Fac de Vincennes 1969-Janvier

Il y a cinquante ans, au mois de janvier 1969, je m’inscrivais à la nouvelle université de Vincennes, appelée alors Centre Universitaire Expérimental de Vincennes, le CUEV. Je reprends mes notes publiées dans Les maquisards du Bois de Vincennes et le Journal 60 pour donner une idée de l’ambiance de l’époque. J’ai aimé cette fac, plus que la Sorbonne et la fac de droit d’Assas. Je m’y suis sentie comme un poisson dans l’eau. Elle a forgé mon esprit critique, m’a donné de bonnes bases culturelles, une excellente méthodologie et les techniques de lecture rapide et de frappe dactylographique qui me servent encore tous les jours. Ces articles sont ma contribution à la célébration des 50 ans de Vincennes.

Mon Journal de l’année 1969 n’a pas été écrit sur un cahier à grands carreaux Héraclès ou Clairefontaine comme les autres années. J’ai pris mes notes sur un agenda disposant d’une page par jour. Le style devient plus rapide, plus concis. Toujours sans ponctuation ni majuscule.

69-01-14-15

J’ai changé des prénoms pour la publication des cahiers 1960. Pierre est le Michel des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne. 69 fut une année érotique, ô combien érotique ! Mais dans ces pages de cinquantenaire, j’élague cette partie intime pour conserver ce qui concerne la fac de Vincennes. Je garde tout ce qui est repérages de l’époque, comportements, modes de vie, styles, mobilier, objets, cuisine, livres, films, théâtre, restaurants, cafés, politiques…

iivret_64-69-tampons2

***

Le mois de janvier me voit décider de quitter Nantes où je m’étais inscrite à la Faculté des Lettres, pour m’inscrire à Vincennes, la nouvelle université, créée pour répondre aux demandes des étudiants de Mai 68. J’y retrouve de nombreuses personnes connues à la Sorbonne ou au Quartier latin.

On me propose de travailler comme styliste de mode chez Rychter, une marque de tricot. Je reste à Paris chez ma sœur, d’abord dans l’île Saint-Louis, après le déménagement du Pot de fer. Puis, au 10 boulevard Poissonnière, quand elle devient secrétaire de la revue Gault-et-Millau et qu’elle bénéficie d’un logement de fonction, à côté de l’immeuble de l’Humanité, face au cinéma Le Rex.

Au cours de janvier 1969, je déménage de Nantes, 44, à l’île Saint-Louis, 4e, et de la rue Visconti, 6e, au boulevard Poissonnière, dans le 10e.

La vie à Vincennes commence. Intrépide, rapide, ardente, passionnée, enthousiaste.


Mercredi 1er janvier 1969

réveillon dans un lit avec ma sœur
dans l’île saint-louis où elle habite en ce moment et où je l’ai suivie
beaucoup dormi
raté rendez-vous avec la bande à geismar et glücksman au balzar parce le balzar est fermé le mardi
et puis assoupissement de l’île

télé julie driscoll et les beegees
je suis contente de commencer quelque chose de nouveau
surtout une année
que ça soit positif


Jeudi 2 janvier 1969

douceur de l’île saint-louis
les matins qui s’étirent
envie de robe de velours
mais envie de formes modernes

dynamisme piscine

je n’arrive pas à me décider si je rentre à nantes dans quatre jours ou si je reste à paris pour m’inscrire à vincennes
pour foncer
être entièrement dans le coup

au ramsès où je ne fais que passer bleiptreu me donne d’autorité le téléphone de rychter la maison de prêt-à-porter tricots
pour mon avenir créateur
est-ce un signe
si j’ai un boulot je reste à paris d’autant que peut-être je serai logée gratis


Vendredi 3 janvier 1969

je crois que je vais rester à paris
intuition
bien commencer quelque chose pour arriver quelque part
at least
at last


Samedi 4 janvier 1969


alexandra m’appelle
aurélia m’appelle
j’ai beaucoup d’amies
on a voulu aller à vincennes mais la fac est fermée

ma sœur vient de se voir proposer un boulot sensationnel
secrétaire assistante dans une revue gastronomique et touristique faite par les critiques gault et millau
en plus on lui propose un appartement de trois pièces cuisine salle de bain et tout

nous pourrons habiter ensemble
en étant indépendantes
et travailler
surtout moi parce que ce n’est pas au quartier mais près du sentier et des trucs de couture


Dimanche 5 janvier 1969

saint-leu crise d’asthme of course
au fond comme ça j’échappe au repas de famille avec ma grand-mère mon cousin et sa femme qui est assez fatigante parce qu’elle pose des questions sans écouter les réponses

je tricote quand je vais mieux
je mets l’après-midi à lire le monde d’hier

je me sens désormais personnellement concernée par les problèmes internationaux et intérieurs
maintenant que je suis au courant
l’essentiel c’est d’être dans le coup

j’ai aussi des envies de robes d’hôtesse au tricot longues et mousseuses

retour le soir dans l’île saint-louis


Lundi 6 janvier 1969

c’est fou ce que je dors dans l’île

mon frère louis vient enregistrer des disques de dylan avant de regagner la caserne
demain il part à djibouti où il sera moniteur de voile pendant son service militaire

piscine je nage beaucoup et mieux

vincennes beau soleil d’hiver sur le bois

a g dans truc moderne ça me plaît

la première personne que je rencontre est une fille rencontrée à la sorbonne l’an dernier elle fait partie du comité d’action

je rencontre aussi un m l marxiste-léniniste qui enseignera en philo ou socio et une fille qui nous avait apporté à la trésorerie du fric donné par les chanteurs de bobino en grève active

au ramsès bleiptreu me dit de téléphoner le plus vite possible chez rychter qui a besoin d’une modéliste il l’a vu hier mais je n’arrive pas à le joindre

ma vie à venir risque d’être formidable


Mardi 7 janvier 1969

aller à vincennes pour transfert dossier de nantes

vincennes sous les pluies
un peu triste mais envie folle de commencer enfin un genre d’enseignement nouveau

buci passage
soloman me parle de pierre
mais qu’est-ce qu’ils ont tous à me parler de lui
heureusement que je crève d’humour
et que je m’en fous


Mercredi 8 janvier 1969

aller à vincennes
2 h christine au ramsès
alexandra
5 h téléphone gérard
aller chez rychter

perdu mon temps avec christine et alexandra puisque j’arrive trop tard à vincennes pour m’inscrire

mais entrevue intéressante chez rychter
je crois avoir compris ce qui m’est demandé
une de mes qualités est de comprendre vite


Jeudi 9 janvier 1969

il fait beau à nantes merveilleusement
départ très tôt le matin pour nantes où je rentre chercher mes affaires
je n’ai plus l’habitude de me lever si tôt il va falloir la reprendre pour travailler
il me faut tellement tellement toujours travailler

c’est un peu dommage de partir
mais je ne regrette rien


Vendredi 10 janvier 1969

lever tôt aussi aujourd’hui
pour repartir à paris avec tonton francis et le petit erwan

je commence à noter des idées de tricots


Samedi 11 janvier 1969

je me mets sérieusement au travail
mais appels téléphoniques de mes meilleures amies

je me fous des histoires de nanas

après-midi visite du futur appartement boulevard poissonnière
sur les grands boulevards
face au cinéma rex
à côté de l’humanité
plein sud avec balcon
ça va être sensationnel
jamais nous n’aurions pu espérer ça

en tout cas je vois parfaitement ma chambre
très moderne très nette avec un mur en vitres une table à dessin assez grande devant la porte-fenêtre et cetera
j’y travaillerai très bien


Dimanche 12 janvier 1969

ma sœur part à saint-leu vers 11 heures passées
je vais à la piscine de pontoise après m’être baladée du côté de la mouff
je nage beaucoup sans fatigue maintenant
je rentre je bouffe me fais jolie et note quelques idées

puis je sors pour aller chez pierre puisque j’ai besoin de dessins qui sont restés rue visconti et que ce matin aurélia m’a appelée pour me dire qu’il me cherchait et qu’il fallait que je me méfie
comme si je ne savais pas que pierre serait seulement ravi de me voir
ce qui ne rate pas

pot au buci
puis je l’accompagne chez lui parce qu’il a pour moi une locomotive miniature jouet
c’est original comme cadeau de noël
il est tellement sûr que je serai une locomotive si je ne rate pas le train

pour ma sœur il me donne un tatou
puis je dîne avec lui rue privas

nous avons toujours beaucoup à dire

je rentre et je travaille jusqu’à trois heures du matin


Lundi 13 janvier

7 h 30-8 h gérard rychter

c’est ce soir que je saurai si je serai une grande styliste ou pas
la locomotive

plaisir de rencontrer pierre dans la rue d’être invitée à déjeuner
ça n’arrivait pas quand je vivais avec lui

symphonie triomphante de mozart et repos entre deux dessins
j’ai fait beaucoup de dessins

vu gérard rychter
il trouve qu’il y a beaucoup à faire et que je suis très dans le coup
peut-être n’est-ce pas assez tricot
trop couture

je dois faire d’autres croquis

lui aussi s’inscrit à vincennes


Mardi 14 janvier 1969

je pensais aller à vincennes m’inscrire mais mes meilleures amies décidément ne m’oublient pas
de plus les peintres viennent dans le studio alors en attendant mon rendez-vous avec aurélia je dessine

puis je passe chez pierre
il est tout beau
tout heureux de me voir

son coup a marché il a passeport et tout
bref il m’invite à voir mister freedom de william klein
puis à manger une côte de boeuf au pop hot

je le quitte à deux heures du matin


Mercredi 15 janvier 1969

inscription vincennes

fragments les chinois avec terzieff

vincennes matin finalement je m’inscris en dominante sciences politiques en espérant que la licence sera créée

vers 6 heures je vais au quartier ne sachant si je vais ensuite à saint-leu ou si je reste avec pierre
au cas où il n’a pas oublié qu’il m’a invitée à aller au théâtre voir terzieff dans fragments

je rencontre devant le buci ses frères
et maïté qui veut que j’aille avec elle voir pierre rue visconti

je vais chez hélène très triste parce que yannis passe ses journées à vincennes et la laisse seule

puis je trouve pierre au buci
il pensait que je ne viendrais pas

théâtre excellent comme toujours avec terzieff

nous dînons au pop hot
nous évoquons les histoires de la sorbonne
mais c’est dommage je n’ai plus confiance politiquement

je reste la nuit avec pierre


Jeudi 16 janvier 1969

rosemary’s baby avec pierre
angoisse mais je connaissais déjà l’histoire je ne suis pas choquée
dehors il fait froid j’ai mal au cœur

pierre m’entoure m’offre des huîtres
quand nous rentrons j’ai une crise d’asthme
je suis nerveuse et révoltée par la poussière de la pièce et la crasse ambiante


Vendredi 17 janvier 1969

pierre a essayé de me calmer mais n’a réussi qu’à aggraver mon état
il prétend que je suis injuste qu’il cherche seulement à m’aider
et moi je ne supporte pas

je pars tôt

j’ai une crise pénible angoissante

maman arrive je décide rapidement de rentrer à saint-leu avec elle


Samedi 18 janvier 1969

11 h sciences po réunion à vincennes

j’arrive tôt à vincennes
enfin un quart d’heure avant la réunion ce qui représente un tour de force
les profs auront fort à faire
nous n’hésitons plus à les contrer
il n’y a plus de barrières hiérarchiques
je n’ose pas encore prendre la parole mais ça viendra

un type qui était deux rangs derrière moi vient s’asseoir à côté de moi il est sympa plein de vie je crois que je m’entendrai bien avec lui et c’est pratique de pouvoir désormais tout de suite tutoyer les gens

je rentre dans l’île
per-jakez doit aujourd’hui me rapporter les derniers bagages restés à nantes


Dimanche 19 janvier 1969

faubourg poissonnière

dessins

per-jakez nous réveille
toujours ponctuel précis sûr certain solide
je suis contente de le voir
et puis il est mignon il a un très beau sourire
il nous conduit boulevard poissonnière
j’aime sa façon de conduire rapide et efficace sécurisante
per-jakez c’est peut-être ce qu’il y a de plus beau en moi
c’est toute l’intégrité de l’enfance

je fais mon rideau de toile cirée jaune puis nous rentrons
et je dessine jusqu’au soir

pierre n’a pas rappelé pendant que j’étais là


Mercredi 22 janvier 1969

soir rychter grandes discussions
il va essayer de faire trois de mes modèles

alors pierre je m’en fous


Jeudi 23 janvier 1969

midi je frappe rue visconti pas de réponse
je suis folle de rage maman doit venir tout à l’heure pour m’aider à déménager

je reste avec son frère au buci

à une heure trente nous allons rue visconti
pierre a ouvert il paraît très dur et dit qu’il ne pouvait pas ouvrir tout à l’heure
bon j’ai compris il y a une nana dans son lit à côté
d’ailleurs son sac est là

maman et philibert sont arrivés avec un immense far breton que maman a fait spécialement pour pierre

déménagement
nous prenons un maximum de choses

pierre me demande de passer demain à midi pour l’enregistrer sur l’occupation de la sorbonne

boulevard poissonnière je fais des rideaux encore et range l’appartement

à six heures vincennes où je dois avoir réunion d’information de sciences po

des types du comité d’action arrivent
flics à la sorbonne
profs exclus
manifs
grève votée avec occupation

arrive le type sympa de l’autre jour
je reste manger au restau u et rencontre aurélia 

a g à 8 h je décide de rester
mon copain est à la tribune
glücksman est très beau


Vendredi 24 janvier 1969

toujours à la fac

à une heure à la cafétéria je retrouve mon copain très étonné de me voir là

les voilà
aurélia fonce
moi aussi mais sans voir grand-chose
les c r s courent partout
je suis entrée dans le bâtiment c
je me retourne
les c r s entrent dix mètres derrière moi
je fonce tout droit dans l’escalier et me retrouve dans la zone d’autodéfense où je ne voulais pas aller étant non-violente
attente
longue attente
on se sent tous proches
révoltés de voir les c r s faire les cent pas en bas devant les amphis

puis attaque
je monte au 2e étage avec ceux qui ne veulent pas se battre
on étouffe on pleure
on entend crier
descendez
on descend
ne les touchez pas

alors vous n’êtes pas mieux là
grand amphi
on respire si bien ici

attente des autres
puis on est tous embarqués dans les cars vers beaujon

à beaujon attente
parqués dans des cellules
serrés comme du bétail

slogans
nous sommes tous des juifs bretons
on a tous tué marcovic

fouille
identité
photos
fichage

attente
on entend des cris
pour nous mettre en condition

je commence à ne plus pouvoir respirer

à trois heures de l’après-midi on nous relâche
là dans la rue devant l’hôpital j’ai une crise d’asthme épouvantable

j’appelle ma sœur qui a dû s’inquiéter
aurélia l’a réveillée à trois heures du matin pour lui dire que je serais battue matraquée et tout
parce qu’aurélia elle s’est tirée
elle a eu raison d’ailleurs

je me repose me restaure m’endors

ma sœur revient nous allons dîner chez maya rue de fürstenberg


Samedi 25 janvier 1969

pierre nous réveille au téléphone vers onze heures
il est très brillant
il ne part pas aujourd’hui parce que les banques sont fermées et qu’il ne peut toucher le chèque qui devait payer son voyage
il veut que je l’enregistre sur ses histoires de la sorbonne
il n’a pas dormi
son appartement avait été mis sens dessus dessous par ses futures occupantes
et puis il a eu des histoires avec des nénettes

moi il m’embête avec ses conneries
mais je fais assaut d’humour comme d’habitude

maya arrive vers midi
je me lève avec effort
j’ai des difficultés à retrouver mon rythme respiratoire

piscine eau trop froide ou moi trop fatiguée je perds complètement mon souffle

je m’endors après le repas tout l’après-midi jusqu’à huit heures

dîner avec ma sœur au théâtre de la ville

puis visite chez hélène qui nous coupe les cheveux
il y a deux cinglés chez elle en plus de yannis


Lundi 27 janvier 1969

15 h vincennes marxisme et théorie de marx
17 h vincennes sociologie des classes sociales

il paraît qu’on risque des sanctions pour avoir occupé vincennes

je rencontre jacques de la sono sorbonne et philippe de l’occupation qui me dit
voilà ce que c’est de devenir gauchiste
ah bon


Mardi 28 janvier 1969

10 h 30 vincennes national-socialisme amphi 3
étrangeté de me retrouver dehors avant dix heures

cours avec rouvier jeune sportif actif brillant et horriblement cabot
ne cesse de nous parler de ses petits copains edgar faure et autres
mais son cours est pour l’instant intéressant

rencontre michel mon petit camarade de droit
ravi de me voir
était déjà dans l’amphithéâtre quand nous avons été pris dans la zone d’autodéfense
m’avait fait de grands signaux que je n’ai pas vus

bon on ne se quitte plus on mange on prend le café

l’après-midi je rentre à paris
j’ai mal aux dents
je rate toute ma fin de journée


Mercredi 29 janvier 1969

10 h 30 national-socialisme
16 h sociologie économique

il y a beaucoup de choses pour lesquelles on peut et doit lutter
mais pour ça il faut être fort

cours avec rouvier il m’énerve
paraît que dès qu’il lève le petit doigt le monde s’empresse de faire des articles
on verra
de plus son cours devient trop érudit
on veut de l’action cher professeur

après le déjeuner je finis par retrouver michel
on passe les tests d’anglais ensemble c’est marrant

puis il part
je reste à l’a g de socio
puis on reste pour éco po
pour voter la motion contre la participation

arrive aurélia
puis brice aussi

a g successives

je dîne avec yannis qui mourait de faim

socio économique
a g de psychanalyse près de glücksman


Jeudi 30 janvier 1969

18 h histoire des idées politiques

nuit de souffrance atroce je deviens folle avec ces foutues dents

j’ai dit à pierre que je n’aurai pas le temps de le revoir avant son supposé départ à londres déjà retardé de huit jours ni pour l’interviewer sur mai
mai on s’en fout maintenant
et je perds mon temps

à part ça difficultés pour faire soigner mes dents

mais vincennes c’est passionnant
avec michel mon petit camarade de droit on intervient tout le temps on va avoir fort à faire avec les types de l’u e v union des étudiants de vincennes

jeu de mots quitte cette u v rejoins l’u e v

cours très intéressant


Vendredi 31 janvier 1969

18 h 30 droit constitutionnel
21 h 30 soirée chez kiki féraud

si nous voulons lutter activement il va nous falloir d’abord travailler comme des dingues
ça a bien commencé
il nous faut être les plus forts

je rencontre toujours michel
à la bibliothèque nous nous retrouvons entre deux livres
il est sympa
nous travaillons ensemble assez longtemps

soir je vais chez kiki à un dîner avec gilbert le frère de pierre
j’avoue que ça ne m’amusait pas mais ça ne se passe pas trop mal
gilbert a l’air de plaire à yves le fiancé de kiki

je me sens un peu bizarre au début
sortant de vincennes comme ça
me retrouver là c’est étrange
j’ai les yeux qui s’enfoncent

comme dit tout de suite yves
avec des yeux pareils ou on fait beaucoup l’amour ou on fait la révolution

ah


Maquisards du Bois de Vincennes, Gaelle Kermen, 2011 books2read.com/u/brG76M
Journal 60, Gaelle Kermen, 2012 http://books2read.com/u/m2v26o
Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne, Gaelle Kermen, 2018 https://books2read.com/u/4Dlz2O


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 31 janvier 2019


Fac de Vincennes-août-1969 / Fac de Vincennes-juillet-1969 / Fac de Vincennes-juin-1969 / Fac de Vincennes-mai-1969 / Fac de Vincennes-avril-1969 / Fac de Vincennes-1969-mars / Fac de Vincennes–1969-février / Fac de Vincennes 1969-Janvier

50 ans après Mai 68 #3 Vive Mai 2018

Situation au printemps 2018

« La situation politique est excellente. »

C’était un slogan maoïste autodérisoire des années 68-70 !

Jamais elle n’a été pire depuis que je suis consciente de la res publica.

Jamais nous n’avons connu de telles disparités de fortune.

Le fondateur de Microsoft, Bill Gates, aurait pu à lui seul payer la dette de la Grèce. Il aurait d’ailleurs dû le faire, eu égard aux droits d’auteur qu’il devait aux Grecs pour avoir utilisé un de leurs mots dans sa marque.

Si les dirigeants de la SNCF n’étaient pas payés des sommes folles par rapport aux salaires des cheminots, la « dette » serait moins abyssale. Ils et elles devraient être les premiers et les premières à proposer de la résorber s’ils étaient des citoyens et des citoyennes responsables et dignes. Les cheminots n’y sont pour rien. Comment comparer leur salaire de moins de 2 000 euros avec les 50 000 euros des dirigeants qui ont mal géré la situation ? Des dirigeants qui osent demander aux plus fragiles de mettre la main à la poche, parce qu’eux-mêmes ont fait évader leurs capitaux dans des paradis fiscaux ?

Que devient ce monde ?

Le problème est le même dans les médias. Comment des journalistes stars payés 50 000 euros par mois peuvent-ils rendre compte de ce que vivent des gens avec moins de 1 500 euros par mois ?

Alors, arrêtons de dresser des populations les unes contre les autres en les culpabilisant. Ce sont les dirigeants les coupables. Le jour où les gens qui nous gouvernent géreront leur budget public aussi bien que j’ai géré la pénurie du mien, je leur accorderai quelque confiance. Le seul politique a qui j’accorde quelque crédit est Jean-Luc Mélenchon, le seul candidat présidentiel dont la déclaration de patrimoine était claire et nette.

La campagne présidentielle de 2017 m’a politisée comme jamais je ne l’avais été depuis que je vote. J’ai rejoint le mouvement de la France Insoumise en m’inscrivant sur la plateforme en ligne, je suis tous les événements et campagnes lancées par ce vecteur de communication. Moi qui m’ennuyais toujours en regardant les séances de l’Assemblée, je me régale à écouter les 17 parlementaires du Groupe de la France Insoumise, qui sont pour moi les Gaulois du Petit village résistant contre les armées de César. Moi qui n’ai aucun souvenir de mes propres députés, à part Louis le Pensec devenu ministre de la Mer sous Mitterrand, je les connais toutes et tous et je sais que la relève est assurée après Mélenchon. Sa dernière mission est de nous conduire à la VIe République, après il pourra rentrer chez lui, dans sa petite maison que j’imagine comme celle de Maigret au bord du Loing. Il a fait le job, comme disent les Québécois.

Certes, je ne suis pas d’accord avec toutes les prises de position de Mélenchon, je trouve même, après avoir écrit ce livre, qu’il est trop consensuel, trop civil, trop urbain, trop parlementaire sans doute. Il me semble qu’il faut arrêter de balader les gens de manifestations en marches gentillettes. Il faut appeler à la grève générale, paralyser le pays comme en Mai 68, aller au bout de ce qui a été commencé depuis le 22 mars. Seul ce rapport de forces obligera le pouvoir à arrêter ses errances.

Mais je le crois capable de reconnaître ses erreurs et d’évoluer dans ses analyses. Il est capable de conduire le pays vers une nouvelle constitution. En 2018, nous célébrons aussi l’anniversaire de notre actuelle constitution. Soixante ans, c’est trop long. Les dérives monarchiques du Premier communiant et de sa Première cagole ne sont plus tolérables au « château ».

 

60 ans de constitution, ça suffit !

1 an de Macron, ça suffit aussi !

Jean-Luc Mélenchon est prêt et il a su s’entourer de gens compétents, plus soucieux du bien commun que de se remplir les poches.

Un détail, entre bien d’autres, me donne confiance en lui : il est le seul à avoir su gérer ce qu’il a gagné pendant sa carrière d’élu. Les autres ont bradé notre argent. Macron a gagné des fortunes et on ne sait pas ce qu’il en a fait. Mélenchon est le seul à qui je confierai les clés de la Maison France les yeux fermés. Lui saura gérer les ressources du pays en bon père de famille.

J’espère juste qu’il saura se débarrasser des ors et pompes de la République qui semblent rendre fous tous ceux qui les touchent !

C’est la première fois de ma vie que je me sens concernée par un mouvement politique, La France Insoumise, au beau symbole phi, parce qu’il est humaniste, écologiste et pacifiste.

Je m’y sens bien, comme chez moi, parce qu’il propose le monde que j’ai tenté de construire à mon simple niveau, en militant au quotidien par de petits gestes.

Jusque-là, j’avais le sentiment de ne pas exister pour les gouvernants. Je vivais avec la moitié du seuil de pauvreté. J’étais invisible. Jamais je n’avais l’impression qu’on s’adressait à moi. Mais je vivais bien dans ma propre bulle et je me satisfaisais de ce que j’avais, trouvant l’harmonie dans mes actions quotidiennes.

Depuis la campagne de 2016-2017, j’ai retrouvé en plus ma dignité de femme pensante et responsable. Chaque discours de Jean-Luc Mélenchon fait appel au don du meilleur de soi-même pour contribuer au progrès commun. À moi, il transmet la force de faire ce que je connais le mieux : écrire.

J’écris en liberté, délivrée des contraintes de l’édition traditionnelle.

J’écris pour aider mes camarades francophones à utiliser le logiciel anglais Scrivener pour leurs écritures. Nous construisons la communauté d’écriture dont je rêvais en lisant Kerouac autrefois.

J’écris pour transmettre mon témoignage éclairé sur les décennies qui passent pour en tirer la substantifique moelle rabelaisienne et aider à prendre conscience des évolutions en évitant les régressions.

Or, nous sommes en pleine régression. Le Premier communiant qui prétend diriger la France nous fait revivre dans les années 50. À l’éclairage des événements de Mai 68, il est temps que Mai 2018 arrive !

Le 22 mars 2018 a été une réussite

Les premières manifestations du printemps 2018 ont commencé le 22 mars 2018. Elles ont vu plus de cheveux d’argent que jamais. Les soixante-huitards sont de nouveau dans la rue. Le sursaut s’accomplit après la sidération des premiers mois de magistrature macronienne.

Mais les médias pervertissent intentionnellement les messages. Les sujets sur les manifestations ont été occultés par la mise en examen d’un ancien Président de la République la veille et par un attentat terroriste le lendemain.

De quoi détourner l’intérêt médiatique des manifestations.

De quoi penser aussi que tout est téléguidé, orchestré, scénarisé, pour faire accepter par le peuple des projets liberticides.

Ne croyons pas que les lois sécuritaires antiterroristes nous protègent. Bien au contraire, elles peuvent s’appliquer à chacun et chacune d’entre nous, même quand nous n’avons encore rien fait !

La protection policière n’a pas empêché l’assassinat de Cabu et Wolinski, nos grands-frères dessinateurs qui nous ont élevés au fil des décennies, à Hara-Kiri d’abord, Charlie Hebdo ensuite. Aucune protection ne les a empêchés de mourir dans un bain de sang avec leurs gardes du corps. Depuis leur mort et celle de leurs camarades, la peur est tombée de mon corps et de mon esprit.

Ce n’est pas en mettant la police partout que nous sommes protégés. Bien au contraire, cet attentat a été le prétexte pour renforcer les lois d’état d’urgence désormais inscrites dans le droit commun, des lois liberticides qui s’appliquent plus contre les militants que contre les terroristes. Car à voir les atrocités qui sont arrivées ensuite le soir du Bataclan à Paris ou le jour du 14 juillet à Nice, il n’est pas évident que le pays ait été protégé par la perte de nos libertés. Attiser la peur de l’autre permet à l’État d’asseoir son pouvoir de dictature.

Je suis d’un naturel optimiste, mais le manque de déontologie de l’État et la collusion des médias au mépris de la séparation des pouvoirs me rendent suspicieuse, méfiante et critique. Je ne crois plus aucune version officielle.

Aussi je ne regarde plus les médias traditionnels, je fais ma revue de presse quotidienne par les abonnements à des citoyens qui me donnent à voir en direct ce qui se passe réellement.

Je partage sur Twitter et Facebook beaucoup de vidéos prises sur le vif. Je vois des vidéos qui n’ont pas été modifiées, pas montées, pas tronquées. Je les vois en entier. Comme je me lève très tôt en pleine nuit, je vois des choses qui parfois sont complètement modifiées ensuite dans la journée quand les médias en parlent.

Mes amies qui regardent encore la télé n’ont aucune idée de ce que je vois et apprends tous les jours. Elles me disent souvent : « Mais ils n’en ont pas parlé à la télé ! » ou « France Inter n’a rien dit de ça, au contraire, etc. ».

Le fossé de la communication s’est creusé, mais les outils technologiques nous permettent de transmettre la réalité. J’essaie de contrer les versions médiatiques et officielles, à ma mesure, je fais la part à ma portée. La part du colibri. Mon éthique me l’impose. C’est un devoir de rétablir la vérité. Ce qui est juste est juste, rien d’autre ne compte.

Heureusement, rien n’est jamais perdu

Aucun expert, aucun spécialiste, aucun politique n’avait prévu les deux événements qui ont marqué le plus ma vie en soixante-douze ans au moment où j’écris ces lignes : Mai 68 et l’Internet. Je viens de parler de Mai 68 et de son importance. Je prévois un autre ouvrage sur l’impact de l’Internet dans nos vies.

Aucun professeur n’avait enseigné l’Internet à ses élèves. La société s’est adaptée et a évolué sous l’effet des pionniers et des avant-gardes, des gens comme moi et tous ceux qui ont cru en ce nouveau vecteur de communication. Pourtant, les médias nous faisaient croire que c’était un gadget, puisqu’en France nous avions le Minitel. Certes, mais l’Internet était plus ouvert.

J’ai été traitée de folle quand j’en ai parlé en 1995. J’ai laissé dire et je me suis organisée pour y accéder, avec mes petits moyens bien gérés. Et j’avais raison. Certains se sont excusés plus tard de ne pas m’avoir crue.

Toute ma vie, j’ai affronté des conditions matérielles difficiles, parfois extrêmes, sans solution apparente. Si j’avais dû attendre d’avoir devant moi les budgets nécessaires à ma survie, je me serais découragée. J’ai survécu, j’ai avancé un pas après l’autre en gardant mes projets en tête et j’ai pu accéder à la vie dont j’avais toujours rêvé. En vivant à mon rythme, j’ai même récupéré ma santé et je suis en meilleure forme que je ne l’étais il y a cinquante ans.

Tout est possible à qui reste de bonne volonté.

Les ressentiments sont des pertes de temps.

Restaurons l’harmonie en nous et le reste suivra.

Mon message sera sans doute naïf pour beaucoup. Mais mon expérience étaye mes théories. J’ai vu des gens pleurer d’avance sur des problèmes qui n’arriveraient jamais, pleurer avant d’avoir mal et ne jamais oser vivre leur vie. On ne peut pas tout prévoir dans la vie. Mais on peut faire confiance aux forces essentielles pour nous aider à trouver les bonnes solutions en nous. Quand les problèmes arrivent, il est temps de bander nos arcs pour tirer les flèches au centre de la cible.

Le reste est gaspillage d’énergie, perte de temps et d’argent.

  • Faire confiance à la vie.
  • Donner le meilleur de soi-même.
  • Partager son savoir et ses ressources avec les autres.
  • Rester solidaires.
  • Ne pas laisser quelques-uns vampiriser le plus grand nombre.
  • Rester vigilant sur les Libertés publiques !

Gaelle Kermen,
Kerantorec, écrit en avril 2018, publié sur ce blog le 20 janvier 2019

Extrait de Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne, disponible en tous formats numérique et sur broché en impression à la demande (deux formats : normal et grands caractères)


Mon bilan de Mai 68 pour comprendre le mouvement des Gilets jaunes 1 : qu’est devenu Bablon?
Mon bilan de Mai 68 pour comprendre les Gilets jaunes 2 : l’échec de Mai 68
50 ans après Mai 68 #1 : l’illégitimité du régime
50 ans après Mai 68 #2 : le réussir en 2018
50 ans après Mai 68 #3 Vive Mai 2018
50 ans après Mai 68 #4 Changer la vie


gk-giletjauneGaelle Kermen est l’auteur des guides pratiques Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, Windows, iOS et Scrivener 3, publiés sur toutes les plateformes numériques.

Diariste, elle publie les cahiers tenus depuis son arrivée à Paris, en septembre 1960. Publications 2018 : Journal 60 et Des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne.

Comment faisait-on avant Scrivener : une experience

Comment faisait-on avant Scrivener : une expérience

Depuis deux ans que j’utilise quotidiennement Scrivener pour tous mes projets d’écriture, personnels comme professionnels, je ne me pose plus la question de savoir comment je faisais avant sur AppleWords ou Word, je crois que j’ai oublié, comme j’oublie les mauvais souvenirs. Je travaille, je gère les documents, je crée des tables des matières, je formate, j’exporte et je publie, c’est tout.

Expliquer quelle est la plus-value de Scrivener par rapport aux traitements de texte créés dans les années 80 m’oblige à un retour en arrière, vers un vieux temps, qui n’était pas toujours si bon que ça.

Je ne vais pas ici vous faire un état de l’évolution de l’écriture au cours des âges depuis Sumer. Si je publie ces guides, ce n’est en aucune façon pour vous dire ce que vous avez à faire, mais pour vous apporter le témoignage d’une expérience riche et longue. Scrivener a le mérite de s’adapter à la plupart des besoins des gens qui écrivent. 

Comment je gérais mes documents dans les années 60-70-80.

L’écriture fait partie de ma vie au même titre que l’air, la nourriture, le sommeil, l’activité. C’est ma respiration, sans elle, je meurs.

J’ai tenu mon journal dans des cahiers cartonnés depuis mon arrivée à Paris en septembre 1960 et je le tiens encore, mais cette fois directement en numérique sur Scrivener, via mes ordinateurs fixes ou mobiles.

Cahier des années 60
Cahiers des années 60

Lorsque j’étais étudiante de 1964 à 72, entre la fac de Droit d’Assas, la Sorbonne et la fac de Vincennes-Paris 8, j’ai beaucoup écrit, pour les mémoires et exposés nécessités par les études, mais aussi pour préparer des articles publiés dans la Revue Esprit, des chroniques littéraires et artistiques pour la radio France-Culture ou quelques émissions de télévision avec Michel Polac à Post-Scriptum, ce qui me permettait de financer mes études. J’ai aussi écrit un roman de jeunesse Aquamarine 67.

Je prenais mes notes dans des carnets, que j’avais toujours sur moi, dans mon cartable en vinyle jaune ou mon panier d’Ibiza. Je travaillais ces notes sur des feuilles volantes, des feuilles pelure bleue (c’était aussi ce qu’utilisait Colette et ça m’inspirait). J’écrivais aussi sur du papier d’autres couleurs, selon les sujets, comme je différenciais mes fiches bristol par couleur selon les thèmes. Un peu comme ce que je vois au moment où j’écris ces lignes dans le classeur de gauche sur Scrivener iOS, où s’affiche mon plan général du projet en cours. Je viens d’ajouter un chapitre en créant cette nouvelle page inspirée par le réveil du matin.

Nouvelle page, nouveau chapitre. Couleur selon avancement écriture
Nouvelle page, nouveau chapitre. Couleur selon avancement écriture

Après avoir pris des notes et fait le plan de ce que je voulais raconter, je rédigeais un premier jet sur mes feuilles volantes. Je rangeais ces feuilles accumulées dans un classeur ou un dossier, qui s’amplifiait au fil des recherches. Les documents de recherche étaient trouvés en bibliothèque. J’ai eu la chance de fréquenter à Paris des bibliothèques prestigieuses, comme Sainte-Geneviève, la Sorbonne, la Mazarine, la Bibliothèque Nationale-Richelieu ou celles de la fac d’Assas et de Vincennes à l’époque pionnière de 69 à 72. J’achetais aussi beaucoup de livres, que j’ai encore dans ma bibliothèque bretonne, témoins de mes itinéraires. Et quand je devais finir un article ou un mémoire, mon bureau (une table à tréteau Prisu d’Andrée Putman, 1969) était couvert de papiers divers, carnets, feuilles, dossiers, classeurs, boites de notes volantes, etc.

Alors commençait la rédaction de l’écrit en cours directement sur une machine à écrire, une Underwood, puis une Olympia, et enfin, la dernière, une IBM à boule. Bien sûr, je mettais deux carbones pour avoir des doubles. J’allais très vite, car j’avais suivi des cours audio-visuels de dactylographie à Vincennes. Précieuse formation, comme celle que j’ai eue dans ces années 60-70 à la lecture rapide. Ce capital me sert encore à l’âge de ma maturité.

Ensuite, je relisais le résultat et je le modifiais en l’annotant, découpant aux ciseaux les passages que je voulais déplacer, puis je les collais aux bons endroits. Les feuilles prenaient une sacrée allure.

Et quand le résultat me satisfaisait, je reprenais à la machine tout le texte entier ! Pas de sauvegarde de texte à l’époque, on recommençait jusqu’à la version finale.

Manuscrits d'aquamarine 69-74
Manuscrits d’aquamarine 69-74

La gouvernante de Marcel Proust, Céleste Albaret, raconte dans son livre de souvenirs Monsieur Proust, Robert Laffont, 1973, comment elle devait gérer les paperoles de l’écrivain, lorsqu’il avait revu un chapitre de À la recherche du temps perdu.

Marguerite Yourcenar faisait aussi des copiés-collés manuels pour corriger ses écrits avant les ordinateurs.

Je me suis toujours laissée inspirer par les écrivains que j’estimais.

Puis, dans les années 80-90, les ordinateurs ont remplacé les machines à écrire.

J’ai d’abord continué à prendre mes notes dans des carnets, puis très vite sur SimpleText de mon premier Mac en 92, un LC III. Je me flatte d’être une grande paresseuse et je n’aime pas refaire ce qui a déjà été fait si je peux l’éviter. Donc très vite les notes ont été saisies directement sur clavier, pour être retraitées dans ClarisWorks, le traitement de texte fourni en standard sur les Mac, devenu AppleWorks, puis Pages. Je rangeais les textes les uns avec les autres dans des dossiers selon les sujets concernés. Pour corriger les écrits, je faisais encore des copiés-collés, non plus avec des ciseaux et de la colle, mais avec l’équivalent informatique, qui gardait d’ailleurs le symbole des ciseaux et de la colle (couper, copier, coller). Je reconstruisais l’ensemble du texte, bout à bout, en un seul document avec un Plan hiérarchique.

Plus tard, au début des années 2010, j’ai utilisé Word, lorsque j’ai commencé à publier mes cahiers des années sur Amazon Kindle Direct Publishing et Smashwords. C’était la même chose que Pages en plus compliqué et plus lourd. J’ai corrigé, mis en forme et publié plusieurs centaines de pages sur ce traitement de texte professionnel, en créant à la fin une table des matières cliquable pour publier des ebooks bien formatés.

Or, ce qui était valable en 2010 ne marche plus aussi bien en 2016. La technologie change très vite.

Il y a quelques mois, Smashwords m’a avisé que l’affichage NCX (ce qui gère la table des matières cliquable sur l’ebook de format ePub ou mobi) n’était pas valide sur un de mes fichiers publiés en 2011. Pourtant, tout avait été fait dans les règles expliquées par Mark Coker, créateur de la plateforme américaine d’édition indépendante numérique, dans le Guide des Styles, que j’avais lu en anglais et relu en français lors de sa traduction. J’avais à chaque titre et sous-titre créé un hyperlien relié à une cible et fait une table des matières cliquable. Ça marchait alors. Mais l’ouvrage faisait 700 pages, j’ai dû mal gérer quelque chose.

telecharger fichier final
Vérification de la table des matières sur Amazon KDP

Bref, il me fallait refaire ce que j’avais passé tant de temps à organiser. J’avoue qu’à l’idée de reprendre Word pour ça je déprimais, les bras m’en tombaient, tant j’avais trouvé ça long et fastidieux. J’ai dépublié le Journal 60 et le reprendrai dans Scrivener avec tous les autres.

La technologie a beaucoup évolué en six ans.

Heureusement, j’ai découvert Scrivener.

J’ai connu Scrivener par des auteurs étrangers dont je suivais les blogs, belges, américains, anglais.

Lorsque j’ai eu un peu de temps pour me pencher sur la question de l’écriture, lorsque j’ai eu assez d’argent pour remplacer mon MacBook par un Mac mini de bureau, j’ai téléchargé la version d’essai de Scrivener sur le site de l’Apple store. Très vite, je l’ai payée, tant elle correspondait à ma façon de faire : écrire sans me soucier de la forme, jamais en linéaire, mais par idée notée au fil de la réflexion ou des recherches, en me référant à des documents externes rangés dans le même projet, sans avoir à aller les pêcher sur mon ordinateur. En plus je pouvais formater ensuite un beau document selon les besoins de publication, en ebooks ePub ou mobi, ou PDF pour les correspondants n’ayant pas de liseuse.

Une de mes cousines du côté de ma mère écrivait un livre sur la propriété d’un de nos ancêtres. J’avais chez moi des archives familiales que je numérisais pour les lui envoyer. Selon les questions qu’elle me posait, je lui faisais quelques pages illustrées des photos d’archives et les lui formatais en PDF. C’était tout beau, comme j’aime, avec les précisions exigées par une méthodologie acquise au cours de mes études.

J’ai mis du temps à me former à Scrivener, mais j’en gagne beaucoup depuis.

Le logiciel était traduit en français, mais pas la documentation. J’avais lu la bible de Gwen Hernandez Scrivener for Dummies, de FirstEdition, 2012, non traduite en français. J’avais acheté d’autres ouvrages écrits par des auteurs américains. J’avais visionné de nombreuses vidéos, lu beaucoup d’articles d’auteurs anglophones enthousiastes, quelques uns de rares auteurs francophones utilisateurs de Scrivener. Je lisais avec attention le Tutorial et le Manual fournis par le logiciel. Mais parfois je butais sur des termes employés dans le logiciel traduit qui ne correspondaient pas à mes habitudes, comme Doublon dans la version Mac pour Dupliquer dans la version Windows, ce qui est plus explicite ; en général on évite les doublons dans nos bases de données. J’ai mis du temps à comprendre comment dupliquer un fichier ou un dossier avec le raccourci tout simple command+D.

Je reprenais alors les vidéos d’une certaine auteur américaine que j’avais vue dupliquer ses chapitres pour augmenter son plan dans le classeur. Et j’ai fini par comprendre comment ça marchait.

J’ai alors géré tous les cahiers saisis sur mes ordinateurs depuis plusieurs années pour les intégrer dans des projets Scrivener, organisés par année, scindés (cmd+K) par mois, avec les documents de recherches ou de publications annexés dans chacun des projets. Le travail est prêt pour les relectures, les modifications, les reformatages, les documentations des nombreux cahiers que j’espère publier de mon vivant.

Autant j’avais le sentiment de piétiner et d’être freinée quand je travaillais sur Word, autant j’ai été soulevée par une énergie incroyable qui m’a permis de gérer plus d’une centaine de cahiers en très peu de temps. Là où je pensais passer des mois et peut-être des années, j’avais passé quelques jours ou semaines à structurer un travail solide et fiable. Je n’allais plus être obligée d’aller à la pêche aux documents. Et surtout, je ne risquais plus de perdre un seul morceau de mes écrits. Sereine désormais !

Pourtant, j’en étais encore aux phases de découverte du logiciel. Maintenant que j’ai intégré l’essentiel des manipulations et des possibilités, je peux envisager de publier les 15 000 pages de cahier écrites entre 1960 et 2016, alors que j’ai failli renoncer à ce rêve devant l’ampleur de la tâche lorsque je travaillais sur Word et que je n’en voyais jamais le bout.

Qu’apporte Scrivener par rapport aux autres gestions de documents et d’écriture d’essais, rapports ou romans ? 

Quand on ouvre Scrivener on a en général deux fenêtres sur Windows : le classeur et l’éditeur, ou trois fenêtres sur Mac : le classeur, l’éditeur et l’inspecteur. L’inspecteur permet de régler les paramétrages de chaque page ou chapitre.

TdMclasseur
Classeur et éditeur de page en cours d’écriture-Scrivener pour Mac

Tout est manipulable selon les habitudes de chacun. Afficher le classeur ou non. Afficher l’inspecteur ou non. On peut aussi écrire sur une seule page comme on le faisait sur une machine à écrire.

Si je garde les deux fenêtres essentielles, le classeur et l’éditeur, j’ai d’un côté le plan général de mon ouvrage en cours et dans le grand écran je peux lire chaque page. Je peux aussi en voir deux si j’écris en consultant un document de recherches. Ou consulter un document audio ou vidéo dans le dossier Recherches.

Dans le classeur de gauche, je vois tous les titres de chapitres, de parties, de sections ou sous-sections, selon le genre de document en cours. C’est mon plan qui se développe ou se réduit selon mes besoins. Lorsque je serai satisfaite du plan général pour le reporter dans une table des matières cliquable, je sélectionnerai toutes les têtes de chapitres pour un plan condensé, ou tous les dossiers avec les sous-dossiers pour un plan développé, très complet ou non selon les besoins, puis je les copierai en copie spéciale Table des matières et collerai l’ensemble dans une page du classeur au-dessous des pages de titres et copyrights en début d’ouvrage. Finalement j’exporterai un beau document exploitable par toutes les plateformes numériques ou solutions d’impression.

Plus efficace, je ne pouvais pas l’imaginer avant de le pratiquer.

Plus professionnel non plus, car, hélas ! sur Amazon, je vois trop d’ebooks écrits et formatés sous Word qui ne comportent même pas de table des matières, alors que c’est si facile à faire avec Scrivener.

Bien sûr, si je voulais, je pourrais reprendre l’exportation de mon document .doc dans Word pour le reformater selon les habitudes universitaires ou journalistiques. Scrivener précise bien que le logiciel n’est pas un outil de formatage des écrits, mais un organisateur, un planificateur, un outil d’aide à l’écriture. Il se trouve que depuis que j’utilise Scrivener je n’ai plus eu besoin de rouvrir Word, sauf pour vérifier que les formatages de compilation finale étaient corrects. Jamais je n’ai eu besoin de changer les paramétrages mis lors de la compilation sur Scrivener. Je ne me soucie donc plus de feuilles de style. J’écris, je construis, je planifie et à la fin seulement, je formate, compile et exporte. Et les formatages peuvent être différents selon leur destination, mais mon texte, lui, reste fidèle au poste, sans bouger, dans le projet Scrivener.

Dans le dossier Recherches, en bas du Classeur, je stocke tous les documents texte ou html récupérés sur le web ou ailleurs. Je n’ai donc plus besoin d’avoir des tas de papier autour de moi comme autrefois quand seuls le papier et la machine à écrire me permettaient d’écrire et publier.

Et encore, j’ai toujours été relativement organisée dans la gestion de mes écrits. Quand je vois comment certains gèrent des documents professionnels ou juridiques, je me dis que c’est beaucoup de temps perdu, et ça se compte très vite en mois et années, d’aller à la pêche aux documents par des recherches internes dans les arborescences de l’ordinateur, dans des dossiers éparpillés dans différents endroits de l’ordinateur, ou pire des fichiers balancés en vrac sur le bureau, alors qu’on peut tout classer dans des dossiers spécifiques réunis en un seul endroit : le projet dédié sur Scrivener, pour en faire un document impeccable avec des liens se rapportant aux pièces justificatives à transmettre aux avocats et juges. On peut perdre des mois à travailler de cette façon archaïque. Et c’est pourquoi j’apporte ma pierre à l’édifice en écrivant de modestes guides d’initiation francophone à ce logiciel dont la documentation est en anglais.

Scrivener m’apporte la sérénité dont j’ai besoin pour vivre en harmonie avec moi-même et le monde qui m’entoure.

Maintenant, je peux même écrire cette page sur l’application iOS dans mon jardin, dans la belle lumière de septembre et c’est un grand bonheur que je vous souhaite de connaître.

Ecrire dehors, un rêve de toujours, avant sur les cahiers, maintenant sur ScrivenerApp
Ecrire dehors, un rêve de toujours, avant c’était sur les cahiers en papier, maintenant c’est sur ScrivenerApp, partout où j’ai envie d’écrire.

Je suis rentrée chez moi, à Kerantorec, qui réclame mes soins de tonte, taille, débroussaillage et bientôt bûcheronnage. La date n’est plus fixée pour la publication du guide iOS en préparation. Ce sera dans le courant de cet automne 2016. Je veux prendre mon temps pour faire un beau guide.

En attendant, lancez-vous, l’application est simple d’accès, et si vous avez un souci n’hésitez pas à poser vos questions, nous tenterons d’y répondre au mieux.

Mail professionnel : kerantorec(at)iCloud.com

Belles écritures.

Gaelle,
Kerantorec, le 24 septembre 2016

Smashwords : Guide des Styles gratuit
Scrivener est diffusé par Literature&Latte en versions Mac, Windows (c. 49 €) et application iOS (c. 20€)

Photos : archives personnelles
© gaelle kermen 2016

Scrivener App pour iOS une introduction 

« Un vrai écrivain travaille sur Word. »

Application Scrivener disponible sur l’AppStore

C’est ce que m’a dit récemment un écrivain français lorsque j’avais parlé de Scrivener, en venant me pencher sur le Mac d’une cliente informatique, qui me disait que Jacques, le romancier, aimerait avoir Word pour écrire sur son ordinateur à elle quand il vient la voir en Bretagne.

« Tous les écrivains que je connais écrivent sur Word », insiste-t-il.

Je viens de jeter un regard dans le dossier qui contient le roman de l’auteur de ces deux phrases péremptoires et j’y ai vu une succession de textes titrés C1, C2, C3, C4, etc. sur l’iMac de 2008 que je dois actualiser et mettre à niveau. Oh ! My God ! Que cela doit être passionnant à lire, pour un correcteur ou un éditeur, s’il faut chaque fois qu’on a fini un chapitre, car C signifie Chapitre et 1 le premier, ouvrir un autre fichier et lire ainsi en cascade ce qui semble être tout sauf un livre facile et agréable à lire sur un ordinateur ou une liseuse.

Je n’ai pas contesté cette parole absolue qu’un vrai écrivain ne travaillait que sur Word. Le monsieur est plus âgé que moi et manifestement nous ne sommes plus des mêmes mondes. Pourtant, je pense que si les fichiers de ce roman étaient bien rangés dans un beau projet Scrivener, ils pourraient être mieux travaillés et plus présentables à de « vrais éditeurs », ceux qui publient encore sur papier.

Word m’a toujours semblé une abominable usine à gaz dont je n’avais pas besoin. D’ailleurs, j’ai préféré saisir les 13 000 pages manuscrites de mes cahiers entre 1960 et 2008 sur le logiciel de base d’Apple TextEdit d’un eMac de 2004, parce que j’allais beaucoup plus vite. Ce qui n’a pas empêché de les convertir en fichiers .doc ou de les exporter en RTF pour les récupérer en magnifiques projets dans Scrivener sur mon Mac mini de bureau, prêts pour la correction, la mise en forme, la documentation, alors que les travailler sur Word m’avait complètement découragée d’arriver jamais à bout d’un projet aussi colossal, plus d’un demi-siècle d’écriture en cahiers.

Des guides d’utilisation pour les auteurs

Je sais que je ne serai jamais un écrivain traditionnel puisque j’ai choisi de ne publier qu’en numérique. Pourtant, je publie des livres qui sont lus et je gagne mieux ma vie grâce à eux.

Ce que je sais aussi : j’ai fait d’abord un guide d’initiation au logiciel Scrivener pour Mac et ce guide issu d’une petite maison d’édition numérique bretonne sans aucun moyen, sauf beaucoup de bonne volonté et de passion pour la technologie utile, ce guide est en tête des ventes concernant l’informatique et l’internet depuis son lancement en janvier 2016. Scrivener plus simple pour Mac devance le plus souvent les ouvrages des grosses maisons d’édition informatique qui publient sur des logiciels comme Photoshop ou InDesign.

Ce que je sais encore : je n’aurais jamais pensé à écrire ces guides si un auteur d’abord, puis plusieurs auteurs ne m’avaient pas posé de question sur Scrivener ou d’autres outils utilisés par les nouveaux auteurs, ceux qui écrivent et publient en numérique.« 

Et voilà pourquoi j’ai écrit les deux premiers guides et pourquoi j’en prépare deux autres, un sur l’application iOS de Scrivener, un sur Smashwords, la plateforme américaine qui a lancé l’édition numérique indépendante dès 2008. Parce que les auteurs me posent des questions, soit par l’intermédiaire de la messagerie Facebook, soit par les Contacts ou commentaires de mon blog d’auteur numérique gaellekermen.net. Et ça me plaît qu’on fasse ainsi appel à mes compétences, car je les ai accumulées avec enthousiasme depuis plus de vingt ans sur l’internet, depuis un quart de siècle sur les ordinateurs Mac.

J’ai raconté dans les remerciements du guide pour Windows, comment un vieil ami geek m’avait apporté un notebook acheté spécialement pour utiliser Scrivener afin que je me mette au boulot pour étudier la version Windows. C’est devenu le deuxième guide Scrivener plus simple pour Windows.

Pour le guide qui commence sur la version iOS, un lecteur m’avait lancé dès l’annonce de la sortie de l’application Scrivener pour iOS :

— Gaelle ! Un autre guide ?

Je l’ai pris au mot. C’était la meilleure occasion d’acquérir enfin les outils nomades d’Apple après des années désespérées sur tablettes Android.

Mon iPad 1 est resté bloqué au système iOS 5, Scrivener App nécessitant iOS 9, je devais investir dans un iPad plus récent, c’était l’occasion de prendre enfin un iPhone. L’iPad pro 9″7 me tentait bien, d’autant que Keith Blount, le concepteur de Scrivener, bloguait depuis son iPad pro où l’application semblait royale. Mais je n’ai pas assez de budget pour un outil encore cher. J’ai opté pour du reconditionnement. Et j’en suis très satisfaite.

Mon cher MacBook de 2008 ayant refusé un matin de se rallumer, je l’ai remplacé par un iPad mini 4 et un iPhone 5c. Ce qui m’a coûté beaucoup moins cher qu’un nouveau MacBook et me permet de travailler dans des conditions plus légères, quand je suis en dehors de mon espace de sécurité qu’est mon bureau.

Reconditionnement Apple

Sur Tweeter, je suis MacGeneration et iGen. J’ai vu au mois d’août que des iPad mini 4 arrivaient en reconditionnement sur le site d’Apple, alors que jusqu’en juillet seuls les iPad mini 2 et 3 étaient proposés. J’avais opté pour cette taille d’iPad pour avoir la solution la plus légère à mes mains douloureuses de trop de saisies, trop d’écriture, trop de bûcheronnage, trop de travaux difficiles (même si j’adore faire tout ce que je fais, mes mains, mes bras, mon dos accusent quand même les coups !).

J’ai donc commandé un iPad mini de moins d’un an, avant la sortie d’autres outils Apple en septembre, car c’est maintenant que j’ai besoin de tester, expérimenter, utiliser l’application Scrivener pour iPad et iPhone.

Le service de reconditionnement d’Apple est aussi impeccable que celui des appareils neufs, la différence est dans la garantie, un an au lieu de deux. Tout est comme neuf.

Lien à la page Apple de reconditionnement de l’iPad mini 4 WiFi+Cellular-16 Go = 439 €

Reconditionnement Backmarket

Pour tester l’application Scrivener sur d’anciens appareils anciens, j’ai opté pour un iPhone 5c, jaune, que j’aurais aimé pouvoir acquérir à sa sortie à Paris en septembre 2013, mais à l’époque c’était un rêve impossible.

Sortie de l’iPhone 5c à l’Apple Store du Carrousel du Louvre, Paris, 12 septembre 2013

J’ai fait venir mon premier smartphone digne de ce nom depuis un nouveau site de reconditionnement : Backmarket, au service impeccable. J’ai opté pour une version Shiny, à 229 euros, soit la moitié de son prix neuf, plus 7 euros de port. J’avais un peu peur que la version Stallone soit un peu cabossée :).

Mon iPhone 5c jaune est magnifique, comme je l’avais rêvé et je peux dire que ça n’a rien à voir avec tout ce que j’ai pu utiliser comme matériel précédent, tablette ou smartphone, sous Android. Plus jamais Android ! Enfin, je suis connectée Apple sur iOS, sous les deux formats dont j’ai besoin pour ce nouveau guide, sur iPhone et iPad.

Lien au site Backmarket de reconditionnement de l’iPhone 5c

La question d’un lecteur

J’avais à peine reçu et paramétré mes deux nouveaux outils, j’avais à peine installé et ouvert Scrivener que déjà un lecteur de mon guide Mac me posait des questions sur la synchronisation de ses fichiers. C’était un signe ! Je devais vraiment faire ce nouveau guide, car jamais je ne laisse des questions sans réponse.« 

J’ai donc testé les différentes possibilités de synchronisation de Scrivener et j’ai répondu à mon lecteur. Ses angoisses du début avaient d’ailleurs disparu car Scrivener avait bien tout synchronisé et le lecteur avait retrouvé ses petits.

Essai de synchronisation avec Dropbox

En effet, Scrivener est une bonne application, étudiée pour des écrivains des temps présents, ceux qui écrivent au vol partout sur leur tablette iPad, sur leur smarphone iPhone, ceux qui veulent synchroniser avec leur Mac ou leur PC de bureau, ceux qui veulent voyager en écrivant, ceux qui veulent publier et toucher tout de suite un lectorat sans attendre l’acceptation d’un éditeur Dieu le Père des siècles passés.

Voilà pourquoi j’écris ce nouveau guide sur mon iPad, pourquoi des notes seront prises aussi sur l’iPhone.

Mon troisième guide Scrivener plus simple sortira sur toutes les plateformes numériques dans le courant de l’automne 2016, publié par ACD Carpe Diem, Kerantorec, Brittany, Europa.

Cover by Indiegraphies for Fiverr


Post Scriptum par rapport à la demande de l’écrivain qui voulait trouver Word sur l’iMac de son amie pour écrire ses romans quand il venait la voir en Bretagne : Comme je suis une professionnelle consciencieuse, je me suis renseignée sur ce que coûterait l’installation de Word. Pour pouvoir utiliser des fichiers commercialisables, si on veut les publier, les rendre public, la version personnelle de Word ne suffit pas. Il faudrait donc payer la licence professionnelle à 99 euros par an d’abonnement ou 279 à 539 euros d’achat de la licence définitive. Ma cliente a renoncé, le romancier se contentera de la version NeoOffice qui était installée sur l’iMac en 2008, gratuite celle-là.

Conditions d’utilisations de Word sur le site Microsoft 
H. LOGICIEL EN ÉDITION FAMILLE ET ÉTUDIANT Un logiciel en édition « Famille et Étudiant » ne peut pas être utilisé pour des activités commerciales, à but non lucratif ou productives.

Lien à Office Business

Scrivener coûte moins de cinquante euros dans sa version de bureau pour Mac ou Windows. L’application mobile vaut moins de vingt euros. Ces deux prix sont de vrais cadeaux que nous font l’auteur et son équipe.

Lien à Literature & Latte

Belles écritures à tous les auteurs des temps actuels !

Gaelle,
6 septembre 2016, Plœmeur

Scrivener plus simple une introduction

Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac est sorti le 10 janvier 2016. Il vous initie au logiciel Scrivener de la conception du projet d’écriture à sa publication sur les plateformes numériques ou en impression à la demande.

ScrivenerCartouche

Le logiciel Scrivener a été conçu par un auteur pour des auteurs.

Habitant Truro, en Cornouailles anglaises, Keith Blount a maintenant une équipe dans le monde entier pour servir Scrivener sur Mac, Windows et Linux.

LitteraLogo

Le logiciel est édité par Litterature & Latte. On peut l’essayer 30 jours sur le site : https://www.literatureandlatte.com/trial.php

La version de Scrivener utilisée dans le guide est la version 2.7.1. pour Mac. Les captures d’écran qui illustrent le guide ont été faites sur un MacBook de 2008 au système Mac OS 10.6.8 Snow Leopard, au fur et à mesure de la construction du Guide francophone, pour donner une idée de l’élaboration d’un projet avec Scrivener.

Scrivener marche encore sur les anciens systèmes Mac OS, depuis Mac OS 10.4 Tiger et même sur les PowerPC. Le software est téléchargeable sur le site Literature & Latte.

Scrivener est mis à jour pour le dernier système Mac OS X El Capitan.

Pour l’instant, il n’existe pas d’application pour iPad ou iPhone, ni pour tablette Android. Scrivener est un logiciel de bureautique, conçu pour Mac, puis développé pour Windows et Linux.

Scrivener est plus complet que les traitements de texte habituels, puisqu’il permet l’écriture, le plan du projet, la gestion de la documentation en interne, la recherche, l’organisation et la finalisation en ebook epub ou mobi, ou en impression papier, ou en html pour les sites Web.

Scrivener est beaucoup moins cher que les traitements de texte les plus célèbres, moins de 50 euros, et beaucoup plus performant.

Scrivener est utilisé avec enthousiasme dans le monde anglophone. J’ai fait ce guide pour qu’il soit mieux connu dans le monde francophone. Je n’ai aucun lien avec Scrivener, ni avec son auteur ou son éditeur. Je suis juste une admiratrice passionnée de cet outil efficace pour écrire et gérer de beaux projets. J’ai aussi une bonne expérience de l’édition numérique depuis 2010 et de l’écriture depuis les années 60.

ScrivenerSimpleCover
Couverture du guide Scrivener plus simple par Adam Molariss, Indiegraphics

Après avoir aidé un auteur à prendre Scrivener en main, j’ai écrit ce guide. Je l’ai commencé le 2 décembre 2015 par une mindmap SimpleMind+ sur mon iPad, l’ai exporté le lendemain en fichier OPML sur Scrivener et je l’ai rédigé en deux semaines sur mon MacBook. Il a fallu encore dix jours pour le réviser, puis cinq jours pour le publier sur les plateformes numériques. Bien sûr, je n’ai rien fait d’autre pendant ce temps et ça a été une formidable aventure.

Le présent guide a été réalisé en un mois. Je n’aurais pas relevé le défi, que je m’étais lancé, d’écrire un ouvrage illustré de 150 captures d’écran avec un ancien traitement de texte, laborieux et lourd. Ce fut un vrai plaisir avec Scrivener. C’est celui que je vous souhaite pour vos propres écrits.

Bonne nouvelle année d’écriture. Offrez-vous de bons outils !

Gaelle Kermen,
Kerantorec 11 janvier 2016

Si cet article vous a été utile, n’hésitez pas à le commenter, l’aimer, le partager. C’est ainsi que nous progressons tous ensemble depuis l’invention de l’Internet.

***
ScrivenerSimpleCover

Gaelle Kermen est l’auteur de Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, publié par ACD Carpe Diem, 2016.

Acheter le guide en ebook

Smashwords_logoamazon-iconnook-iconKobo_Icon-150x150

Voir un extrait sur Amazon

Si cet article vous a plu, merci de le commenter, l’aimer, le partager. C’est ainsi que nous progressons tous ensemble depuis l’invention de l’Internet.

Couverture par Indiegraphics

Scrivener l’integrer en quelques jours

Un auteur que j’ai aidé à prendre en main Scrivener a intégré le maniement du logiciel en moins de quatre semaines, là où j’avais mis quatre mois à comprendre en lisant des manuels et regardant des vidéos en anglais.

showcase-scrivener_header

L’histoire

Récemment, un auteur m’a demandé de l’aider à remettre en forme ses romans policiers, dont la présentation laissait à désirer sur Kindle, lui attirant des commentaires désobligeants. De plus, honte suprême, ses romans n’avaient pas de table des matières. La lectrice numérique compulsive que je suis depuis plus de cinq ans maintenant, sans retour en arrière possible au papier, ne supporte pas les ebooks ou livrels sans Table des Matières. J’ai failli refermer l’ensemble, agacée, insultée même, me sentant dans mon bon droit de trouver la meilleure présentation possible quand j’achète un livrel.

En fait, j’ai fini par comprendre, au fil de nos très très très nombreux échanges, qu’il avait toujours en tête l’impression papier pour Create Space, la plate-forme d’impression à la demande. Ses fichiers numériques étaient paramétrés sur Word au format de pages papier. Ce n’était pas bon du tout pour un affichage serein et fluide sur Kindle, iPad ou autre liseuse.

Je lui ai conseillé Scrivener. Il était réticent, craignant que la version de Scrivener ne marche plus sur son ancien système Mac OS 10.6.8 sur son MacBook pro de 2011. Mais elle marche sur le même système de mon MacBook de 2008. Et même sur les versions anciennes de Mac OS

Il avait de grands bloquages, pensant encore papier, quand il fallait penser numérique.

Je répondais du mieux que je le pouvais à chacune de ses questions. J’ai fait un premier article de blog sur Scrivener pour lui expliquer comment faire une Table des Matières sur PDF pour une publication papier avec table des matières numérotant les pages.

Pour l’aider à prendre en main lui-même ses derniers paramétrages d’impression au moment de la compilation, j’ai fini par lui faire toute une série de copies-écran à chaque étape.

Le résultat

En quelques jours, au cours de ces quatre semaines intenses de corrections en novembre 2015, il avait pris en main Scrivener et s’émerveillait de la richesse et des possibilités de ce studio d’écriture, qui l’incitait à écrire encore plus qu’avant, en maîtrisant mieux chaque chapitre, en pouvant suivre ses personnages, les lieux des intrigues, d’un tome à l’autre. Il pouvait se concentrer sur l’écriture au lieu de penser à la mise en forme comme il le faisait sur Word depuis toujours. Scrivener avait gagné !

Quand j’ai vu la masse de notes que j’avais accumulées pour lui répondre, bien classées au fur et à mesure dans mon Projet Scrivener pour ses corrections, j’ai pensé qu’il n’y avait pas de raison de les réserver à un seul auteur. Ces réponses, ces manipulations, ces procédures, bien expliquées, pouvaient servir à plus d’une personne.

J’ai pensé à vous, qui écrivez en français et avez besoin d’un bon outil de travail, en oubliant la mise en forme fastidieuse et lourde que vous avez subie jusque là.

J’ai alors décidé de publier un premier Guide Kermen sur Scrivener. Je dis premier, car j’ai beaucoup de trucs en réserve dans mon Journal de Vie ou mes Cahiers de Chantier, à transmettre, entre comment allumer son feu sans attendre 20 minutes, ou comment tailler une branche à la scie japonaise, ou comment écrire un ebook en un mois, mon dernier défi. Mais je digresse !

Pour vous qui écrivez dans le monde francophone, je conçois le Guide que j’eusse moi-même aimé trouver quand j’ai commencé à chercher ce qui se faisait comme initiation à Scrivener.

Gaelle Kermen,
Kerantorec, 11 décembre 2015

P.S. Le guide a été mis en ligne sur les plateformes numériques en précommande le 31 décembre 2015. Sortie officielle le 10 janvier 2016.

***
ScrivenerSimpleCover

Gaelle Kermen est l’auteur de Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, publié par ACD Carpe Diem, 2016.

Acheter le guide en ebook

Smashwords_logoamazon-iconnook-iconKobo_Icon-150x150

Voir un extrait sur Amazon

Si cet article vous a plu, merci de le commenter, l’aimer, le partager. C’est ainsi que nous progressons tous ensemble depuis l’invention de l’Internet.

5 ans de lecture numérique 2010 2015 #2 les lectures

#Lectures #numerique #kindle #tablette #android #ipad #apple #temoignage #experience #5ans #ecrivains #litterature #francophone #literature #anglophone

Au fil des années j’ai accumulé les livres, je les ai dévorés, relus, prêtés, perdus, retrouvés. Je ne saurais pas me passer de la lecture, j’en ai autant besoin que de l’écriture au quotidien. En septembre 2010, j’ai changé ma façon de lire, je suis passée à la lecture exclusivement numérique. Et je ne reviendrai pas au papier. Voici un aperçu de ce que j’ai pu lire en cinq ans de lecture numérique, plus de 500 livrels, un voyage littéraire dans les deux derniers siècles.

livres lus sur le Kindle
Lecture compulsive : 244 livres lus sur le Kindle en 1 an et 3 mois, décembre 2011 © gaelle kermen 2011

Carte SimpleMind du plan de l'article sur 5 ans de lectures numériques #2
Carte SimpleMind du plan de l’article sur 5 ans de lectures numériques #2

Lecture en français

En découvrant le Kindle, j’ai exploité les ressources du Domaine Public, plus accessibles en numérique qu’en papier.

Comme Alexandre Dumas était un des deux auteurs français (l’autre étant Jules Verne) présentés sur mon Kindle 3, j’ai commencé par le lire dans la version Amazon. Je l’ai dévoré plutôt, car à peine avais-je fini La Reine Margot, le premier lu, que j’avais envie d’attaquer un autre livrel du cher Alexandre. C’est l’effet Kindle : une certaine compulsivité de lecture. Alors, j’ai dévoré tout ce que j’ai pu trouver comme romans historiques, me donnant une idée plus vivante des Rois de France et de notre Histoire européenne que les études historiques plus sérieuses sur les ancêtres d’une jeune amie aristocrate dont j’avais fait l’arbre généalogique (Généalogie Charette-Bourbon) en 2006.

Dans la foulée, j’ai attaqué tout Michel Zevaco, dans le style des romans populaires d’Alexandre Dumas, un journaliste anarchiste dont les premiers romans ont été publiés en feuilleton dans le journal de Jean Jaurès, et qui a revu certains épisodes historiques avec truculence. D’ailleurs je préfère son personnage de Pardaillan à celui de D’Artagnan. Là  encore j’ai lu tout ce que je trouvais de lui, un vrai régal.

Puis, restant dans la littérature populaire, que j’avais ignorée tout au long de ma vie de grande lectrice, j’ai attaqué Eugène Sue, Les Mystères du Peuple, des ouvrages de longue haleine, qui occupent bien les jours pluvieux d’hiver.

J’ai relu toute la Comtesse de Ségur, le premier auteur que j’avais lue dès que j’avais su lire, vers cinq ans, dans la bibliothèque rose de ma grande sœur, avant d’attaquer la bibliothèque verte de mon grand-frère avec Jack London et Joseph Kessel un peu plus tard. La comtesse m’a fait régresser avec délice dans un monde où les serviteurs employaient parfaitement les subjonctifs imparfaits.

J’ai aussi lu presque tout Stendhal et Sand, écrivains ennuyeux. J’ai vécu ça comme un pensum à chaque fois.

Pour me remettre, je me suis offert les œuvres complètes de Marcel Proust, le genre de choses que je ne peux pas imaginer en version papier Pléiade, hors de ma bourse, et j’aime toujours me replonger dans quelques morceaux aimés à jamais, que la table des matières numériques me permet de trouver quand j’en ai besoin.

La littérature traditionnelle contemporaine

Avant de mourir, j’ai tant de trous à combler dans ma culture littéraire que je ne suis pas tentée par ce qui sort. Pour moi la littérature n’est pas un bien de consommation, avec une date limite de péremption, qu’on jette après usage. Les livres sont des monuments, des œuvres d’art, dont le temps conserve les meilleurs, qui ne sont pas forcément dans l’air du temps. Je ne m’intéresse donc pas aux rentrées littéraires, ni aux Prix, ni aux Best-Sellers, ni aux Tops 10 ou 100. Dans le numérique, j’apprécie de pouvoir trouver des ouvrages relatifs à mes sujets de recherche ou d’intérêt, même quand on ne parle plus d’eux.

Je ne sais donc pas grand chose des auteurs « à la mode », je vois passer quelques infos sur les réseaux sociaux, c’est tout. J’ai juste lu Le Goncourt piraté de Michel Houellebecq, La Carte et le Territoire, que j’ai trouvé encore plus ennuyeux que Sand ou Stendhal, c’est peu dire ! On ne m’y reprendra plus. Pas de temps à perdre.

Quelques auteurs-éditeurs entre autres

Par contre, je lis quelques auteurs éditeurs à l’occasion de belles découvertes sur notre groupe Facebook d’Auteurs Francophones au format Kindle, créé en 2011 par Nathan Bonne, animé en 2013 par Marie Fontaine et Adam Molariss, depuis 2014 par Aloysius Chabossot. J’utilise ici le premier titre du groupe, que je préférais.

La jeune Charline Schierer avait publié un premier roman fantastique écrit à 16 ans, L’appel du Shatral, en février 2012. Elle vient d’en publier un deuxième, pas encore lu, mais que je le lirai. Le premier était prometteur.

J’ai eu l’honneur de participer aux corrections d’Adam Molariss de certains de ses ouvrages, sur la poésie arabe Les Odes du Désert, son Cercle de Sagesse et son premier roman Yasmina dévoilée.

Cercle de sagesse, Adam Molariss, un sage parle de la place Jmaa el Fna de Marrachech, 2013
Cercle de sagesse, Adam Molariss, un sage parle de la place Jmaa el Fna de Marrachech, 2013

Je suis une fidèle des gros pavés thriller de Jacques Vandroux, ses thèmes celtiques et culturels ont tout pour me plaire. Il faut juste prévoir une journée entière de récupération des forces devant soi, car une fois qu’on commence le livrel, on a envie d’aller au bout !

Ecran tablette Cube Pierres couchées de Jacques Vandroux
Écran tablette Cube Pierres couchées de Jacques Vandroux

Dans les auteurs francophones indépendants, j’ai aussi découvert Florian Rochat, un ancien journaliste suisse, qui a écrit un très beau livrel : La Légende de Little Eagle, l’héroïque histoire d’un pilote de guerre américain de 18 ans. Cette histoire m’a sensibilisée aux sacrifices de certains pilotes anglais ou américains pendant la guerre de 39-45, comme il y en eut sur ma propre commune.

tombe du pilote de la RAF tombé à Moëlan © gaelle kermen 2012
Tombe du pilote de la RAF tombé à Moëlan © gaelle kermen 2012

Le livre a eu aussi des suites historiques réelles, que Florian Rochat raconte dans son dernier billet de blog, merveille de l’écriture qui relie les générations au-delà du temps.

Culture anglo-saxonne

Au début de ma lecture numérique sur Kindle, j’ai d’abord dévoré les écrivains classiques français ou francophones que j’avais délaissés au cours de mes vagabondages de jeunesse, quand la littérature anglo-saxonne des années 50 me formait plus que celle de ma propre culture française, comme Jack Kerouac, Henry Miller, Anaïs Nin, Lawrence Durrell ou Malcolm Lowry.

Depuis vingt ans que je suis sur Internet, la facilité de lecture sur le support numérique me permet de lire en anglais ou en américain tous les jours. J’ai rarement l’occasion de pratiquer mon anglais à l’oral, mais je peux lire des articles ou des livrels dans cette langue que j’ai eu la chance d’apprendre en Angleterre même, avant de l’apprendre au lycée de Lorient en seconde langue en Quatrième (à mon époque on était au lycée dès la classe de Sixième).

Lectures en anglais

Je me suis longuement plongée dans l’œuvre de John Galsworthy, un peu le Marcel Proust anglais, qui eut le Prix Nobel de Littérature en 1932. J’ai lu en version originale des livres dont j’avais étudié des extraits au lycée Hélène Boucher en arrivant à Paris l’année scolaire 1960-61, Forsyte Saga. La BBC en avait tiré une très célèbre série télévisée diffusée en 1967 en Angleterre, diffusée par l’ORTF sur la 1ere chaîne française en octobre 1970.

Puis, j’ai lu presque tout R.L. Stevenson, reprenant avec délices en anglais des livres lus autrefois en français, comme Voyage autour des Cévennes avec un âne, ou L’île au Trésor. J’ai particulièrement apprécié Kidnapped.

Et comme Stevenson faisait référence à son compatriote Walter Scott, j’ai lu aussi presque tout Walter Scott, commençant d’abord par la traduction faite par Alexandre Dumas de son Ivanhoé, dont je regardais à 12 ans les épisodes à la télévision anglaise avec Roger Moore.

J’ai continué à lire en anglais tout ce que je trouvais, essayant de lire par ordre chronologique les œuvres de Sir Walter Scott, baronet de Abbotsford. J’ai passé un hiver avec son Journal, une merveille pour comprendre la genèse de l’œuvre d’un grand écrivain. J’ai fini par acheter ses œuvres complètes.

Walter Scott m’a donné envie de relire Jane Austen, qui elle-même m’a donné envie de me plonger dans  la lecture de Ann Radcliffe, aux romans effrayants, la première romancière gothique, qui eut beaucoup d’influence sur la littérature de l’époque, puis sur le cinéma fantastique. Une féministe aussi, pas assez connue.

Complete Works d'Ann Radcliffe.
Complete Works of Ann Radcliffe, Delphi Classics

J’ai relu certains romans des sœurs Brontë et tous ceux que je n’avais pas lus dans ma jeunesse, avec souvent de bonnes surprises en découvrant ce qui est moins connu, comme les trois romans de la troisième sœur qui a publié sous le nom de plume de Anne Brontë, dont The Tenant of Widldfell Hall. J’ai lu aussi une biographie passionnante de leur frère Branwell Brontë. Le destin tragique de cette famille m’a accompagnée plusieurs mois. J’avais acheté la version complète et je lisais tout dans l’ordre. Ce fut un hiver très riche.

Complete Works by The Brontes, Delphi Classic
Complete Works by The Brontes, Delphi Classic

Désirant lire des livres plus contemporains, j’ai lu une grande partie de Virginia Woolf. Mais par l’hommage qu’elle rendait à sa grand sœur féministe George Eliot, elle m’a donné envie de me plonger dans l’œuvre complète de celle-ci, qui m’a beaucoup plus passionnée que notre George Sand, dont la vie est un chef-d’oeuvre en soi, qu’elle n’a jamais su rendre par sa littérature. Toutes deux avaient choisi un prénom masculin pour être éditées dans un monde sexiste.

Complete Works by George Eliot
Complete Works by George Eliot

Puis ma condition d’auteur Smashwords m’a fait bénéficier d’un abonnement ‘un an sur Scribd, la bibliothèque américaine numérique. Et pendant un an j’ai dû lire sur tablette, car l’application Scribd ne passait pas sur mon vieux Kindle 3.

Lecture en américain sur Scribd

J’ai relu en version originale tous les livres de Tony Hillerman, aux polars ethnologiques dans les réserves indiennes du côté d’Albuquerque au Nouveau-Mexique, que je lisais au fur et à mesure de leur parution en français en les empruntant à la bibliothèque de mon bourg. J’ai retrouvé l’esprit navajo de « marcher dans la beauté », de rendre grâces le matin au soleil levant, toutes choses que j’aime à pratiquer dans ma propre vie, avec mes critères personnels de travail sur mon paysage breton, qui animent mes cahiers de chantier, cahier autant pratiques que littéraires.

Après, pour rester dans la littérature féministe, j’ai relu Marylin French célèbre dans les années 70, dont j’ai relu en version originale certains ouvrages qui avaient fait sa réputation. Mais elle m’a presque autant ennuyée que George Sand.

Alors, j’ai découvert le livre de Walter Isaacson : Steve Jobs et je me suis laissée emporter par sa vie passionnante, qui, comme celles de tous les grands hommes, dépassent tous les romans qu’on pourrait en faire. J’ai lu tout sur Steve Jobs, en reconnaissant que rien n’égalait la bio d’Isaacson.

Puis j’ai lu tout ce que je trouvais sur Mark Zuckerberg, en commençant par The Facebook Effect, de David Kirkpatrick. Et quand on me parle du film sorti sur son histoire, je ne vois aucun rapport avec ce que j’ai lu sur lui, écrit par des gens qui l’ont fréquenté depuis sa jeunesse. Je préfère la version de la réalité à celle de la fiction. Respect ! On peut suivre Zuck sur son compte Facebook.

Bilan de 5 ans de lecture numérique

La lecture traditionnelle sur les livres papier que j’ai pratiquée pendant près de 65 ans m’avait comblée et rien ne me semblait aussi beau qu’une bibliothèque chargée de livres.

J’ai changé de conception de lecture en recevant le Kindle3 il y a cinq ans, je lis encore plus qu’avant, et j’ai amélioré ma mémorisation, je me sens plus riche en ressources intérieures.

Mais j’ai aussi changé ma conception de l’habitat pour un désencombrement général.

Désormais, je rêve d’une maison plus petite, plus aérée, sans papiers envahissants, sans accumulation d’objets prenant la poussière. Les murs ne seraient plus chargés de livres comme ils le sont encore chez moi, remparts de sécurité contre la vacuité et la peur de la mort.
Je rêve que les murs laissent place à plus de tableaux, œuvres uniques gardant la vibration des artistes qui les ont conçues au delà du temps.
Je rêve d’un mobilier simple et beau, sobre et noble, comme les meubles Knoll de ma jeunesse parisienne des années 60-70, une table et des chaises Saarinen, dont les lignes m’émeuvent toujours, et sur un guéridon assorti, je vois un Kindle, un iPad, un MacBook.
C’est tout. C’est tant.

Ceci sera, j’espère, une autre histoire, que je pourrai raconter dans mes cahiers de chantier et sur le blog de mes travaux d’Hercule, Kerantorec.

Bonnes lectures à vous, qui m’avait suivie jusqu’ici dans ce voyage littéraire à travers le temps, ce qui prouve que vous êtes vous-mêmes de grands lecteurs ou de grandes lectrices. Bien à vous !

Kerantorec, 16 octobre 2015

© gaelle kermen 2015

Auteurs francophones contemporains cités :
Michel Houellebecq
Florian Rochat : billet de blog 16/09/2015
In groupe Facebook d’Auteurs Francophones au format KindleNathan Bonne, Marie FontaineAdam Molariss , Aloysius ChabossotCharline SchiererJacques Vandroux.

Livres francophones contemporains cités :
La carte et le territoire, 2010, Michel Houellebecq, Prix Goncourt 2010
L’appel du Shatral, 2012, Charline Schierer
Les Odes du Désert, 2012, Cercle de Sagesse, 2013, Yasmina dévoilée, 2013, Adam Molariss
La Légende de Little Eagle, 2011, Florian Rochat

 400 livrels lus en 2015 sur le Kindle © gaelle kermen 2015
Livrels lus en 2015 sur le Kindle : 400 © gaelle kermen 2015