Livres audio gratuits Librivox en français : Mémoires d’un paysan bas-breton

Je partage cette magnifique découverte des livres audio gratuits sur Librivox, qui m’apparaît aussi importante que celle que j’avais faite avec ebookslibresetgratuits lorsque je suis passée à la lecture numérique. La solution auditive peut pallier les problèmes de vue ou de main.


Essai d’Audible

J’avais testé la formule Audible, mais l’avais abandonnée, la trouvant trop onéreuse pour mon budget actuel. L’essai proposé par Amazon devait être gratuit, mais quand j’ai vu mon relevé de compte, 60 euros avaient été prélevés ! J’avais testé trois livres, des best-sellers du moment, valant chacun autour de 20 euros. Je les ai donc payés et non pas essayés. Je l’ai vu trop tard pour réclamer, mais je n’ai pas du tout aimé le procédé et le déconseille.

La vie secrète des arbres, Peter Wohleben, lu par Thierry de Montalembert

Au revoir là-haut, lu par l’auteur Pierre Lemaître (un régal !)

The Innovators, Water Isaacson, lu par Dennis Boutsorakis.

J’ai résilié l’abonnement, les livres restent dans ma bibliothèque. Après tout, je les ai payés. Il m’arrive de réécouter un chapitre, comme récemment, au moment du 8 mars d’hommage à quelques femmes, le chapitre sur Ada Lovelace, grâce à qui nous pouvons écrire et lire en ce moment sur ordinateurs et tablettes. Le premier programmeur du monde est une femme, la fille de Lord Byron.

J’avais laissé tombé la question des livres audio, trop chère pour moi, mais j’ai des proches souffrant de DMLA qui ont du mal à lire les livres sur papier ou tablette. Je pensais donc à la solution auditive. Je viens de trouver une solution abordable et riche sur le site de Livres audio, pas aussi riche encore que les bibliothèques numériques en ligne, que je pratique depuis une dizaine d’années, mais déjà bien garni.


Un document exceptionnel sur la vie des pauvres au XIXe siècle

J’ai commencé par un document écrit à la fin du XIXe siècle, publié en partie par Anatole Le Bras en 1905, la suite fut perdue, oubliée, puis retrouvé et réédité in extension en 1998 par une petite maison d’édition bretonne dirigé par Martial Ménard, An Here, qui vendit 300 000 exemplaires grâce à l’enthousiasme de mon ami Michel Polac dans une chronique radiophonique.

Redécouvrant ce texte, lu par André Rannou, sur Librivox, j’ai le même enthousiasme ! Quel style ! Quelle sincérité ! Quelle clarté ! Quelle liberté ! Une bouffée d’air frais et sain !


Télécharger l’application Livres Audio

L’application est disponible sur Google Play pour Android et sur App Store pour iOS.

On peut utiliser l’application sans s’enregistrer nulle part. On peut aussi utiliser son compte Google pour s’enregistrer, puis supprimer la pub.

L’application s’intitule Littérature Audio sur le site App Store, Livres Audio sur l’iPad et l’iPhone. Elle a le mérite d’être en français. Les autres apps sont en anglais.


Trouver un livre audio

La liste qui s’affiche se fait par Titres. Ici, j’ai réglé la langue sur Français et j’ai cliqué sur Philosophie dans Genres. La publicité s’affiche en haut et parfois aussi au milieu.


Supprimer la pub

J’ai enregistré l’application avec mon compte Google.

Puis, sur le site d’Apple, par PayPal, j’ai payé 2,49€ d’abonnement annuel à Librivox, site gratuit de livres audio, qui propose cet abonnement symbolique pour enlever les publicités de monétisation du site. L’abonnement mensuel est de 0,49€, ce qui ferait 5,88€ par an.

Lorsque l’abonnement est enregistré, le choix est coché, l’application se ferme, puis se rouvre sur des pages sans publicité.

Ensuite, le choix des livres est plus aisé dans le Catalogue, en particulier par Genres.


Un pauvre bas-breton égal de Chateaubriand

Je n’ai pas hésité une seconde à payer cette obole de 2,49€, , comme je le fais sur tous les sites que j’utilise gracieusement, tenus par de formidables bénévoles, tant je suis impressionnée par la qualité de l’ouvrage que j’écoute depuis hier : Mémoires d’un paysan bas-breton de Jean-Marie Deguignet, publié en 1904 par Anatole le Braz, l’auteur célèbre de La légende de la mort, à qui Jean-Marie avait confié ses 24 cahiers avant de mourir.

Le texte est magnifique de simplicité et de clarté, formidablement servi par la voix d’André Rannou, dont le reste d’accent breton nous met tout de suite dans l’ambiance du texte. Un régal ! Une merveille !

Il est bon de savoir qu’un pauvre bas-breton trouve plus d’un siècle après sa mort la reconnaissance de la littérature universelle auprès des Mémoires d’Outre-Tombe du très célèbre comte de Chateaubriand.

Jean-Marie Deguignet l’avait rêvé, c’est arrivé ! Honneur !

Pouvoir accéder à une bibliothèque universelle en écoute me met en joie. Si jamais je ne pouvais plus lire, j’aurais encore une grande source de littérature…

Gaelle Kermen, Kerantorec le 15 mars 2019

P.S. Le livre audio a tendance à m’endormir. Pour ne pas laisser filer le livre jusqu’au bout, on peut régler le temps d’écoute du chapitre en cours.


Crédits

Hommage à Martial Ménard, 1951-2016, le premier éditeur de Deguignet, An Here, 1998

Fiche Wikipedia de Jean-Marie Déguignet

Wiki source de Mémoires d’un paysan bas-breton, texte entier

À écouter sur Librivox

Ouvrage audio lu par André Rannou, donneur de voix volontaire, dont j’aimerais connaître plus.

Site originel : https://librivox.org/


Sur l’auteur

Gaelle Kermen est l’auteur de la série des Scrivener plus simple, les guides francophones pour Mac, Windows et iOS, publiés sur toutes les plateformes numériques depuis 2016. Elle met à la portée des auteurs de la Francophonie les logiciels et applications dont les manuels et documentations sont en anglais. Son expérience en informatique et numérique lui permet de guider au mieux celles et ceux qui cherchent à exprimer leur potentiel créatif.
Diariste depuis les années 60, elle publie cinquante ans plus tard son Journal de vie.
Auteur d’Aquamarine 67, 2010, Le Festival de Wight 70 vu par 2 Frenchies, 2017, Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de La Sorbonne, 2018.
Elle restaure et entretient elle-même son domaine et sa chaumière. Elle prépare une série sur l’histoire de son village et les travaux qu’elle y exécute pour marcher dans la beauté.

Fac de Vincennes 1969-Janvier

Il y a cinquante ans, au mois de janvier 1969, je m’inscrivais à la nouvelle université de Vincennes, appelée alors Centre Universitaire Expérimental de Vincennes, le CUEV. Je reprends mes notes publiées dans Les maquisards du Bois de Vincennes et le Journal 60 pour donner une idée de l’ambiance de l’époque. J’ai aimé cette fac, plus que la Sorbonne et la fac de droit d’Assas. Je m’y suis sentie comme un poisson dans l’eau. Elle a forgé mon esprit critique, m’a donné de bonnes bases culturelles, une excellente méthodologie et les techniques de lecture rapide et de frappe dactylographique qui me servent encore tous les jours. Ces articles sont ma contribution à la célébration des 50 ans de Vincennes.

Mon Journal de l’année 1969 n’a pas été écrit sur un cahier à grands carreaux Héraclès ou Clairefontaine comme les autres années. J’ai pris mes notes sur un agenda disposant d’une page par jour. Le style devient plus rapide, plus concis. Toujours sans ponctuation ni majuscule.

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J’ai changé des prénoms pour la publication des cahiers 1960. Pierre est le Michel des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne. 69 fut une année érotique, ô combien érotique ! Mais dans ces pages de cinquantenaire, j’élague cette partie intime pour conserver ce qui concerne la fac de Vincennes. Je garde tout ce qui est repérages de l’époque, comportements, modes de vie, styles, mobilier, objets, cuisine, livres, films, théâtre, restaurants, cafés, politiques…

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***

Le mois de janvier me voit décider de quitter Nantes où je m’étais inscrite à la Faculté des Lettres, pour m’inscrire à Vincennes, la nouvelle université, créée pour répondre aux demandes des étudiants de Mai 68. J’y retrouve de nombreuses personnes connues à la Sorbonne ou au Quartier latin.

On me propose de travailler comme styliste de mode chez Rychter, une marque de tricot. Je reste à Paris chez ma sœur, d’abord dans l’île Saint-Louis, après le déménagement du Pot de fer. Puis, au 10 boulevard Poissonnière, quand elle devient secrétaire de la revue Gault-et-Millau et qu’elle bénéficie d’un logement de fonction, à côté de l’immeuble de l’Humanité, face au cinéma Le Rex.

Au cours de janvier 1969, je déménage de Nantes, 44, à l’île Saint-Louis, 4e, et de la rue Visconti, 6e, au boulevard Poissonnière, dans le 10e.

La vie à Vincennes commence. Intrépide, rapide, ardente, passionnée, enthousiaste.


Mercredi 1er janvier 1969

réveillon dans un lit avec ma sœur
dans l’île saint-louis où elle habite en ce moment et où je l’ai suivie
beaucoup dormi
raté rendez-vous avec la bande à geismar et glücksman au balzar parce le balzar est fermé le mardi
et puis assoupissement de l’île

télé julie driscoll et les beegees
je suis contente de commencer quelque chose de nouveau
surtout une année
que ça soit positif


Jeudi 2 janvier 1969

douceur de l’île saint-louis
les matins qui s’étirent
envie de robe de velours
mais envie de formes modernes

dynamisme piscine

je n’arrive pas à me décider si je rentre à nantes dans quatre jours ou si je reste à paris pour m’inscrire à vincennes
pour foncer
être entièrement dans le coup

au ramsès où je ne fais que passer bleiptreu me donne d’autorité le téléphone de rychter la maison de prêt-à-porter tricots
pour mon avenir créateur
est-ce un signe
si j’ai un boulot je reste à paris d’autant que peut-être je serai logée gratis


Vendredi 3 janvier 1969

je crois que je vais rester à paris
intuition
bien commencer quelque chose pour arriver quelque part
at least
at last


Samedi 4 janvier 1969


alexandra m’appelle
aurélia m’appelle
j’ai beaucoup d’amies
on a voulu aller à vincennes mais la fac est fermée

ma sœur vient de se voir proposer un boulot sensationnel
secrétaire assistante dans une revue gastronomique et touristique faite par les critiques gault et millau
en plus on lui propose un appartement de trois pièces cuisine salle de bain et tout

nous pourrons habiter ensemble
en étant indépendantes
et travailler
surtout moi parce que ce n’est pas au quartier mais près du sentier et des trucs de couture


Dimanche 5 janvier 1969

saint-leu crise d’asthme of course
au fond comme ça j’échappe au repas de famille avec ma grand-mère mon cousin et sa femme qui est assez fatigante parce qu’elle pose des questions sans écouter les réponses

je tricote quand je vais mieux
je mets l’après-midi à lire le monde d’hier

je me sens désormais personnellement concernée par les problèmes internationaux et intérieurs
maintenant que je suis au courant
l’essentiel c’est d’être dans le coup

j’ai aussi des envies de robes d’hôtesse au tricot longues et mousseuses

retour le soir dans l’île saint-louis


Lundi 6 janvier 1969

c’est fou ce que je dors dans l’île

mon frère louis vient enregistrer des disques de dylan avant de regagner la caserne
demain il part à djibouti où il sera moniteur de voile pendant son service militaire

piscine je nage beaucoup et mieux

vincennes beau soleil d’hiver sur le bois

a g dans truc moderne ça me plaît

la première personne que je rencontre est une fille rencontrée à la sorbonne l’an dernier elle fait partie du comité d’action

je rencontre aussi un m l marxiste-léniniste qui enseignera en philo ou socio et une fille qui nous avait apporté à la trésorerie du fric donné par les chanteurs de bobino en grève active

au ramsès bleiptreu me dit de téléphoner le plus vite possible chez rychter qui a besoin d’une modéliste il l’a vu hier mais je n’arrive pas à le joindre

ma vie à venir risque d’être formidable


Mardi 7 janvier 1969

aller à vincennes pour transfert dossier de nantes

vincennes sous les pluies
un peu triste mais envie folle de commencer enfin un genre d’enseignement nouveau

buci passage
soloman me parle de pierre
mais qu’est-ce qu’ils ont tous à me parler de lui
heureusement que je crève d’humour
et que je m’en fous


Mercredi 8 janvier 1969

aller à vincennes
2 h christine au ramsès
alexandra
5 h téléphone gérard
aller chez rychter

perdu mon temps avec christine et alexandra puisque j’arrive trop tard à vincennes pour m’inscrire

mais entrevue intéressante chez rychter
je crois avoir compris ce qui m’est demandé
une de mes qualités est de comprendre vite


Jeudi 9 janvier 1969

il fait beau à nantes merveilleusement
départ très tôt le matin pour nantes où je rentre chercher mes affaires
je n’ai plus l’habitude de me lever si tôt il va falloir la reprendre pour travailler
il me faut tellement tellement toujours travailler

c’est un peu dommage de partir
mais je ne regrette rien


Vendredi 10 janvier 1969

lever tôt aussi aujourd’hui
pour repartir à paris avec tonton francis et le petit erwan

je commence à noter des idées de tricots


Samedi 11 janvier 1969

je me mets sérieusement au travail
mais appels téléphoniques de mes meilleures amies

je me fous des histoires de nanas

après-midi visite du futur appartement boulevard poissonnière
sur les grands boulevards
face au cinéma rex
à côté de l’humanité
plein sud avec balcon
ça va être sensationnel
jamais nous n’aurions pu espérer ça

en tout cas je vois parfaitement ma chambre
très moderne très nette avec un mur en vitres une table à dessin assez grande devant la porte-fenêtre et cetera
j’y travaillerai très bien


Dimanche 12 janvier 1969

ma sœur part à saint-leu vers 11 heures passées
je vais à la piscine de pontoise après m’être baladée du côté de la mouff
je nage beaucoup sans fatigue maintenant
je rentre je bouffe me fais jolie et note quelques idées

puis je sors pour aller chez pierre puisque j’ai besoin de dessins qui sont restés rue visconti et que ce matin aurélia m’a appelée pour me dire qu’il me cherchait et qu’il fallait que je me méfie
comme si je ne savais pas que pierre serait seulement ravi de me voir
ce qui ne rate pas

pot au buci
puis je l’accompagne chez lui parce qu’il a pour moi une locomotive miniature jouet
c’est original comme cadeau de noël
il est tellement sûr que je serai une locomotive si je ne rate pas le train

pour ma sœur il me donne un tatou
puis je dîne avec lui rue privas

nous avons toujours beaucoup à dire

je rentre et je travaille jusqu’à trois heures du matin


Lundi 13 janvier

7 h 30-8 h gérard rychter

c’est ce soir que je saurai si je serai une grande styliste ou pas
la locomotive

plaisir de rencontrer pierre dans la rue d’être invitée à déjeuner
ça n’arrivait pas quand je vivais avec lui

symphonie triomphante de mozart et repos entre deux dessins
j’ai fait beaucoup de dessins

vu gérard rychter
il trouve qu’il y a beaucoup à faire et que je suis très dans le coup
peut-être n’est-ce pas assez tricot
trop couture

je dois faire d’autres croquis

lui aussi s’inscrit à vincennes


Mardi 14 janvier 1969

je pensais aller à vincennes m’inscrire mais mes meilleures amies décidément ne m’oublient pas
de plus les peintres viennent dans le studio alors en attendant mon rendez-vous avec aurélia je dessine

puis je passe chez pierre
il est tout beau
tout heureux de me voir

son coup a marché il a passeport et tout
bref il m’invite à voir mister freedom de william klein
puis à manger une côte de boeuf au pop hot

je le quitte à deux heures du matin


Mercredi 15 janvier 1969

inscription vincennes

fragments les chinois avec terzieff

vincennes matin finalement je m’inscris en dominante sciences politiques en espérant que la licence sera créée

vers 6 heures je vais au quartier ne sachant si je vais ensuite à saint-leu ou si je reste avec pierre
au cas où il n’a pas oublié qu’il m’a invitée à aller au théâtre voir terzieff dans fragments

je rencontre devant le buci ses frères
et maïté qui veut que j’aille avec elle voir pierre rue visconti

je vais chez hélène très triste parce que yannis passe ses journées à vincennes et la laisse seule

puis je trouve pierre au buci
il pensait que je ne viendrais pas

théâtre excellent comme toujours avec terzieff

nous dînons au pop hot
nous évoquons les histoires de la sorbonne
mais c’est dommage je n’ai plus confiance politiquement

je reste la nuit avec pierre


Jeudi 16 janvier 1969

rosemary’s baby avec pierre
angoisse mais je connaissais déjà l’histoire je ne suis pas choquée
dehors il fait froid j’ai mal au cœur

pierre m’entoure m’offre des huîtres
quand nous rentrons j’ai une crise d’asthme
je suis nerveuse et révoltée par la poussière de la pièce et la crasse ambiante


Vendredi 17 janvier 1969

pierre a essayé de me calmer mais n’a réussi qu’à aggraver mon état
il prétend que je suis injuste qu’il cherche seulement à m’aider
et moi je ne supporte pas

je pars tôt

j’ai une crise pénible angoissante

maman arrive je décide rapidement de rentrer à saint-leu avec elle


Samedi 18 janvier 1969

11 h sciences po réunion à vincennes

j’arrive tôt à vincennes
enfin un quart d’heure avant la réunion ce qui représente un tour de force
les profs auront fort à faire
nous n’hésitons plus à les contrer
il n’y a plus de barrières hiérarchiques
je n’ose pas encore prendre la parole mais ça viendra

un type qui était deux rangs derrière moi vient s’asseoir à côté de moi il est sympa plein de vie je crois que je m’entendrai bien avec lui et c’est pratique de pouvoir désormais tout de suite tutoyer les gens

je rentre dans l’île
per-jakez doit aujourd’hui me rapporter les derniers bagages restés à nantes


Dimanche 19 janvier 1969

faubourg poissonnière

dessins

per-jakez nous réveille
toujours ponctuel précis sûr certain solide
je suis contente de le voir
et puis il est mignon il a un très beau sourire
il nous conduit boulevard poissonnière
j’aime sa façon de conduire rapide et efficace sécurisante
per-jakez c’est peut-être ce qu’il y a de plus beau en moi
c’est toute l’intégrité de l’enfance

je fais mon rideau de toile cirée jaune puis nous rentrons
et je dessine jusqu’au soir

pierre n’a pas rappelé pendant que j’étais là


Mercredi 22 janvier 1969

soir rychter grandes discussions
il va essayer de faire trois de mes modèles

alors pierre je m’en fous


Jeudi 23 janvier 1969

midi je frappe rue visconti pas de réponse
je suis folle de rage maman doit venir tout à l’heure pour m’aider à déménager

je reste avec son frère au buci

à une heure trente nous allons rue visconti
pierre a ouvert il paraît très dur et dit qu’il ne pouvait pas ouvrir tout à l’heure
bon j’ai compris il y a une nana dans son lit à côté
d’ailleurs son sac est là

maman et philibert sont arrivés avec un immense far breton que maman a fait spécialement pour pierre

déménagement
nous prenons un maximum de choses

pierre me demande de passer demain à midi pour l’enregistrer sur l’occupation de la sorbonne

boulevard poissonnière je fais des rideaux encore et range l’appartement

à six heures vincennes où je dois avoir réunion d’information de sciences po

des types du comité d’action arrivent
flics à la sorbonne
profs exclus
manifs
grève votée avec occupation

arrive le type sympa de l’autre jour
je reste manger au restau u et rencontre aurélia 

a g à 8 h je décide de rester
mon copain est à la tribune
glücksman est très beau


Vendredi 24 janvier 1969

toujours à la fac

à une heure à la cafétéria je retrouve mon copain très étonné de me voir là

les voilà
aurélia fonce
moi aussi mais sans voir grand-chose
les c r s courent partout
je suis entrée dans le bâtiment c
je me retourne
les c r s entrent dix mètres derrière moi
je fonce tout droit dans l’escalier et me retrouve dans la zone d’autodéfense où je ne voulais pas aller étant non-violente
attente
longue attente
on se sent tous proches
révoltés de voir les c r s faire les cent pas en bas devant les amphis

puis attaque
je monte au 2e étage avec ceux qui ne veulent pas se battre
on étouffe on pleure
on entend crier
descendez
on descend
ne les touchez pas

alors vous n’êtes pas mieux là
grand amphi
on respire si bien ici

attente des autres
puis on est tous embarqués dans les cars vers beaujon

à beaujon attente
parqués dans des cellules
serrés comme du bétail

slogans
nous sommes tous des juifs bretons
on a tous tué marcovic

fouille
identité
photos
fichage

attente
on entend des cris
pour nous mettre en condition

je commence à ne plus pouvoir respirer

à trois heures de l’après-midi on nous relâche
là dans la rue devant l’hôpital j’ai une crise d’asthme épouvantable

j’appelle ma sœur qui a dû s’inquiéter
aurélia l’a réveillée à trois heures du matin pour lui dire que je serais battue matraquée et tout
parce qu’aurélia elle s’est tirée
elle a eu raison d’ailleurs

je me repose me restaure m’endors

ma sœur revient nous allons dîner chez maya rue de fürstenberg


Samedi 25 janvier 1969

pierre nous réveille au téléphone vers onze heures
il est très brillant
il ne part pas aujourd’hui parce que les banques sont fermées et qu’il ne peut toucher le chèque qui devait payer son voyage
il veut que je l’enregistre sur ses histoires de la sorbonne
il n’a pas dormi
son appartement avait été mis sens dessus dessous par ses futures occupantes
et puis il a eu des histoires avec des nénettes

moi il m’embête avec ses conneries
mais je fais assaut d’humour comme d’habitude

maya arrive vers midi
je me lève avec effort
j’ai des difficultés à retrouver mon rythme respiratoire

piscine eau trop froide ou moi trop fatiguée je perds complètement mon souffle

je m’endors après le repas tout l’après-midi jusqu’à huit heures

dîner avec ma sœur au théâtre de la ville

puis visite chez hélène qui nous coupe les cheveux
il y a deux cinglés chez elle en plus de yannis


Lundi 27 janvier 1969

15 h vincennes marxisme et théorie de marx
17 h vincennes sociologie des classes sociales

il paraît qu’on risque des sanctions pour avoir occupé vincennes

je rencontre jacques de la sono sorbonne et philippe de l’occupation qui me dit
voilà ce que c’est de devenir gauchiste
ah bon


Mardi 28 janvier 1969

10 h 30 vincennes national-socialisme amphi 3
étrangeté de me retrouver dehors avant dix heures

cours avec rouvier jeune sportif actif brillant et horriblement cabot
ne cesse de nous parler de ses petits copains edgar faure et autres
mais son cours est pour l’instant intéressant

rencontre michel mon petit camarade de droit
ravi de me voir
était déjà dans l’amphithéâtre quand nous avons été pris dans la zone d’autodéfense
m’avait fait de grands signaux que je n’ai pas vus

bon on ne se quitte plus on mange on prend le café

l’après-midi je rentre à paris
j’ai mal aux dents
je rate toute ma fin de journée


Mercredi 29 janvier 1969

10 h 30 national-socialisme
16 h sociologie économique

il y a beaucoup de choses pour lesquelles on peut et doit lutter
mais pour ça il faut être fort

cours avec rouvier il m’énerve
paraît que dès qu’il lève le petit doigt le monde s’empresse de faire des articles
on verra
de plus son cours devient trop érudit
on veut de l’action cher professeur

après le déjeuner je finis par retrouver michel
on passe les tests d’anglais ensemble c’est marrant

puis il part
je reste à l’a g de socio
puis on reste pour éco po
pour voter la motion contre la participation

arrive aurélia
puis brice aussi

a g successives

je dîne avec yannis qui mourait de faim

socio économique
a g de psychanalyse près de glücksman


Jeudi 30 janvier 1969

18 h histoire des idées politiques

nuit de souffrance atroce je deviens folle avec ces foutues dents

j’ai dit à pierre que je n’aurai pas le temps de le revoir avant son supposé départ à londres déjà retardé de huit jours ni pour l’interviewer sur mai
mai on s’en fout maintenant
et je perds mon temps

à part ça difficultés pour faire soigner mes dents

mais vincennes c’est passionnant
avec michel mon petit camarade de droit on intervient tout le temps on va avoir fort à faire avec les types de l’u e v union des étudiants de vincennes

jeu de mots quitte cette u v rejoins l’u e v

cours très intéressant


Vendredi 31 janvier 1969

18 h 30 droit constitutionnel
21 h 30 soirée chez kiki féraud

si nous voulons lutter activement il va nous falloir d’abord travailler comme des dingues
ça a bien commencé
il nous faut être les plus forts

je rencontre toujours michel
à la bibliothèque nous nous retrouvons entre deux livres
il est sympa
nous travaillons ensemble assez longtemps

soir je vais chez kiki à un dîner avec gilbert le frère de pierre
j’avoue que ça ne m’amusait pas mais ça ne se passe pas trop mal
gilbert a l’air de plaire à yves le fiancé de kiki

je me sens un peu bizarre au début
sortant de vincennes comme ça
me retrouver là c’est étrange
j’ai les yeux qui s’enfoncent

comme dit tout de suite yves
avec des yeux pareils ou on fait beaucoup l’amour ou on fait la révolution

ah


Maquisards du Bois de Vincennes, Gaelle Kermen, 2011 books2read.com/u/brG76M
Journal 60, Gaelle Kermen, 2012 http://books2read.com/u/m2v26o
Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne, Gaelle Kermen, 2018 https://books2read.com/u/4Dlz2O


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 31 janvier 2019

50 ans après Mai 68 #2 : le réussir en 2018

Les valeurs de l’état ne sont plus garanties

L’élection présidentielle nous obligeait à voter Emmanuel Macron pour faire barrage à l’extrême droite incarnée par Marine le Pen. Quiconque osait ne pas l’affirmer était rejeté dans les bas-fonds, balayé vers les caniveaux, moqué, vilipendé, ostracisé, nié.

Un an plus tard, je suis convaincue que Marine le Pen n’aurait pas pu faire pire. Elle avait le mérite d’avancer à visage découvert. Nous connaissions l’ennemi. Le président des très riches a avancé masqué, il a toujours eu un discours biaisé, truqué et déloyal vis-à-vis du peuple piégé. Un peuple, abruti par des médias vendus au capital, mais quand même subventionnés par l’argent public, a été convaincu de voter pour le Premier communiant au motif qu’il fallait empêcher l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir.

Comme je ne me laisse pas influencer par les organes de presse officiels, je n’ai pas suivi cette analyse fallacieuse. J’ai donc voté deux fois pour Jean-Luc Mélenchon aux deux tours de l’élection présidentielle. J’avais gardé son bulletin de premier tour. Je savais que mon bulletin serait nul, mais je serais au moins en paix avec ma conscience, la seule à qui j’ai des comptes à rendre.

Quand je vois les horreurs perpétrées au quotidien par un président illégitime, je me réjouis de n’avoir pas voté pour lui. Et si Mélenchon m’avait demandé de voter pour Macron, je serais moins laudative que je ne le suis en ce moment.

Pour empêcher un mal possible, on nous a imposé un mal abusif. Les médias ne sont plus fiables. Les valeurs de l’État ne sont plus garanties. Il est temps de réagir.

France, réveille-toi, le vieux Monde est derrière toi !

La diversité est une richesse

Qui connaît un peu l’Histoire sait que la France s’est construite sur l’immigration. Le monde s’est construit sur l’immigration. L’humanité s’est construite sur l’immigration.

Le repli sur soi est solution temporaire de survie, mais à terme assurance de sclérose et de mort. Sans diversité, un milieu s’appauvrit et finit par disparaître.

En rejetant nos semblables, nous nous condamnons à mourir. En les acceptant, en les accueillant, en les protégeant, c’est nous-mêmes que nous secourons. La diversité est la richesse du genre humain comme des règnes animaux ou végétaux.

Je viens d’une famille nombreuse. Mon père gagnait peu d’argent, 600 francs selon mes souvenirs avant Mai 68, petit employé de surveillance à la librairie Hachette et aux Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne, il en gagnait plus de 1 000 francs après les accords de Grenelle. Rien que pour ce changement de niveau de vie matérielle, je peux témoigner que Mai 68 a été une avancée sociale majeure dans l’Histoire de la France.

Mais l’argent n’était pas le principe premier de la famille. Maman disait quand nous amenions des amis et amies à la maison : « Quand il y en a pour quatre, il y en a pour cinq ! Quand il y en a pour huit, il y en a pour dix ! »

J’ai retenu la leçon. Le partage est toujours plus que la somme de ce qu’on croit posséder. Le partage est source de richesse et non d’appauvrissement.

Voir la vie à l’aune de la mathématique est se limiter avec aigreur.

Partager le peu qu’on a est un bonheur sans frontière.

Le sinistre de l’Intérieur calcule que l’afflux des migrants représente la valeur d’une ville chaque année.

Je doute que ses calculs soient valables. La vie humaine ne se résume pas à des calculs économiques. Elle est plus généreuse que la stricte comptabilité, qui ne fait que mesurer des moyens matériels au mépris des formidables forces spirituelles qui peuvent se libérer si on ne bloque pas les flux d’énergie.

On ne calcule pas ce qu’on partage. Et on trouve ce qu’il faut pour nourrir ses proches et ceux qui en ont besoin. Quel que soit le niveau de revenus, on peut se débrouiller.

Comment rejeter nos semblables ? Nous sommes frères et sœurs d’une même planète. Nous ne sommes pas obligés de vivre tous ensemble, toujours, mais nous pouvons au moins respecter les autres pour nous respecter nous-mêmes. C’est une garantie de survie.

Il s’agit de remettre l’imagination au pouvoir, car laisser les technocrates et les oligarches s’en occuper, c’est aller au casse-pipe comme en Grèce. Si nous laissons la situation actuelle aller au bout de sa logique, nous allons vivre comme les Grecs dans très peu de temps.

Honte à celles et ceux qui nous gouvernent en prétextant le contraire.

Mais cela ne peut pas se prolonger indéfiniment. Un jour, il faudra rendre des comptes.

Quand une situation est mauvaise Il faut la changer

J’ai l’impression d’être encore dans les années 1950 quand j’entrevois ce président cinquante ans après les événements de Mai 68. Nous avions l’histoire derrière nous avec le Général De Gaulle. Il incarnait encore la Libération du pays et, même si dix ans de pouvoir suffisaient, nous gardions du respect pour l’homme qui incarnait l’État en une majesté bien comprise.

Là, quel respect pouvons-nous avoir devant le Premier communiant des années 50 ?

Lui qui dit des énormités injurieuses à chaque intervention non écrite par une plume négrière.

Lui qui croit faire des bons mots sur le dos des Comoriens, des gens qui ne sont rien, des ouvrières illettrées, des fainéants ou des envieux.

Lui qui semble chaque fois si satisfait de lui-même qu’il en devient stupide.

Que va devenir notre pays en de si mauvaises mains ?

Les forces de l’ordre, que l’on voit partout désormais, vont-elles longtemps continuer d’appliquer des ordres odieux contre les étudiants ou les zadistes ?

Un État qui traite si mal sa jeunesse perd le peu de légitimité qu’elle semblait avoir.

Quel crédit pouvons-nous accorder à un président aux dents longues qui parle d’optimisation fiscale quand on l’interroge sur la fraude et l’évasion des capitaux ? Quel respect accorder à quelqu’un qui a toujours trahi, ses amis comme ses propres engagements ?

Quand une situation est mauvaise, il faut la changer.

En Mai 68, il semble que les forces de l’ordre aient résisté aux ordres, dans l’armée et la police. On a évité des drames.

En mai 18, que les forces de l’ordre se réveillent ! Il est temps de tout arrêter. On peut s’étonner qu’il y ait un tel budget pour les équipements des forces de l’ordre quand il n’y en a pas assez pour les hôpitaux ou les maisons de retraite. Quand on dira aux policiers, qui attaquent les universités, les gares et les ZAD, qu’il n’y a plus d’argent pour payer leurs primes, peut-être même pour payer leurs salaires, ou garder leur statut spécial, j’espère qu’il se réveilleront ! On entend déjà des grondements.

Insoumission et résistance doivent être les maîtres-mots pour nous sortir de cette situation qui va être dramatique si on continue sur cette lancée.

Comme disait Gébé dans L’an 01 : « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ! »

En Mai 68, les jeunes se sont rebellés. Les ouvriers ont suivi. Les syndicats ont négocié. Les salaires ont augmenté. Une quatrième semaine de congés payés a été accordée. La vie a changé. Les relations humaines se sont modifiées.

Un slogan des manifestations du printemps 2018 est : « Quand tout sera privé, nous serons privés de tout. »

À quoi servira l’État quand tout aura été privatisé ?

Quand tout sera privé, sera-t-il possible à un dictateur d’acheter aussi l’État pour le privatiser ?

C’est l’autoroute que nous lui déroulons, si nous laissons faire ces privatisations généralisées de nos services publics.

Il faut se battre contre les iniquités de ce nouveau régime monarchique.

Le général De Gaulle, avant d’être le sauveur de la France, avait été hors-la-loi sous le régime de collaboration du maréchal Pétain. Ce fut le cas de Nelson Mandela et d’autres combattants des luttes pour leurs pays.

Ne l’oublions jamais : avant d’être légitime, il faut parfois résister au pouvoir en place. Il est temps de se réveiller de ce cauchemar.

Vive Mai 2018 !

Élément déclencheur : l’intervention des CRS dans l’Université

Pour qu’il y ait révolution, il faut un élément déclencheur.

Les violences policières ont été l’élément déclencheur des événements de Mai 68. Elles ont choqué tout le monde, les voisins des quartiers des barricades, les ouvriers dans les usines, tout le monde s’est senti concerné et tout le monde a réfléchi à ses conditions de travail et de vie.

La grève générale a été suivie par dix millions de salariés qui ont réussi à faire plier le régime, à le faire asseoir à une table pour obtenir des acquis sociaux sur lesquels le Premier communiant des années 50 entend revenir par ordonnances et pressions multiples dans tous les secteurs d’activité.

Lorsque je me suis inscrite à la fac de droit d’Assas en octobre 1964, la documentation jointe à mon carnet universitaire expliquait que seul le doyen de l’Université pouvait faire entrer les forces de l’ordre dans les bâtiments.

J’avais été surprise qu’on envisage de faire entrer la police à la fac.

Pour nous, ce n’était pas envisageable. L’Université et l’Église étaient des zones protégées, des asiles de sécurité.

Aussi, à Nanterre en janvier 68, les étudiants sont-ils devenus « enragés » quand ils ont vu entrer des CRS dans l’Université.

L’occupation de la tour s’est organisée spontanément le 22 mars à cause de la mobilisation policière impressionnante dans les locaux.

Plus tard, le doyen Grappin ferme l’université le 2 mai.

Le 3 mai, rendez-vous est donné à la Sorbonne, pour une Assemblée Générale.

Le doyen appelle encore les forces de l’ordre. Et tout explose ! Plus rien n’est maîtrisé. Rien n’avait été prévu par les dirigeants étudiants. Tout est spontané.

Comme à Nanterre en janvier, à l’entrée des CRS une manifestation spontanée se déclenche près de la Sorbonne, appuyée par les lycéens qui sortaient du lycée voisin, Louis le Grand.

Le soutien de la population locale confirme la thèse guévariste de la guerre de guérilla.

La femme du proviseur de Louis-le-Grand me le racontera l’été 69 lors du mariage d’une amie d’enfance au Pouldu, dont j’avais créé la robe. Ils avaient rouvert les grilles pour faire entrer les manifestants.

En 1973, lors d’une retraite d’écriture dans une abbaye savoyarde, une nonne de la Congrégation religieuse non loin du Pot de fer me racontera la nuit du 10 mai dans le quartier autour de la rue Gay-Lussac, lorsque les portes de la chapelle avaient été ouvertes pour que les étudiants puissent se mettre à l’abri des violences policières. Ils avaient respecté l’office des matines des moniales.

Les deux militants du Comité d’Occupation de la Sorbonne, Rabinovitch et Bablon, précisent bien qu’ils n’ont pas supporté de voir la police à la Sorbonne ! Certes, ils étaient engagés dans le militantisme depuis la guerre d’Algérie, mais cette vision leur était intolérable. Les CRS à la fac étaient le symbole de l’oppression. On ne pouvait l’accepter.

Le problème au printemps 2018 est que les violences policières sont devenues la norme quotidienne et que la population est en état de sidération. Que certains trouvent cela normal me choque encore plus ; cela veut dire qu’on s’habitue à l’anormalité des comportements, chemin rapide vers une dictature acceptée, vers une servitude volontaire.

Chaque jour, je visionne en direct les vidéos tournées par une jeune zadiste courageuse, Armelle Borel, juriste, qui nous montrent et nous expliquent le quotidien de l’occupation policière du bocage. Je suis scandalisée. Mais certaines personnes trouvent cet état de fait normal !

Non, cela ne peut pas être normal.

Victor Hugo déclarait à l’Assemblée législative en avril 1851 après le coup d’État du petit Napoléon : « Ce gouvernement, je le décris d’un mot : la police partout, la justice nulle part ! »

C’est devenu un slogan de Mai 2018 : « Police partout, Justice nulle part. »

On en est au même point. Nous avons un petit Napoléon, qui, souffrant d’un complexe d’impuissance, ne peut s’imposer qu’en faisant appel à des forces policières.

Pour en finir avec Mai 68 ? Le réussir en 2018 !

Dans le Gardian, journal de la presse anglaise qui n’est pas à la solde du pouvoir français comme le sont les organismes de presse en France, je vois une équation :

Fillon + Le Pen = Macron

On voulait éviter les deux premiers.

On a les trois pour le prix d’un.

Mai 68 n’était qu’une crise adolescente, la maladie infantile du capitalisme. Maintenant que le néo-libéralisme nous étrangle, il est temps de tirer les leçons de l’histoire.

Je suis étonnée qu’il n’y ait pas plus de débordements dans les manifestations.

Je suis surprise qu’il n’y ait pas encore d’émeutes.

On ne peut imaginer notre pays supporter un tel rouleau compresseur pendant plusieurs années.

Tenir bon.

Oui, pour en finir avec Mai 68, il faut le réussir en 2018 !

Gaelle Kermen,
Kerantorec, écrit en avril 2018, publié sur ce blog le 20 janvier 2019


Mon bilan de Mai 68 pour comprendre le mouvement des Gilets jaunes 1 : qu’est devenu Bablon?
Mon bilan de Mai 68 pour comprendre les Gilets jaunes 2 : l’échec de Mai 68
50 ans après Mai 68 #1 : l’illégitimité du régime
50 ans après Mai 68 #2 : le réussir en 2018
50 ans après Mai 68 #3 Vive Mai 2018
50 ans après Mai 68 #4 Changer la vie

Extrait de Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne, disponible en tous formats numérique et sur broché en impression à la demande (deux formats : normal et grands caractères)

***
gk-giletjauneGaelle Kermen est l’auteur des guides pratiques Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, Windows, iOS et Scrivener 3, publiés sur toutes les plateformes numériques.

Diariste, elle publie les cahiers tenus depuis son arrivée à Paris, en septembre 1960. Publications 2018 : Journal 60 et Des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne.

Bilan des écritures 2018

L’année 2018 a été un très bon cru, une année féconde, riche en rebondissements, jusqu’au dernier mois. Ce que j’espérais, en écrivant au printemps Des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de La Sorbonne, s’est matérialisé à la fin de l’année, par des chemins que nous n’aurions jamais osé rêver, ceux des Gilets jaunes, issus de toutes classes de la société, de toutes conditions, multiples et diverses, à l’image de la richesse de la France.

De mon côté plus modeste, je suis assez satisfaite du bilan que je tire en cette dernière semaine de l’année. J’ai bien avancé tous mes projets prévus et je me suis offert le luxe d’écrire deux projets imprévus, qui se sont imposés à moi au printemps et à l’automne et que j’ai pu construire lors des mois de NaNoWriMo, en avril et en novembre.

Voici un bilan des publications indépendantes que j’ai menées à bien en 2018. Je mets des liens universels, permettant d’acheter les livres sur les plateformes que vous préférez selon vos tablettes et supports de lecture numérique.


La publication de deux guides Scrivener plus simple

  • Scrivener 3.0 Introduction aux Tutoriels anglais le 19 janvier 2018. Ce guide est gratuit, il est conseillé de commencer par lui avant d’aborder le suivant, plus complet dans la prise en main du logiciel de bureau.
    https://books2read.com/u/baz5j6Tutoriels.jpg
  • Scrivener 3 plus simple Guide francophone de la version 3.0 pour Mac le 2 février 2018. Un guide pratique d’initiation au logiciel de bureau.
    books2read.com/u/31x56D
    Scrivener3.pngVersions numériques disponibles sur Amazon, Smashwords, Apple, Kobo, Iggybook

Des révisions sur Scrivener 3 pour Mac

Révision complète de deux livres précédemment publiés.
Le Journal 60, formaté sur Word en 2011, était refusé en Premium par Apple (table des matières non conforme).
Le guide Smashwords plus simple pour les francophones était également refusé par Apple parce qu’il pointait vers Amazon (concurrent) et que j’avais mal orthographié Apple iBooks Store (plus tâtillon, on meurt). Relecture en epub sur l’application iBooks, corrections sur Scrivener 3 avec Antidote 9
Republication sur Amazon et Smashwords (Apple, Kobo Fnac)


Une nouvelle aventure littéraire : la quête des archives

  • Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne, archives, souvenirs, bilans
    Recherches faites dans les archives en février et mars 2018
    Rédaction lors du Camp NaNoWriMo de printemps en avril 2018 sur iPad iOS
    Corrections en mai 2018 sur Scrivener 3 et Antidote 9
  • https://books2read.com/u/4Dlz2O
  • Deux versions brochées
      • Broché police 12 :
        Mai68-1.jpg
      • Broché gros caractères police 21
         
  • Mai68-2.jpg
  • Kerantorec un domaine breton (en cours d’écriture)
  • Entre Kerantorec et moi, c’est une histoire d’amour. Comme dans les histoires d’amour, il y a de la passion, des drames, des douleurs, des grandes joies, des épreuves, des réussites, des vilains, des rencontres et beaucoup de petits bonheurs.
    Je raconte l’histoire de mon village avant moi, au cours des siècles depuis la préhistoire, puis l’histoire des Travaux d’Hercule que j’y ai faits moi-même. J’y vis la vie que je rêvais dans ma jeunesse. Son histoire peut être inspirante pour d’autres créateurs, comme elle l’a déjà été pour des artistes et écrivains passant par Kerantorec.
  • KerantorecNaNo.jpg
    Kerantorec un domaine breton a été commencée lors du NaNoWriMo de novembre 2018. J’ai construit la charpente de l’ouvrage. Elle s’est actualisée lors de la restauration du toit de chaume en ardoise sur la partie la plus exposée et sinistrée de la maison. J’ai suivi les travaux des couvreurs au jour le jour, avec une belle admiration pour leur savoir-faire. L’histoire se développera en 2019 dans la relation de mes travaux précédents que j’ai faits moi-même sur mon territoire.

  • L’assistance numérique à deux auteurs francophones

    Désormais, j’ai les bons outils pour écrire mes propres écrits, mais aussi pour aider des auteurs amis à corriger et formater les leurs. J’ai donc eu l’honneur de participer à deux belles aventures littéraires.

    • La Grande Flourenn de Lise Audoin

    Version numérique publiée le 28 avril 2018 books2read.com/u/bMQ69a

    Flourenn2.jpg

    Version brochée grands caractères Police 21 publiée le 26 juin 2018 https://www.amazon.fr/Grande-Flourenn-roman-Lise-Audoin/dp/2956417312/

    La Grande Flourenn : trois marraines pour un roman

    • Waiting for Tina de Jean Azarel

    Nous avons eu différentes séquences de travail pour mettre en forme un manuscrit abouti. Avec l’auteur sur place à Kerantorec pour mettre au point les conventions de correction. Deux rencontres passionnantes.
    Puis seule. Relecture du format epub sur l’iPad (soulignement des erreurs).
    Le texte étant très riche, très dense, très documenté, avec de nombreuses citations, il a fallu plusieurs relectures. Les corrections on été faites sur Scrivener 3 avec Antidote 9.
    Quatre éditeurs étudient le manuscrit de Waiting for Tina. Nouvelles l’an prochain.

    Jean Azarel : la genèse de Waiting for Tina
    https://www.facebook.com/waitingfortina/


    Une expérience particulière : un roman collaboratif

    http://alloe.fr/

    Alloe-allez-on-ecrit : un roman collaboratif en 42 heures #1


    Des projets en cours de révisions et corrections

    • L’écriture plus simple dans la vie créative
    • La publication indépendante plus simple
    • La cuisine plus simple en période créative
    • Le bricolage plus simple dans la vie créative
    • Le jardinage plus simple dans la vie créative

    Ces livres étaient d’abord un seul projet écrit lors du premier Camp NaNoWriMo de janvier 2017, projet développé au NaNoWriMo de novembre 2017, qui a sécrété plusieurs ouvrages spécifiques. Gardés dans mon Journal_2018, sur l’iPad et l’application Scrivener iOS, ces dossiers se voient souvent étoffés de paragraphes ou chapitres supplémentaires au fils des jours et des mois. Méthode de travail particulièrement efficace que je vais expliquer dans un prochain article.


    Gaelle Kermen,
    Kerantorec, le 27 décembre 2018


    Crédit couvertures : Adam Molariss for Indiegraphics
    sauf Journal 60 : GK

    Bilan 2018

    • Nombre de mots écrits : 590 000
    • Nombre de pages écrites : 2 360
    • Nombre de livres publiés : 3
    • Nombre de livres republiés : 2
    • Nombre de livres corrigés : 3
    • Nombre de pages assistées : 1 150
    • Nombre d’articles publiés : 70

    Conclusion : vive Scrivener !

     

    Mai 68 : la Une du Nouvel Observateur, le film de Michel Cournot à Cannes

    Première Une de Mai 68 : le Nouvel Observateur du 30 avril au 7 mai 1968

    Le film de Michel Cournot à Cannes

    Très émue de commencer cette série de publication de Unes de journaux d’archives par la couverture de la revue Le Nouvel Observateur avec le profil de Cournot.

    Une68_NouvelObs.JPG

    Au cours de ma vie, il m’est arrivé de raconter certains éléments essentiels de mes années 60, je parlais alors de l’importance qu’avait eu, au début de mes études, ma lecture hebdomadaire des articles de Michel Cournot sur le cinéma dans Le Nouvel Observateur auquel j’étais abonnée. Parfois, j’ai rencontré des gens qui lisaient aussi le Nouvel Observateur rien que pour les chroniques de Cournot. Nous nous reconnaissions admirateurs de Cournot, soudain émus et nostalgiques d’une époque révolue. Les adorateurs de Cournot sont aussi décalés en cinéphilie que les fans de Kevin Ayers en musique pop des années 70 ou les lecteurs de Malcolm Lowry en littérature anglo-saxonne des années 50. Une espèce à part, avide de champs inexplorés, de découvertes enthousiastes, hors des chemins balisés par la mode imposée. Nous formions presque une société secrète.

    Michel Cournot fait partie des personnes qui m’ont donné envie d’écrire et m’y ont encouragée. Son univers était toujours hors des sentiers battus, mais il nous faisait, dans un simple article, vibrer de tant de façons qu’on se sentait régénéré pour la semaine, dans l’attente du jeudi suivant pour le prochain article.

    En avril 68, juste avant les événements de Mai qui allaient annuler le Festival de Cannes pour la première fois depuis sa création, Michel Cournot n’était plus critique de cinéma au Nouvel Observateur. Il avait été viré dès 1966, parce que les lecteurs normaux n’aimaient pas qu’il «  parle de tout, sauf de cinéma ».  Il avait été remplacé par Jean-Louis Bory, qui avait eu le prix Goncourt pour son roman Mon village à l’heure allemande.

    Michel Cournot avait tourné un film Les Gauloise bleues. Il devait être projeté au Festival de Cannes. Le Festival n’a pas eu lieu. Cournot n’est pas entré dans l’histoire du cinéma. Mais il est resté dans le cœur et la mémoire de quelques uns d’entre nous, qui lui rendons encore hommage après plus d’un demi-siècle.

    De la revue, je n’ai gardé que la couverture dans mes archives.

    Les hasards des déménagements impliquaient des choix, j’ai arraché la couverture de ce numéro de Mai, sans doute quand, au mois de juin 1968, j’ai brûlé beaucoup de papiers avant de quitter la rue Visconti où j’habitais avec mon révolutionnaire malgache, Michel Bablon. Il m’a fait brûler des revues cubaines qui pouvaient être compromettantes si une descente de police arrivait dans l’appartement que nous avions prévu de quitter par les toits… Je ne pouvais pas brûler Cournot !

    Une68_Cournot.JPG

    Je regrette de n’avoir pas conservé la collection des numéros du Nouvel Observateur, restées chez mes parents à Saint-Leu-la-forêt, qui ont dû aussi faire des choix quand ils sont revenus habiter en Bretagne.

    J’ai gardé les livres de Michel Cournot dans ma bibliothèque, près de ceux de son neveu Patrice Cournot. Tous deux ont été des phares dans ma vie.

    Bibli_Cournot2.JPG
    Bibliothèque : livres de Michel et Patrice Cournot (archives personnelles)

    J’aimerais tellement pouvoir relire tous les articles de Cournot.

    Ils mériteraient une réédition dans un recueil dédié à son souvenir, rien que pour lui.

    Gaelle Kermen,

    Kerantorec, le 30 avril 2018


    Livres de Michel Cournot : Le premier spectateur et Enfants de la Justice

    Livres de Patrice Cournot : Le jour de gloire, Le bonheur des autres, Le retour des Indiens Peaux-rouges


    Mes cahiers sur cette époque : Le vent d’Avezan et Le soleil dans l’œil.


    Gaelle Kermen, Kerantorec, le 30 avril 2018

    Blog auteur : gaellekermen.net

    Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne


    Pour en savoir plus sur le film de Cournot à Cannes :

    https://www.festival-cannes.com/en/films/les-gauloises-bleues

    Sur l’attitude de Michel Cournot pendant les événements de Mai 68, voir :

    http://www.cannes.com/fr/culture/cannes-et-le-cinema/le-festival-de-cannes/histoire-du-festival-de-cannes/de-1939-a-nos-jours/les-annees-70-un-nouveau-depart-apres-la-crise-de-mai-1968.html

    « Les réalisateurs Milos Forman, Jan Nemec, Michel Cournot, Salvatore Samperi et Mai Zetterling ont un film engagé en compétition mais, témoins de la scène, ils se rangent immédiatement aux côtés des contestataires et se retirent du concours, encourageant les autres candidats et les membres du jury à les rejoindre. »



    La bête humaine (brouillon)

    Brouillon de l’article remis à la revue Esprit, 19 rue Jacob, Paris, Ve, après le concert du 3 octobre 1971 de Johnny Halliday au Palais des Sports, avec Gary Wright Wonder Wheel en première partie et Michel Polnareff au piano.

    Johnny_1

    Johnny_2

    Johnny_3

    Johnny_4

     

    Support : papier pelure, dupliqué par papier carbone Armor (marque déposée par la Société Galland et Brochard à Nantes en 1925)

    Archives 1971 de Gaelle Kermen
    Kerantorec, le 8 décembre 2017


    Le regard naufragé de Johnny

     

     

    Isle of Wight 1970 : lundi 31 août matin du départ

    Extraits du carnet de voyage du mois d’août 1970 tenu par Gaelle Kermen au cours du Festival Isle of Wight 1970 à paraître dans les cahiers 1970. Photos inédites de Jacques Morpain.


    Personnages
    Gaelle Kermen, étudiante à la fac de Vincennes Paris-8, diariste, 24 ans,
    son petit frère Bruno, 12 ans
    son cousin Jacques Morpain, étudiant à la fac de Paris-Dauphine, photographe, 23 ans

    Texte de Gaelle Kermen (1970)
    Photographies de Jacques Morpain (1970)

    Tout a été pris sur le vif, sans censure, tel que le festival a été vécu, en direct.


    île de wight lundi 31 août 1970 matin du départ

    réveil sur la pente au milieu des boites de conserve et des feuilles de journaux emportées par le vent

    le ciel est couvert

    c’est richie heavens qui termine ce festival
    égal à lui-même
    avec grande force et virulence

    dernier jour à wight

    on n’a pas pu entendre beaucoup richie heavens il fallait plier bagages et partir avant qu’il ne soit trop tard
    on l’entendait derrière les tôles

    un dernier passage aux toilettes

    déjà la queue s’étendait sur des miles et des miles pour quitter l’île

    en bons français on a essayé de resquiller mais ça n’a pas marché
    alors comme tout le monde on a piétiné sagement ou presque

    c’était sinistre ce petit matin gris sur le camp de tôles
    comme si le festival était condamné
    l’impression que c’était fini et qu’on ne reviendrait pas
    et finalement une forte envie de sortir de là de cette crasse

    on a attendu cinq heures

    au bout de trois heures il s’est passé quelque chose de surprenant
    la queue s’est dissoute
    sans doute certains sont passés devant les autres
    des français vraisemblablement
    et tout le monde a suivi

    alors on s’est retrouvés pressés en masse sur une largeur de 20 mètres de fils de fer barbelés tendus par les bobbies toujours imperturbables

    impossible d’avancer

    c’est vers ce moment qu’il s’est mis à pleuvoir les premières gouttes de notre semaine anglaise

    quelques no rain no rain ont tenté de jaillir comme à woodstock
    mais ça a fouarré
    peu de communication

    un seul type a failli faire copuler la masse
    il avait profilé de la cohue pour rafler un paquet de tranches de pain sur l’étalage d’un marchand de soupes et sandwiches et il le distribuait autour de lui
    ça a failli être beau mais ça n’a pas duré

    et il a plu

    certaines nanas avaient des robes légères et les bras nus

    on a essayé aussi de chanter we shall overcome
    sans grande conviction non plus
    premier couplet et fini

    les bobbies sont très calmes
    ils attendent qu’on soient rangés avant de nous laisser monter dans les cars qui attendent vides depuis une heure

    un officier se décide à demander qu’on recule pour déblayer la route
    please will you please

    évidemment nos flics français prendraient moins de gants et moins de temps pour nous faire dégager

    c’est touchant cette politesse mais prodigieusement agaçant totalement inefficace

    d’ailleurs un anglais furieux hurle
    use your brain
    injure suprême

    finalement j’en ai marre ça a duré trop longtemps cette gentille attente
    maintenant à chaque poussée je gueule systématiquement

    je gueule
    ma non-violence je l’oublie
    je ne supporte plus la promiscuité de ces corps autour de moi et je suis responsable de bruno qui à chaque fois reçoit un coup de sac à dos dans la gueule

    alors je hurle

    il semble que ça paye car les bobbies se retournent inquiets

    nous avons pu monter dans le prochain car

    épuisement

    chaleur


    un dernier bain à ryde s’avère nécessaire

    puis on prend l’hovercraft


    à portsmouth un chauffeur de taxi nous dit que wight avait été le plus grand festival du monde c’était le mieux organisé aussi parait-il the best ever organised festival of the world


    dire qu’on aurait le courage de retourner à wight l’an prochain s’il y a un autre festival pour l’instant ce serait difficile

    à moins bien sûr que dylan revienne

    mais on ne regrette pas d’être venus

    ça valait le coup

    mélanie éveillant le soleil c’est peut-être la plus belle chose qu’il m’ait été donné de voir
    en intensité
    en étrangeté

    fin du carnet de voyage sur le festival de wight 70


     

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    Texte de Gaelle Kermen – Crédit photos : Jacques Morpain 1970
    en mémoire de Bruno le Doze (10/11/1957-10/09/1997) page hommage 1997
    ACD Carpe Diem 2017