré
    peu de communication

    un seul type a failli faire copuler la masse
    il avait profilé de la cohue pour rafler un paquet de tranches de pain sur l’étalage d’un marchand de soupes et sandwiches et il le distribuait autour de lui
    ça a failli être beau mais ça n’a pas duré

    et il a plu

    certaines nanas avaient des robes légères et les bras nus

    on a essayé aussi de chanter we shall overcome
    sans grande conviction non plus
    premier couplet et fini

    les bobbies sont très calmes
    ils attendent qu’on soient rangés avant de nous laisser monter dans les cars qui attendent vides depuis une heure

    un officier se décide à demander qu’on recule pour déblayer la route
    please will you please

    évidemment nos flics français prendraient moins de gants et moins de temps pour nous faire dégager

    c’est touchant cette politesse mais prodigieusement agaçant totalement inefficace

    d’ailleurs un anglais furieux hurle
    use your brain
    injure suprême

    finalement j’en ai marre ça a duré trop longtemps cette gentille attente
    maintenant à chaque poussée je gueule systématiquement

    je gueule
    ma non-violence je l’oublie
    je ne supporte plus la promiscuité de ces corps autour de moi et je suis responsable de bruno qui à chaque fois reçoit un coup de sac à dos dans la gueule

    alors je hurle

    il semble que ça paye car les bobbies se retournent inquiets

    nous avons pu monter dans le prochain car

    épuisement

    chaleur


    un dernier bain à ryde s’avère nécessaire

    puis on prend l’hovercraft


    à portsmouth un chauffeur de taxi nous dit que wight avait été le plus grand festival du monde c’était le mieux organisé aussi parait-il the best ever organised festival of the world


    dire qu’on aurait le courage de retourner à wight l’an prochain s’il y a un autre festival pour l’instant ce serait difficile

    à moins bien sûr que dylan revienne

    mais on ne regrette pas d’être venus

    ça valait le coup

    mélanie éveillant le soleil c’est peut-être la plus belle chose qu’il m’ait été donné de voir
    en intensité
    en étrangeté

    fin du carnet de voyage sur le festival de wight 70


     

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    Texte de Gaelle Kermen – Crédit photos : Jacques Morpain 1970
    en mémoire de Bruno le Doze (10/11/1957-10/09/1997) page hommage 1997
    ACD Carpe Diem 2017

     

    Isle of Wight 1970 : dimanche 30 août dernier soir

    Extraits du carnet de voyage du mois d’août 1970 tenu par Gaelle Kermen au cours du Festival Isle of Wight 1970 à paraître dans les cahiers 1970. Photos inédites de Jacques Morpain.


    Personnages
    Gaelle Kermen, étudiante à la fac de Vincennes Paris-8, diariste, 24 ans,
    son petit frère Bruno, 12 ans
    son cousin Jacques Morpain, étudiant à la fac de Paris-Dauphine, photographe, 23 ans

    Texte de Gaelle Kermen (1970)
    Photographies de Jacques Morpain (1970)

    Tout a été pris sur le vif, sans censure, tel que le festival a été vécu, en direct.


    île de wight dimanche 30 août 1970 dernier soir

    je venais de penser qu’il n’y avait rien de comparable avec l’an dernier
    en bas la foule n’a pas la force compacte de celle qui attendait dylan
    pour rappeler l’atmosphère on a mis le disque hare krishna
    importance psychanalytique du besoin de recréer les situations
    mais ça ne marche pas

    puis jethro jull
    très bon
    dingue

    enfin jimi hendrix
    bien parti
    il joue l’hymne anglais comme il avait joué l’hymne américain à woodstock

    mais il semble ne pas avoir la forme qu’il avait à woodstock

    avec hendrix j’ai eu de nouveau l’impression que personne ne croyait plus à la musique à la paix à l’amour ni ceux qui chantaient ni ceux qui les écoutaient

    tout au long du festival la question d’argent était revenue trop souvent

    le même speaker qui avait pleuré sur ses millions de livres de déficit annonce joyeusement que six cent mille personnes sont venus à wight et que c’est magnifique

    joan baez passe après jimi

    elle parle de son mari
    l’armée américaine le change régulièrement de prison
    now he is at new-york

    je m’ennuie
    ou alors je l’ai entendue trop souvent raconter la même chose
    six fois déjà
    elle a toujours le même répertoire
    une chanson de dylan en premier
    puis let it be des beatles qu’elle a toujours aimé
    là c’est oh happy days
    oh my god

    j’ai adoré joanie
    j’aimais son visage de femme forte d’intelligence
    l’an dernier elle avait coupé ses cheveux courts comme après une psychanalyse
    je l’aimais pour un beau geste qu’elle avait eu un soir de printemps à paris au bullier en 1965
    elle parlait de non-violence de gandhi de martin luther king
    j’y croyais
    c’était la belle époque du mcaa enfin le mouvement contre l’armement atomique des marches de la paix à taverny

    ce soir-là au bullier joanie avait été prise à partie par des marxistes-léninistes
    et dany cohn-bendit s’était approché du micro pour la défendre
    oui oui oui comme je vous le dis
    dany était fou de joanie et joanie dans son émoi lui avait pris la main
    et dany flamboyait
    c’était très beau

    ensuite quelqu’un avait parlé de dylan
    ils étaient séparés déjà
    elle a eu un beau geste de la chevelure pour éluder
    il a changé elle a dit
    et il y avait dans son geste de la main toute la souffrance des femmes abandonnées
    avec une rare beauté

    je l’aimais pour ça
    et pour sa brillance spirituelle ironique typiquement américaine
    maintenant elle m’ennuie

    elle est la première accusée de se faire payer trop cher
    alors elle s’est décidée à dire qu’elle donnait son cachet de 12 000 livres en partie à des retardés mentaux et en partie à son école de non-violence de carmel
    un peu trop tard

    on a du mal à y croire et c’est bien dommage parce qu’elle au moins avait l’air d’y croire à la musique à la paix à l’amour


    léonard cohen passe après joan baez

    il est 4 heures du matin

    ici sur la colline le vent de la mer repousse les paroles

    je cherche des bribes de chanson dans le vent

    je pensais que la voix cassée pleine de charme trouvait sa véritable dimension autour d’un simple feu de bois comme ça devait l’être à hydra d’après ce que m’a raconté platon lorsque nous étions en toscane ils étaient amis à l’époque de song for a room

    mais il suffit de descendre quelques mètres pour jouir de l’amplitude douce et écorchée des chansons de cohen

    plusieurs sont de l’album song from a room dont i know tonight will be fine avec une nouvelle manière de s’accompagner

    sa voix se fait plus impératrice plus exigeante sur la foule en grande partie endormie à cette heure de la nuit

    il fait bien son boulot
    mais il manque une dimension celle que mélanie a su capter au petit matin

    après seams so long ago nancy
    il a dit good night friends

    ça n’a pas déliré

    ou je me suis endormie

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    Texte de Gaelle Kermen – Crédit photos : Jacques Morpain 1970
    en mémoire de Bruno le Doze (10/11/1957-10/09/1997) page hommage 1997
    ACD Carpe Diem 2017

     

    Isle of Wight 1970 : dimanche 30 août après-midi au festival

    Extraits du carnet de voyage du mois d’août 1970 tenu par Gaelle Kermen au cours du Festival Isle of Wight 1970 à paraître dans les cahiers 1970. Photos de Jacques Morpain.


    Personnages
    Gaelle Kermen, étudiante à la fac de Vincennes Paris-8, diariste, 24 ans,
    son petit frère Bruno, 12 ans
    son cousin Jacques Morpain, étudiant à la fac de Paris-Dauphine, photographe, 23 ans

    Texte de Gaelle Kermen (1970)
    Photographies inédites de Jacques Morpain (1970)

    Tout a été pris sur le vif, sans censure, tel que le festival a été vécu, en direct.


    île de wight dimanche 30 août 1970 après-midi

    plus tard nous remontons au festival et là c’est une sacrée fumisterie

    nous avons pu entrer dans l’arène puisque maintenant c’est free depuis l’attaque des palissades
    je me demande comment on a osé faire payer 3 livres pour ne rien entendre
    impossible de discerner la jolie voix de l’adorable donovan

    en bas ça ressemble maintenant à un meeting organisé par le parti communiste au bois de vincennes
    on est venus en famille passer le dimanche après-midi au festival
    on est allongés au soleil
    on n’entend que dalle
    on participe à peine
    comment le pourrait-on puisqu’il semble que seuls les premiers rangs jouissent de la touchante présence de donovan

    bref il n’y a que sur la colline qu’on entende quelque chose
    la colline c’est toute la grandeur du festival
    la nuit ça a autant de gueule qu’un pèlerinage à lourdes
    je ne suis jamais allée à lourdes mais je m’attends souvent à voir tomber à genoux les gens sur cette colline comme je l’avais vu à la salette quand j’étais petite

    mais où est celui ou celle qui nous fera mettre à genoux ce soir
    dylan n’est pas là
    i misses him m’a dit un américain

    dylan reste le plus grand
    on vend ici son disque illégal bootlegger un disque tout blanc très rare au prix de 2 livres et demi
    on vend aussi son tarentula ce qui devait être son roman écrit au fil des chambres d’hôtel ou autre mais qu’il n’a pas publié parce qu’il a eu son accident de moto
    tarentula est une soixantaine de pages polycopiées signées robert zimmerman son vrai nom pour 10 shillings

    rien n’est comparable à dylan
    je me rappelle la retransmission du festival de wight 69 faite par michel lancelot sur europe 1 dans campus

    il annonçait parfois tranquillement l’arrivée des beatles ou des stones dans l’assemblée
    eux qui déchaînent les foules quand ils se produisent quelque part ici leur arrivée ne troublait personne ils étaient là comme les autres au même titre que les autres venus voir le plus grand

    le film de pennbaker dont’ look back sur dylan passe ici le soir
    nous l’avons vu à londres au paris-pullman
    un dylan d’il y a 5 ans en 65
    un dylan insoupçonnablement beau
    des yeux tendres aux longs cils
    des cheveux d’ange
    un dylan qui n’a rien a voir avec celui des photos habituelles ni avec celui de l’olympia 66
    un dylan vivant mouvant riant mordant
    un dylan incisif et doux

    deux très belles scènes dans le film
    l’une est plus ancienne que le film et date des débuts de dylan chantant only a pawn in their game entouré d’ouvriers noirs
    il articulait consciencieusement dans le micro
    il avait les cheveux plus courts et encore cet air de boy-scout qui aurait grandi

    l’autre se passe dans une chambre d’hôtel à londres entre deux concerts à l’albert hall
    joanie baez chante une mélodie très douce
    longs cheveux noirs autour du visage grave
    elle s’accompagne à la guitare
    dylan est devant sa machine à écrire
    il écrit
    tac tac tac tac
    de temps en temps il s’arrête et se laisse bercer par le rythme de la berceuse de joanie
    puis il reprend
    tac tac tac tac
    elle continue avec love is just a four letters word de lui
    bientôt il prend lui-même une guitare et il improvise avec elle

    oui je crois que dylan est le seul qui me ferait mettre à genoux sur cette colline

     

    pentangle bon groupe musique brillante
    la chanteuse jacqui mac shee est agréable à entendre
    enfin un groupe qui ne se traîne pas dans l’après-midi

    le soir la musique jaillit plus spontanément plus naturellement
    ce groupe commence à accélérer le rythme de la journée
    mélodies sans grande originalité mais bien menées
    il nous semble les avoir toujours connues dans une enfance anglo-saxonne

    mais si pentangle a bien commencé eux aussi se traînent maintenant
    ou alors c’est le vent qui a tourné
    on attend toujours plus
    ce festival n’a plus grande motivation
    je compte sur hendrix et heavens pour chauffer la nuit car ni cohen ni baez n’auront assez d’énergie pour transcender ce festival

    les moody blues enfin

    le soleil s’embrume dans leurs délicates harmonies dont le melotron retranscrit tous les sons d’un orchestre symphonique
    ils auraient sans doute gagné à jouer la nuit
    mais ils terminent ce que mélanie avait éveillé
    le jour
    avec un grand calme et beaucoup de rêve

    bien sûr on a droit à night in white satin tube célèbre depuis deux étés au moins
    et de leur opéra days of future passed
    puis c’est timothy leary is dead de leur search of the lost chord
    hommage à la drogue
    hommage à la sagesse
    hommage à om om om

    dans le ciel vibrant un cerf-volant cherche aussi des harmonies perdues dans le rythme
    ils font un beau succès les moody blues
    grande classe

    l’année dernière le melotron était tombé en panne sur scène la foule avait attendu calmement que celui des moody blues qui l’a inventé l’ingénieur le répare
    très britannique comme attitude


    un organisateur s’obstine à dire que ce n’est plus la peine de détruire les palissades puisque le festival était gratuit désormais

    il n’avait pas compris que les plaques de tôle qui s’en allaient comme des petits pains servaient à se protéger du vent pour la nuit

    un type à qui on demandait comment il s’était débrouillé pour gagner de l’argent à wight nous a dit
    ben on faisait des baraques et on les revendait

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    Pentangle on stage

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    Texte de Gaelle Kermen – Crédit photos : Jacques Morpain 1970
    En mémoire de Bruno le Doze (10/11/1957-10/09/1997) page hommage 1997
    ACD Carpe Diem 2017