Changement d’heure : je fais sécession, je reste en heure solaire

#solaire #fuseauhoraire #heuresolaire #changementdheure #heuredete


Aujourd’hui dimanche 31 mars la France et d’autres pays de l’Europe ont avancé l’horloge d’une heure. C’est aussi le cas à Londres et à Lisbonne qui sont passés à notre heure d’hiver.

Or moi je veux vivre à l’heure solaire, au plus près des rythmes de la nature, tels que je les perçois dès que j’ouvre les yeux le matin et les referme le soir, plus ou moins tard au fil des saisons selon l’amplitude du soleil sur mon coin de terre bretonne.

Ce matin, il était 5:17 quand j’ai entendu les premiers gazouillis des oiseaux. Signe que la nuit s’achève, le jour va se lever, le soleil irradier, nous chauffer, nous rendre heureux. J’aime ces heures avant les bruissements trop souvent violents du monde.

À l’heure légale, il était déjà 7:17. Demain à cette heure-ci, bien des gens devront se lever avec peine, allumer les lumières alors qu’il fait encore nuit, allumer le chauffage parce qu’il ne fait pas bien chaud, seulement 6° en Bretagne sud, il doit faire plus froid ailleurs, dans des contrées moins douces. Je ne vois pas bien l’avantage en économies d’énergies. Encore moins si on reste à cet horaire toute l’année comme il en est question en Europe.

Je fais sécession et résistance et reste à l’heure solaire toute l’année.

J’ai dû au réveil décaler le fuseau horaire de mon iPad.

Réglages > Général > Date et heure > décocher Réglable automatique > Fuseau horaire

Lorsque j’avais décidé de rester à l’heure solaire il y a quelques temps, je m’étais calée sur le fuseau horaire de Londres ou de Lisbonne. Mais dans la nuit ils sont passés de leur heure solaire d’hiver à une heure d’été qui est notre heure d’hiver légale. J’ai dû repasser au fuseau horaire de Reykjavik en Islande pour pouvoir rester à l’heure solaire naturelle.

Heureusement, pour ne pas trop m’emmêler les crayons, l’application Calendrier me signale que l’heure légale d’été a deux heures d’avance sur mes créneaux horaires. Elle affiche les horaires en UTC+2.

Petit bilan de vie en heure solaire : très confortable, beaucoup moins d’angoisse, bien plus de temps devant moi ! Un seul regret : ne pas l’avoir fait plus tôt !


Gaelle Kermen, Kerantorec le 31 mars 2019


Sur l’auteur

Gaelle Kermen est l’auteur de la série des Scrivener plus simple, les guides francophones pour Mac, Windows et iOS, publiés sur toutes les plateformes numériques depuis 2016. Elle met à la portée des auteurs de la Francophonie les logiciels et applications dont les manuels et documentations sont en anglais. Son expérience en informatique et numérique lui permet de guider au mieux celles et ceux qui cherchent à exprimer leur potentiel créatif.

Diariste depuis les années 60, elle publie cinquante ans plus tard son Journal de vie.
Auteur d’Aquamarine 67, 2010, Le Festival de Wight 70 vu par 2 Frenchies, 2017, Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de La Sorbonne, 2018.

Elle restaure et entretient elle-même son domaine et sa chaumière. Elle prépare une série sur l’histoire de son village et les travaux qu’elle y exécute pour marcher dans la beauté.

Fac de Vincennes-1969-mars

samedi 1 mars 1969

peu à peu mes muscles reprennent leur place et mon souffle sa cadence

mais je n’ai pas envie de parler

maman ne le comprend pas

alors je me plonge dans la baignoire bleue avec le marxisme du XXe siècle

après-midi on commence en famille à écrire les adresses pour gault et millau pendant qu’ils parlent à la radio des amusements de paris de bouffe de clubs privés

comme si les jeunes n’avaient que ça à penser s’amuser

margot et simon arrivent

on dîne ensemble en bas

et puis ils partent avec ma sœur au théâtre de la huchette voir la cantatrice chauve de ionesco

je reste très éveillée à écrire ces foutues adresses jusqu’à presque trois heures du matin


dimanche 2 mars 1969

adresses adresses adresses

tour de notre société de consommation

margot descend puis revient avec des fleurs des anémones assorties à mes couleurs d’aujourd’hui qui s’éclaboussent doucement sur le mur blanc

simon m’apporte une rose

pour mon anniversaire demain

aujourd’hui c’est celui de pierre

il y a un an il avait trente ans

moi demain j’aurai vingt-trois ans

ma sœur m’offre le lever du jour de joan baez

un livre des rêves des pleurs dans un grand vide une force de violence d’amour

je ne me sens plus ces délires d’angoisses d’il y a deux ou trois ans

où vais-je


lundi 3 mars 1969

écoute-moi dieu veille sur lui de très près il est plus fragile que la plupart des gens et en outre je l’aime

joan baez pour bob dylan

matin gris

on part vers les nouvelles messageries de la presse parisienne

je reviens mourante de souffle et m’endors sans aller au cours de casamayor

petrus me réveille pour me souhaiter mon anniversaire c’est merveilleux qu’il ne m’oublie pas

vincennes

philippe et les autres

un a les yeux verts

je n’ai pas envie de travailler

rémy

rémy veut qu’on souhaite ensemble nos deux anniversaires

philippe les autres

un type se vante de ses exploits sur les coins de table et dans les lavabos dans tous les coins de vincennes

il nous déprime

pas envie de travailler

philippe bibliothèque

il a sa petite amie de médecine près de lui mais son attitude avec moi ne change pas

malgré moi je cherche daniel

soir cours avec rémy

soir je pars avec lui

je n’ai pas trouvé daniel

je ne veux pas mourir

nuit chez rémy

j’ai trop bu

je n’en peux plus


mardi 4 mars

je suis rentrée au matin

j’étais jolie bien maquillée et affreusement triste dans l’appartement gris de blanc

maintenant il fait beau parce que j’ai dormi

le jour s’est levé enfin

je n’en pouvais plus d’attendre

je vais sortir dans les rues avides de printemps

et puis je reviendrai et j’inventerai de jolies choses

à habiter

mais dieu que je suis seule sans pierre je n’ose l’admettre pourtant

je ne sais même plus de quoi j’ai envie

plus tard

le soleil est toujours là mais je pourrais pleurer

visage yeux daniel illusion

j’ai lu joanie baez

qu’est-ce que je fais de ma vie

au fond je ne crois à rien


mercredi 5 mars 1969

ce matin je dois enregistrer rouvier sur magnétophone pour conserver une preuve orale de ce qu’il va promettre à propos du problème des non-bacheliers

j’ai fait un effort pour me lever tôt

j’ai oublié la nuit désolante avec rémy qui ne méritait pas ça

je ne devrais pas boire autant

il fait beau la journée va être intéressante

j’ai du mal à respirer

tiens une lettre sous la porte

je l’attendais

timbre anglais

c’est de pierre

il a froid il a faim il n’a plus d’argent

à peine un je t’embrasse

je suis furieuse

mais au fond pour que pierre m’écrive une telle lettre difficile à écrire il faut qu’il m’aime vraiment ou du moins qu’il m’ait en grandes confiance et estime

toute la journée je vais très bien travailler

enregistrant au magnétophone nos débats sur l’ordre contestataire

assistant à deux cours jusqu’à neuf heures du soir

pas vu daniel


jeudi 6 mars 1969

réveil à neuf heures

en chantant

for just one too many mornings
and a thousand miles behind

de dylan

à dix heures et demi je suis prête lavée habillée maquillée

maison rangée

je commence à décrypter les enregistrements

fenêtres ouvertes dans le soleil

un pigeon a traversé l’horizon

avarro l’ami de penny arrive m’apporter la fin de sa thèse de doctorat d’histoire à taper sur l’histoire de l’esclavage

puis juste avant son départ arrive marc avec qui je travaille l’exposé

il me plaît il me plaît pas

la question ne se pose pas il a une femme et une petite fille

je me sens très démunie presque frustrée toute la journée

à vincennes toujours rencontres multiples discussions

en fait assez peu de travail

un cours celui de christian toujours adorable


vendredi 7 mars

soleil soleil soleil

j’ai envie d’un tas de nouvelles choses

je m’habille dingue

robe jaune ultra courte un petit foulard sur fond noir et de longues jambes noires

quand j’arrive à vincennes je rencontre luc et myriam que j’ai vus pour la première fois l’autre matin au cours de rouvier et pendant nos débats sur l’ordre contestataire

l’a g a lieu dans le bassin vide au soleil assis par terre

qu’est-ce que nous attendons

la marée dis-je

quelques guitares quelques folksongs de derrière les fagots

c’est le printemps

errances dans la fac assoupie

je m’engueule un peu avec rémy

finalement je pars avec luc et myriam au quartier

il fait trop beau

on fout rien

j’ai envie de tout


samedi 8 mars 1969

magasins tissus ceintures claquantes rêves d’autres choses

temps toujours joli

je n’ai pas tellement de courage pour me mettre au travail

luc m’appelle il veut venir prendre un pot ici

j’accepte

il vient l’après-midi

le soleil s’attarde sur le balcon

jeux de séduction en paroles

j’ai peut-être surtout envie de rire

il doit aller ce soir bouffer chez myriam il voudrait que j’y aille avec lui

moi ça ne me dit rien

myriam je la trouve très bien

ce genre de situation j’en ai assez

alors après son départ plutôt que d’attendre son coup de téléphone je pars à saint-leu avec ma sœur et la machine à écrire

ça évitera les complications


dimanche 8 mars saint-leu

dimanche joli ensoleillé

ma petite chatte nous prépare des bébés et fridu est toujours attendrissant

cet exposé nous ne l’avons pas suffisamment préparé


lundi 10 mars 1969

j’arrive en retard au cours de casamayor qui n’a pas encore commencé

luc et myriam sont là

je m’assieds près d’eux

j’entends alors casamayor demander

qui est gaelle kermen

je dis c’est moi

il me félicite chaleureusement

il a beaucoup apprécié mon devoir

il paraît que c’est très bien ce que j’écris que c’est excellent et tout

c’est bien la première fois que je me fais ainsi remarquer par tout un amphi

je rougis de plaisir

luc commence l’exposé puis marc

ils ne font qu’aborder l’introduction du sujet

casamayor me demande mon opinion et apprenant que je fais partie de leur groupe les prend à témoin

comment vous avez gaelle avec vous

mais alors foncez

vous avez vu comment elle écrit

n’hésitez pas

il a un impact formidable en disant ça avec toute sa fougue

je suis très heureuse

casamayor je l’estime

c’est un grand bonhomme

il peut m’aider

à oser être moi-même

luc et moi sans myriam au cours de droit constitutionnel

intéressant

vincennes c’est un feu d’artifices de connaissances et de découvertes

à nous de continuer

luc et les autres

marc rémy

luc m’appellera

je rentre au quartier avec marc

je passe rue visconti

je ne sais pas quoi faire pour pierre


mardi 11 mars

a time of peace i swear it’s not too late

jour de grève générale

papa va passer la journée ici il n’est pas dérangeant il dort

onze heures trente le téléphone me réveille je respire difficilement c’est luc

myriam n’est pas encore arrivée il a envie de venir ici

je dis mon papa est là

il dit bon alors non

myriam arrive

me parle très fort

mais je l’aime beaucoup cette fille

et bêtement hier j’étais jalouse d’elle

mon dieu les types il ne faut pas se laisser aliéner par eux

je n’ai pas le temps

papa est heureux de lire mon devoir

et fier de moi

je suis fatiguée

mais tape la thèse bien et plus vite

le soir simon arrive

il était à la manif

il a rencontré philibert


mercredi 12 mars

qui m’a appris à écrire

patrice et michel cournot bob dylan anton tchekhov jd salinger

et jean-louis cure peut-être

je le dis maintenant il était un grand poète et je n’ai pas su voulu pu l’aimer ni le comprendre

j’ai retrouvé daniel

j’ai eu raison d’attendre de dire non à luc et aux autres

il était tard

j’ai attendu

il pleuvait un peu

nous avons marché

tous les deux

de la bastille à la république le parcours de la manif d’hier

sourires complices entre les gouttes

je l’attendais

demain

nous n’avons jamais été au cirque


jeudi 13 mars

hier il m’avait demandé si je venais aujourd’hui à la fac et m’avait dit à demain

je suis allée au cours

plus tard à l’étage au-dessus du département droit passant devant une salle de philo je l’ai vu il m’a fait un signe

j’ai reconnu françois châtelet

je l’avais déjà vu en 64 avec noëlle jospin place de l’odéon dans un restaurant

j’avais un autre cours de droit

et j’ai de nouveau perdu daniel

je n’aime pas les vitres entre nous

demain je repars à nantes parce que je dois aller toucher mon premier terme de bourse avant le quinze à midi

il est des bonnes surprises

mais j’ai raison de penser

chaque jour

que je suis heureuse de vivre


vendredi 14 mars

je partirai en fin d’après-midi

j’appelle gene j’ai hâte de la voir

mon dieu je pense que j’aurais été si heureuse d’aller à nantes si le bébé avait vécu

vincennes

rémy toujours caressant tout doux

un peu cassant aussi

mais il me fait rire

débat pour l’exposé

ça fouare pas mal

quand apprendrons-nous à travailler ensemble

et puis luc me révolte il n’a aucune notion du manque d’argent de l’insécurité

je sors

je ne trouve pas daniel

je pars

train je lis

nantes gene chérie

choc en ne la voyant plus ronde ni épanouie comme avant

j’aimerais pouvoir faire quelque chose mais quoi

elle est révoltée

on le serait à moins


samedi 15 mars

nous parlons nous parlons ça lui fait du bien elle est angoissée par son isolement à nantes avec ses deux gosses souvent sans paul qui voyage beaucoup pour son travail

elle n’a plus l’envie même de faire la cuisine

elle est lasse

n’a plus de courage

ma grande gene si forte

il faudrait qu’elle vienne nous voir à paris que je lui fasse des robes qu’elle s’occupe de sa tête

je vais à la fac on me donne mon chèque 1392,00 F pas mal

je suis toute sautillante

au passage j’achète des jonquilles pour gene

puis trop rapidement le déjeuner avec les enfants

le départ en taxi

la gare

j’ai laissé gene dans un sale état

elle ne mérite pas ça

c’est trop injuste


dimanche 16 mars

boulot sur la thèse d’avarro

puis je couds mon pantalon de lainage blanc

les cousins simon et jakez arrivent en fin d’après-midi et vont nous chercher des pâtisseries arabes écœurantes et dégoulinantes à souhait

nous prenons le thé

luc m’appelle il m’a déjà appelée hier pour que j’aille bouffer chez myriam

moi je n’ai encore rien fait

à onze heures je commence

paul arrive on l’héberge pendant son voyage éclair à paris

je travaille jusqu’à quatre heures et demie du matin

je ne suis pas folle de joie de ce que j’ai fait


lundi 17 mars saint patrice

le temps est incertain mais je tiens à mettre mon pantalon blanc pull blanc chaussures vernies blanches foulard féraud en soie rouge chaussettes rouges et manteau marine

je suis un peu en retard mais très jolie

comme j’allais m’excuser casamayor s’avance vers moi pour me serrer la main avec chaleur

martine est avec sa petite fille muriel

ça me frustre toujours de voir les bébés des autres

film sur mai et on commence l’exposé

enfin je commence très à l’aise

trop peut-être

mais je m’amuse

les autres continuent

ensuite discussion

l’après-midi je m’endors au cours de droit constitutionnel je suis complètement vaseuse et puis

peu après notre sortie devant le département droit je retrouve daniel

nous rentrons ensemble

à nation nous échangeons nos numéros de téléphone

à demain peut-être


mardi 18 mars

journée de récréation

daniel va m’appeler venir

ce sera bien j’ai envie de lui

envie au fond je ne sais

je n’ai plus du tout envie de baiser pour baiser

ça c’est sûr

et puis la journée passe

je vais à la banque et perds toute l’après-midi du côté des champs élysées

a-t-il appelé n’a-t-il pas

je ne sais

nous avons le temps

beaucoup de temps

c’eût été trop tôt

je tape la thèse

j’ai acheté quelques jolies choses

et pour l’instant j’enregistre donovan à la radio europe 1 sur campus de michel lancelot


mercredi 19 mars

temps éclaboussé de soleil

vrai printemps demain mais aujourd’hui déjà

alors je suis pleine d’ardeur je finis ma tunique de lainage blanc et le bermuda assorti

je tape deux ou trois pages

c’est long une thèse d’histoire

j’arrive à vincennes dans l’après-midi

luc m’embête enfin il ne m’amuse plus s’il m’a amusée

cours de poulantzas

puis cafétéria avec christian duc

il admire ma tenue avec force termes délirants puis nous discutons d’histoires de cul évidemment

puis arrive daniel qui me cherchait partout depuis ce matin

cours de socio économique près de martine qui est intéressante

à huit heures je rejoins daniel au cours de psychanalyse de leclaire

plus tard arrive marianne

mais daniel rentre avec moi et reste dormir ici

échec

je ne comprends plus ce qui se passe

daniel m’emmène manger près des anciennes halles espérant que ça ira mieux ensuite mais c’est de plus en plus mauvais

je ne sais plus faire l’amour

je ne peux plus faire l’amour

et je n’ai pas vraiment envie de faire l’amour

alors nous dormons


jeudi 20 mars

c’est seulement aujourd’hui vers midi que nous arrivons à le faire cet amour comme si c’était une obligation pour ne pas se quitter trop déçus

mais ça me déprime

pierre m’a traumatisée

ou je ne sais quoi

je ne comprends plus

vincennes l’après-midi

je me sens assez mal et dois quitter un cours

je retrouve philippe et lui raconte mes malheurs

puis christian mon adorable homosexuel oriental

bref nous passons la soirée à parler de cul


vendredi 21 mars

thèse thèse thèse

je n’ai pas le temps d’aller à vincennes

thèse thèse thèse

ce soir je vais rue guynemer invitée par petrus à une boom

je dois y retrouver isabelle qui m’a appelée l’autre soir

patrice sera là sans doute

je veux être éblouissante

je m’achète quelques somptueuses choses

volupté de pouvoir dépenser de l’argent

après si longtemps

j’aime vivre vite

être occupée à plein comme aujourd’hui

soir simon vient dîner avec nous et reste avec moi pendant que j’attends daniel qui doit venir me chercher ici et tarde et tarde et me rend folle

j’ai trop de soirs attendu pierre pour supporter ça à nouveau

enfin il arrive et nous partons

la première personne rue guynemer est patrice qui ne me reconnaît d’abord pas et constate que décidément je change chaque année

normal je grandis

on tombe sur une nana qui prétend avoir assisté à mon exposé l’autre jour à vincennes au cours de casamayor

isabelle françois et antoine de g

ces gens connus il y a quatre ans à peu près

jean-françois qui ne me reconnaît pas non plus tout de suite mais est ravi de me revoir et reste discuter avec moi presque tout le temps en critiquant les gens comme avant

je l’aime beaucoup

mais je guette patrice et j’arrive à lui parler quelques minutes de droit de son métier et de casamayor

patrice tu es moins beau qu’avant mais je t’ai aimé tu me donnes envie de travailler et je ne peux m’empêcher de penser que si je t’avais écouté j’aurais maintenant ma licence en droit et je n’aurais pas tout gâché

mais je n’aurais pas non plus connu pierre ni balmain ni kiki féraud ni la sorbonne libre ni casamayor et je n’aurais pas comme maintenant envie de te parler de droit et de justice

je rentre avec daniel tout gentil

mais ça m’a fait un choc de revoir patrice

j’aimerais de nouveau

oh je ne sais pas

je crois que ce qui me gênait chez lui était son manque d’humour

ou alors je n’étais pas réceptive au sien


samedi 22 mars

soirée chez louis féraud avec kiki yves et son ami et aussi le chien sloopy un labrit des pyrénées le chien de mia fonsagrives la seconde femme de louis


dimanche 23 mars

hier soir marianne est venue ici je ne l’ai pas vue j’étais chez kiki

elle trouve que daniel et moi allons bien ensemble

c’est faux je crois que nous pourrions arriver à bien faire l’amour tous les deux mais je ne sais pas si ça me suffit

je m’ennuie un peu avec lui

c’est pas encore ça

et je n’ai pas de temps à gaspiller

heureusement anne et moi avons un boulot fou qui ne laisse pas de place pour un bonhomme

j’ai envie de bosser comme une dingue et de gagner du fric

pour égaler les cournot les féraud et tous mes petits amis plus fortunés

les égaler socialement comme intellectuellement


lundi 24 mars

je ne vais pas au cours de casamayor

je n’ai pas le temps il me faut finir la thèse pour demain

alors que je pars à vincennes vers midi et demi on me téléphone de la fac c’est patrick qui m’invite à aller demain soir au théâtre pour faire la foule parce que la radio va venir enregistrer et tout

de toutes façons je le retrouve à vincennes juste avant le cours de droit constitu

lui les autres philippe et tous viennent au théâtre demain ça va être drôle

exercice écrit en constitu intéressant

je ne vois pas daniel alors je rentre au quartier avec philippe décidément on s’entend bien

hélène chérie

benoît effrayant


mardi 25 mars

hélène vient travailler aux mailings de gault-et-millau

elle est ponctuelle dix heures pile


jeudi 27 mars

départ pour nantes pendant les vacances


samedi 29 mars

saint julien g a e c groupement agricole d’exploitation en commun treffieux rené philippot


dimanche 30 mars

bernard lambert à teillé avec tonton francis et simon


lundi 31 mars

nantes chambre d’agriculture bernard thareau


Écrit en mars 1969, publié le 30 mars 2019
Gaelle Kermen, Kerantorec



Gaelle Kermen est l’auteur des guides pratiques Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, Windows, iOS et Scrivener 3, publiés sur toutes les plateformes numériques.

Diariste, elle publie les cahiers tenus depuis son arrivée à Paris, en septembre 1960. Publications 2018 : Journal 60 et Des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne.

Vaguemestre depuis 1997, blogueuse des années 2000, elle publie plusieurs blogs sur ses sujets de prédilection, l’écriture sur gaellekermen.net, les chantiers d’autoconstruction sur kerantorec.net, les archives d’un demi-siècle sur aquamarine67.net et les voyages ici ou ailleurs sur hentadou.wordpress.com.

Livres audio gratuits Librivox en français : Mémoires d’un paysan bas-breton

Je partage cette magnifique découverte des livres audio gratuits sur Librivox, qui m’apparaît aussi importante que celle que j’avais faite avec ebookslibresetgratuits lorsque je suis passée à la lecture numérique. La solution auditive peut pallier les problèmes de vue ou de main.


Essai d’Audible

J’avais testé la formule Audible, mais l’avais abandonnée, la trouvant trop onéreuse pour mon budget actuel. L’essai proposé par Amazon devait être gratuit, mais quand j’ai vu mon relevé de compte, 60 euros avaient été prélevés ! J’avais testé trois livres, des best-sellers du moment, valant chacun autour de 20 euros. Je les ai donc payés et non pas essayés. Je l’ai vu trop tard pour réclamer, mais je n’ai pas du tout aimé le procédé et le déconseille.

  • La vie secrète des arbres, Peter Wohleben, lu par Thierry de Montalembert
  • Au revoir là-haut, lu par l’auteur Pierre Lemaître (un régal !)
  • The Innovators, Water Isaacson, lu par Dennis Boutsorakis.

J’ai résilié l’abonnement, les livres restent dans ma bibliothèque. Après tout, je les ai payés. Il m’arrive de réécouter un chapitre, comme récemment, au moment du 8 mars d’hommage à quelques femmes, le chapitre sur Ada Lovelace, grâce à qui nous pouvons écrire et lire en ce moment sur ordinateurs et tablettes. Le premier programmeur du monde est une femme, la fille de Lord Byron.

J’avais laissé tombé la question des livres audio, trop chère pour moi, mais j’ai des proches souffrant de DMLA qui ont du mal à lire les livres sur papier ou tablette. Je pensais donc à la solution auditive. Je viens de trouver une solution abordable et riche sur le site de Livres audio, pas aussi riche encore que les bibliothèques numériques en ligne, que je pratique depuis une dizaine d’années, mais déjà bien garni.


 

Un document exceptionnel sur la vie des pauvres au XIXe siècle

J’ai commencé par un document écrit à la fin du XIXe siècle, publié en partie par Anatole Le Bras en 1905, la suite fut perdue, oubliée, puis retrouvée et rééditée in extenso en 1998 par une petite maison d’édition bretonne dirigé par Martial Ménard, An Here, qui vendit 300 000 exemplaires, en partie grâce à l’enthousiasme de mon ami Michel Polac dans une chronique radiophonique.

Redécouvrant ce texte, lu par André Rannou, sur Librivox, j’ai le même enthousiasme ! Quel style ! Quelle sincérité ! Quelle clarté ! Quelle liberté ! Une bouffée d’air frais et sain !


 

 

Télécharger l’application Livres Audio

L’application est disponible sur Google Play pour Android et sur App Store pour iOS.

On peut utiliser l’application sans s’enregistrer nulle part. On peut aussi utiliser son compte Google pour s’enregistrer, puis supprimer la pub.

L’application s’intitule Littérature Audio sur le site App Store, Livres Audio sur l’iPad et l’iPhone. Elle a le mérite d’être en français. Les autres apps sont en anglais.


Trouver un livre audio

La liste qui s’affiche se fait par Titres. Ici, j’ai réglé la langue sur Français et j’ai cliqué sur Philosophie dans Genres. La publicité s’affiche en haut et parfois aussi au milieu.


Supprimer la pub

J’ai enregistré l’application avec mon compte Google.

Puis, sur le site d’Apple, par PayPal, j’ai payé 2,49€ d’abonnement annuel à Librivox, site gratuit de livres audio, qui propose cet abonnement symbolique pour enlever les publicités de monétisation du site. L’abonnement mensuel est de 0,49€, ce qui ferait 5,88€ par an.

Lorsque l’abonnement est enregistré, le choix est coché, l’application se ferme, puis se rouvre sur des pages sans publicité.

Ensuite, le choix des livres est plus aisé dans le Catalogue, en particulier par Genres.


Un pauvre bas-breton égal de Chateaubriand

Je n’ai pas hésité une seconde à payer cette obole de 2,49€, comme je le fais sur tous les sites que j’utilise gracieusement, tenus par de formidables bénévoles, tant je suis impressionnée par la qualité de l’ouvrage que j’écoute depuis hier : Mémoires d’un paysan bas-breton de Jean-Marie Deguignet, publié en 1904 par Anatole le Braz, l’auteur célèbre de La légende de la mort, à qui Jean-Marie avait confié ses 24 cahiers avant de mourir.

Le texte est magnifique de simplicité et de clarté, formidablement servi par la voix d’André Rannou, dont le reste d’accent breton nous met tout de suite dans l’ambiance du texte. Un régal ! Une merveille !

Il est bon de savoir qu’un pauvre bas-breton trouve plus d’un siècle après sa mort la reconnaissance de la littérature universelle auprès des Mémoires d’Outre-Tombe du très célèbre comte de Chateaubriand.

Jean-Marie Deguignet l’avait rêvé, c’est arrivé ! Honneur !

Pouvoir accéder à une bibliothèque universelle en écoute me met en joie. Si jamais je ne pouvais plus lire, j’aurais encore une grande source de littérature…

Gaelle Kermen, Kerantorec le 15 mars 2019

P.S. Le livre audio a tendance à m’endormir. Pour ne pas laisser filer le livre jusqu’au bout, on peut régler le temps d’écoute du chapitre en cours.


Crédits

Hommage à Martial Ménard, 1951-2016, le premier éditeur de Deguignet, An Here, 1998

Fiche Wikipedia de Jean-Marie Déguignet

Wiki source de Mémoires d’un paysan bas-breton, texte entier

À écouter sur Librivox

Ouvrage audio lu par André Rannou, donneur de voix volontaire, dont j’aimerais connaître plus.

Site originel : https://librivox.org/


Sur l’auteur

Gaelle Kermen est l’auteur de la série des Scrivener plus simple, les guides francophones pour Mac, Windows et iOS, publiés sur toutes les plateformes numériques depuis 2016. Elle met à la portée des auteurs de la Francophonie les logiciels et applications dont les manuels et documentations sont en anglais. Son expérience en informatique et numérique lui permet de guider au mieux celles et ceux qui cherchent à exprimer leur potentiel créatif.
Diariste depuis les années 60, elle publie cinquante ans plus tard son Journal de vie.
Auteur d’Aquamarine 67, 2010, Le Festival de Wight 70 vu par 2 Frenchies, 2017, Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de La Sorbonne, 2018.
Elle restaure et entretient elle-même son domaine et sa chaumière. Elle prépare une série sur l’histoire de son village et les travaux qu’elle y exécute pour marcher dans la beauté.

Mon bilan de Mai 68 pour comprendre le mouvement des Gilets jaunes 1 : qu’est devenu Bablon?

Comprendre le passé. Apprécier le présent. Préparer le futur.

Lorsque j’ai écrit Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de La Sorbonne, je voulais comprendre ce qui faisait que nous en parlions encore 50 ans plus tard. Dans mon bilan de 2018, j’espérais que le peuple se soulève. Le mouvement historique comme celui des Gilets jaunes va au-delà de mes rêves et j’apprécie le présent. Je publie ici les derniers chapitres du livre qui donnait des pistes de réflexion pour préparer le futur.

mai68-disquepoesie
Archives personnelles 1967-68

Nota Bene : je fais des économies de redevances de domaines internet et supprime mes autres blogs pour rassembler toutes mes productions depuis dix ans dans celui-ci : gaellekermen.net

Les sujets en sont variés comme le sont mes passions dans la vie. J’espère qu’ils vous intéresseront et vous stimuleront à apporter vos pierres à l’édifice commun d’une société plus humaine et naturelle.

Voici mon premier bilan de mon Mai 68 sur mon camarade compagnon de l’époque Michel Bablon (1938-2012).

Bablon68
Portrait de Michel Bablon 67

Qu’est devenu Bablon ?

Sur mon blog d’archives aquamarine67.net, j’ai commencé, avant la parution de cet ouvrage, à publier des articles sur mes souvenirs de Mai 68, dans la catégorie Il y a cinquante ans.

J’ai commencé par la Une de l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur du 30 avril au 7 mai 1968 sur le film de Michel Cournot à Cannes.

J’ai continué par l’inauguration de la boutique de mode Mia et Vicky le 3 mai 1968 au 21 rue Bonaparte, à l’angle de la rue Visconti.

Le troisième article est sur la photo prise l’après-midi du 3 mai 1968 dans la cour de la Sorbonne, j’y parle des personnes reconnues, en plus de Daniel Cohn-Bendit, Brice Lalonde, Jacques Bleiptreu et Michel Bablon, enfin retrouvé dans des photos d’archives, après des décennies de recherches vaines.

Des photos tirées de mes archives seront disponibles sur mes blogs pour en visualiser certains aspects.

Je ne voudrais pas finir ce livre sans donner une idée de ce qu’est devenu Michel Bablon, qui n’a pas eu la lumière des projecteurs médiatiques posée sur lui comme d’autres militants politiques.

Nous nous sommes connus, aimés, déchirés, aimés encore, séparés, retrouvés, de nouveau séparés et enfin perdus.

Si le lendemain du 22 mars, j’avais eu la tentation d’en finir, il m’avait aidée à devenir « qui » j’étais dans une démarche nietzschéenne consciente. Il m’apprenait aussi le détachement et je lui rends grâce à l’âge avancé de ma vie d’avoir appris de lui qu’il ne faut jamais compter que sur ses propres forces, comme disait le camarade Mao à l’époque.

Bablon n’était pas maoïste, mais se tenait informé de ce qui se passait en Chine populaire, il avait des revues chinoises, j’ai dû les détruire fin juin ou début juillet quand nous craignions une descente de police qui risquait de le faire expulser de France. Nous écoutions aussi la radio de propagande diffusée depuis l’Albanie.

Je crois qu’il était surtout guévariste, il dormait souvent sur le lit de camp de l’atelier pour s’entraîner à être un bon guérillero. Pour lui, j’avais un point commun avec le Che, j’étais aussi asthmatique. Mais, Bablon n’en parlait pas beaucoup et je n’ai pas de souvenir de discours d’endoctrinement.

Il m’encourageait plutôt à être moi-même, à suivre mes propres routes, à exploiter mes propres talents. Il disait que je pouvais être une « locomotive » pour les autres.

Oui, je peux lui rendre grâce si longtemps après d’avoir continué le travail de confiance initié par mes propres parents avant lui, consolidé l’année suivante par Casamayor, qui m’avait demandé des articles pour la revue Esprit et mis le pied à l’étrier de l’écriture.

La fin de Bablon

Le 12 juillet 1968 au soir, j’avais demandé à Bablon de m’emmener à la gare Montparnasse pour rejoindre ma terre natale en Bretagne après les délires parisiens du ménage à trois depuis le retour de sa précédente compagne arrivée de Toulouse dix minutes avant que je ferme l’appartement de la rue Visconti, alors que je venais de brûler les documents politiques compromettants.

À dix minutes près, nos vies prenaient une direction différente.

Soudain, il fallait que je change d’air. J’avais besoin de retrouver la plage après les pavés. Même si je n’avais pas jeté de pavés, si j’avais seulement apporté mon aide à l’expérience d’autogestion qu’était la Sorbonne occupée, j’avais besoin de m’allonger sur le sable et de reposer mes muscles fatigués.

Plus tard, Bablon est parti vivre à Londres, j’ai servi d’intermédiaire avec les filles des îles à qui il avait confié l’atelier de la rue Visconti, nous les appelions Wallis et Futuna. Mon amie Jane, ma Calamity Jane, my Sweet Lady Jane d’Aquamarine 67, l’avait hébergé à son arrivée à Londres.

Il a voyagé très loin. Il me recontactait quand il revenait, d’Inde, de Chine, de Cuba, m’invitait parfois à déjeuner, nous retombions dans les bras l’un de l’autre, mais comme il n’était pas question de s’attacher, nous nous séparions sans état d’âme. J’étais devenue la fille libérée qu’il avait souhaité que je sois. Je dévorais les hommes comme il dévorait les filles. Mais il gardait une place spéciale dans mon cœur, il était le premier homme avec qui j’avais vécu.

Lorsqu’il avait déménagé ses affaires de la rue Visconti, il m’avait laissé sa bibliothèque politique, qui m’a servie lors de mes études à Vincennes, et quand j’en ouvre encore un, comme je l’ai fait pour ce livre, j’ai toujours un sourire en voyant apparaître au détour d’une page sa signature ample et généreuse. C’est comme s’il me disait de sa voix charmeuse : « Tu vois petit, je suis toujours là ! »

Et moi, je continue ma route, la mienne, celle qu’il m’a aidée à trouver.

Le temps a passé, j’ai quitté Paris, j’ai perdu de vue de nombreux amis avec qui j’avais été liée. Je n’ai plus jamais eu de contact direct avec Bablon.

En 1998, j’ai publié un article sur Trois jours de folie à la Sorbonne en mai-juin 68 qui commençaient ainsi : « Tant que j’aurai soif de musique, soif de justice… », un article relayé par de nombreuses publications sur Mai 68.

J’ai été contactée par un de ses cousins, qui dressait l’arbre généalogique de la famille Bablon. C’était les débuts d’Internet, il avait trouvé tout de suite mon article. J’ai su que Michel avait eu connaissance de ce que je racontais. Il n’a pas souhaité me recontacter. D’après son cousin, il s’était assagi et avait fini par épouser une fille de gendarme. Il avait une fille. Il vivait à Toulon.

Michel restait ainsi dans le Sud, au soleil dont il avait tant besoin, dont nous avons tous tant besoin, comme sa famille avait choisi Toulouse lorsqu’il avait fallu quitter Madagascar.

Mon article m’a permis d’être contactée par deux des nombreux enfants de Michel.

Un garçon me trouvait très romantique dans ma description de son père. Mais c’est encore l’image que je garde de lui après un demi-siècle. Une fille m’avait écrit parce que sa mère venait de lui dire qui était son père biologique, elle venait de trouver mon article après une recherche sur Michel Bablon.

Elle m’avait fait un courriel juste avant un Noël et c’était merveilleux de pouvoir raconter à un enfant de Bablon la belle vision que je gardais de son père. Je pouvais la mettre alors en relation avec le cousin de Michel. Elle n’a pas voulu aller plus loin. Elle avait été élevée par un beau-père qui avait été un excellent père. Elle avait les réponses aux questions qu’elle s’était posées sur elle-même, sur ses propres engagements. Elle voulait continuer sa vie avec des valeurs qu’elle reconnaissait comme venant de lui, mais sur ses critères personnels. Oui, elle était bien la digne fille de Bablon.

Le cousin a eu la délicatesse de m’informer de sa mort. Le message m’annonçant la fin de Michel m’a permis de faire le deuil de sa personne. Bablon, le guérillero du Quartier latin, le fils des rois malgaches, l’élégant baladin parisien, le grand voyageur, le révolutionnaire du Grand Soir, est mort. Son personnage fait partie de ma vie et gardera toujours une place privilégiée.

Ce que m’a appris Bablon

Bablon m’a beaucoup appris.

Que je pouvais tout faire.

Qu’on pouvait apprendre et progresser toute la vie.

Que rien n’était impossible à qui savait se servir de son intelligence et de ses mains.

Il m’a donné confiance en moi, appris à ne compter que sur moi-même, à ne pas attendre que les autres m’apportent des solutions, mais à les chercher moi-même.

Je n’ai pas mis toutes ses leçons en application tout de suite.

Mais après cinquante ans, je peux dire qu’il a été un formidable Pygmalion.

Merci Bablon !

Bablon, Casamayor, mentors

En ce mois de mai 2018, je ne me presse pas à finir le livre que je consacre à mes souvenirs de Mai 68, parce que j’aime retrouver l’ambiance de l’époque dans ce qu’elle avait de positif. J’ai oublié les crises amoureuses qui avaient pu me faire souffrir comme une bête pour ne garder que le meilleur de notre relation.

Dans ma cuisine, je vois les meubles que j’ai construits moi-même et je me dis que sans Bablon, je n’aurais peut-être jamais pensé à les faire. Il avait taillé la table et les deux bancs de l’atelier de la rue Visconti dans des troncs d’arbres, laqués ensuite à la laque glycérophtalique industrielle, du même type que la peinture utilisée plus tard sous nos yeux émerveillés par Yves Samson, mon troisième homme, en septembre 1987.

Moins bûcheronne, plus menuisière, j’ai utilisé des planches pour faire mes meubles. J’ai acheté du bois de chêne pour en garder la noblesse dans la cuisine ouverte sur le jardin. Dans mon bureau, j’ai opté pour un bois de pin des Landes traité en planches plus brutes pour garder le côté atelier qui rappelle qu’on n’est pas là pour glander, mais pour bosser sur les œuvres que nous nous sommes imposées.

Bien sûr, les talents manuels étaient dans ma famille du côté de ma mère. Mais sans Bablon, je ne suis pas sûre que je les aurais si bien exploités.

Si j’ai besoin d’un meuble, je me le fais. Si j’ai besoin d’un vêtement, je me le couds. Si j’ai besoin de réparer quelque chose, j’apprends à le faire, je n’appellerai quelqu’un d’autre que lorsque j’aurai épuisé les solutions à ma portée. En toute indépendance, parce que Bablon m’avait convaincue en 1968 que je pouvais faire ce que je voulais.

J’ai vu beaucoup de gens au cours de ma vie ne jamais oser faire ce qu’ils désiraient, prétexter que ce n’était pas possible, qu’il fallait avoir tant d’argent avant de pouvoir l’envisager.

Je n’ai jamais fonctionné sur ces principes limitatifs. Mes moyens matériels étaient limités, mais je prévoyais mes projets longtemps à l’avance et dès que c’était possible, là où d’autres auraient dépensé en loisirs l’argent imprévu, moi je l’investissais en outils et matériaux, pour réaliser enfin ce que j’avais conçu, dessiné, planifié et rêvé, parfois des années et décennies plus tôt.

Grâce à Bablon !

Un changement radical de vie

Ce printemps 2018, j’ai fait la saisie des notes du Comité d’Occupation de la Sorbonne retrouvées dans mes archives. C’est seulement maintenant que j’apprends certaines choses qu’il m’avait racontées, mais que j’avais oubliées, ou mal comprises sur le moment.

Bablon avait dû connaître la théorie castro-guévariste lors de la conférence tripartite de La Havane. Il avait vu les choses de près, in situ, sans se contenter de lire des articles ou des livres, même s’il lisait aussi beaucoup.

Bablon avait participé à la conférence de La Havane, comme Casamayor avait participé au procès de Nuremberg après la guerre, puis au Conseil de l’Europe au moment du régime des Colonels grecs, avec Constantin Tsoukalas, un de nos professeurs de sociologie de Vincennes, Tsoukalas dont le père était le Ministre de la Justice et représentait le régime. Tragédie grecque !

Ces gens qui m’entouraient avaient un regard privilégié sur le monde. On n’était pas au Café du Commerce à échanger des brèves de comptoir ni à extraire des petites phrases pour faire le buzz.

Ils m’ont appris la synthèse, l’art de dire beaucoup en peu de mots, que j’ai continué à travailler dans mon Journal au fil des décennies.

Bablon et Casa m’ont appris à comprendre les problèmes et m’ont donné l’injonction de ne jamais me contenter de la surface des choses ni de leur apparence, de toujours aller creuser en profondeur et analyser les différentes implications dans tous les champs d’expérimentation de la vie.

Cournot, Bablon, Casamayor, Tsoukalas, Lambert, Polac un peu plus tard, font partie des gens qui me permettent aujourd’hui d’écrire en liberté. Ils ont créé le terreau sur lequel j’ai pu semer mes graines et dont je peux diffuser les fruits en 2018.


cropped-gaelle_68.jpgGaelle Kermen, écrit au Printemps 2018
Kerantorec, le 19 janvier 2019


A suivre :

Mon bilan de Mai 68 pour comprendre les Gilets jaunes 2 : l’échec de Mai 68

Alloe-allez-on-ecrit : un roman collaboratif en 42 heures #2

La première session francophone d’un roman collaboratif en un week-end a eu lieu le samedi 20 et le dimanche 21 octobre 2018. J’ai raconté la semaine dernière l’essai du chapitre-test. Voici le témoignage de l’écriture d’un chapitre du roman Les mystères d’Arhane, organisé, stimulé, rassemblé, récolé, mis en forme, corrigé, formaté et compilé sur Scrivener3 par Mathieu Nicolas, admin du groupe ScrivenerFR et vaguemestre du site alloe.fr.

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Samedi 20 octobre


 Gaelle Kermen   20 octobre, 07:22

Découvrant mon personnage sur Scrivener iOS au réveil. Impressionnée par l’imagination et l’organisation cérébrale de Mathieu.

AlloePersonnage

#alloe2018 c’est reparti pour la rédaction matinale du #chapitre qui m’est alloué pour #Alloé. Cette fois les deux chattes sont venues s’installer près du support bambou qui soutient l’iPad. Ma prima ballerina impériale Thaï a même tenu à se mettre contre mon épaule, celle qui parfois est douloureuse. Soutien indéfectible de mes deux muses félines siamoises. #ThaïtheWise and #JoyofaToy dites #Thaï et #Toy

iPadThaiToy


 Gaelle Kermen 20 octobre, 13:24

#Alloé 1ère session francophone d’un roman collaborarif en un week-end : décryptage à 4 mains de deux fiches sur carte mentale.

3iPadspour2chapitre

Lise Audoin (auteur de La Grande Flourenn) m’a rejointe au bureau pour que nous analysions ensemble les fiches reçues. Je lui montre comment utiliser SimpleMind, en commençant à mettre les mots-clés sur la carte mentale de départ, comment l’exporter en TXT et récupérer le plan dans son projet Scrivener sur iPad. Ensuite nous nous séparons jusqu’au lendemain après-midi pour écrire chez nous notre propre chapitre.


La carte mentale s’étoffe. Les scènes commencent à se visualiser. Les personnages prennent de la chair et des sentiments.
Magie de l’écriture. #simplemind #alloé2018 #roman #chapitre

MindmapChapitreAlloe


Et la carte mentale devient Plan quand elle est exportée en .txt sur Scrivener…

 alloePlanTexte

Et si la carte mentale était le projet d’un livre entier, je l’exporterais en OPML et j’aurais tous les chapitres prêts à être rédigés.

Exemple sur mon Mac mini de bureau et Scrivener3.
L’opml ne marche pas sur l’iPad ou iPhone, aussi j’exporte en .txt quand je fais des articles pour mes blogs WordPress.
AlloeProjetOPML
L’export en OPML m’a été initiée par Marie Bo dans une de ses vidéos sur son blog Marie Bo Solutions. Dans mes guides Scrivener je l’appelle la « méthode Marie Bo » qui a sacrément changé ma vie d’écriture.

Dimanche 21 octobre

Quelques recherches sur l’histoire de la pollution pour préciser quelques idées au réveil.
Yoga, course pieds nus dans la rosée fraîche de la prairie au lever du soleil. Petit déjeuner solide. Et au boulot !


 Gaelle Kermen 21 octobre, 11:46

Et voila, le chapitre est écrit, en une heure et demie et 2166 mots, je crois avoir fait le tour du cahier des charges. Quand les idées sont bien préparées, la rédaction coule de source. Je peux préparer mon picnic et partir à la côte à vélo pour fêter l’événement ! Trop beau ! Excellente expérience. Merci à Mathieu Nicolas !
Je relirai en fin de journée avec Lise Audoin qui revient cet après-midi ici pour passer nos textes à l’Antidote sur mon Mac de bureau et les envoyer à Mathieu.

DossierchapitreAlloe

Je me suis fait plaisir, le titre du chapitre est L’insoumise.

En exportant la carte mentale en .txt, j’obtiens un texte qui est le plan du chapitre.
En exportant la carte mentale en OPML, j’obtiens un dossier avec plusieurs chapitres.


#Alloé2018 c’est fait, lise audoin et gaelle kermen ont participé. La fête avec un bon thé…


Bientôt le roman collaboratif corrigé !


Icone Facebook : portrait de l’auteur au bandana et panama par Martina Theis (2017)


portraitGaelleKermenparAnaLDS
Gaelle Kermen est l’auteur des guides pratiques Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, Windows, iOS et Scrivener 3, publiés sur toutes les plateformes numériques.
Diariste, elle publie les cahiers tenus depuis son arrivée à Paris, en septembre 1960. Publications 2018 : Journal 60 et Des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne.
Vaguemestre depuis 1997, blogueuse des années 2000, elle publie plusieurs blogs sur ses sujets de prédilection, l’écriture sur gaellekermen.net, les chantiers d’autoconstruction sur kerantorec.net, les archives d’un demi-siècle sur aquamarine67.net et les voyages ici ou ailleurs sur hentadou.wordpress.com.

Publication numérique : feuille de route

Récapitulation pour publier un livre sur une plateforme numérique

Démarches, documents ou information à prévoir avant la publication
Exemple donné pour Smashwords, idem pour les autres Amazon, Iggybook ou les autres plateformes en ligne, à quelques détails près.

Pour avoir les deux petits bonshommes verts souriants après conversion du manuscrit en epub, mobi, pdf, etc. il y a quelques démarches à faire. Informations données pour la France, à adapter pour les autres pays francophones.

Capture d_écran 2018-10-06 à 14.06.44
Pour qu’un fichier téléchargé soit validé sur toutes les plateformes de diffusion numériques, il faut que le résultat de la conversion sur Smashwords donne les feux verts pour AutoVetter et Epubcheck

Demande d’ISBN à l’AFNIL

  • Demande gratuite en France, indispensable pour Smashwords, recommandée pour Amazon
  • Un numéro pour chaque version numérique et broché, pour plateformes différentes
  • AFNIL : formulaire de demande d’ISBN

Création du compte PayPal pour Smashwords, Iggybook, etc.

  1. Création d’un compte PayPal
  2. Enregistrer le compte plutôt qu’une carte bancaire
  3. IBAN bancaire
  4. Attendre relevé bancaire pour insérer le code de confirmation du compte (2 ou 3 jours)

Pour Amazon : Information fiscales, prévoir IBAN pour informations bancaires


Informations fiscales

  • (pour ne pas payer 30% de taxes sur les redevances aux USA)
  • Particuliers : numéro fiscal indiqué sur avis d’imposition annuel sur site https://www.impots.gouv.fr/portail/
  • Professionnels : numéro SIRET

Demande d’autorisation de publication des photos d’illustration si elles ne vous appartiennent pas

  • Format minimum de résolution : 300dpi
  • Pour la version numérique : 72dpi

Création d’une couverture pour ebook

  • Photo résolution 300 dpi minimum
  • Taille 1600 x 2400 px au format JPG

Création d’un compte Smashwords (ou Amazon ou autre)

  1. Données personnelles ou d’affaires
  2. Photo
  3. Biographie rapide
  4. Numéro fiscal ou compte SIRET (pour ne pas payer 30% de taxes sur les redevances aux USA)
  5. Email du compte PayPal (pour percevoir chaque mois autour du 20 les redevances sur les ventes)

Création d’une fiche de livre pour Smashwords

1) Avant : vérifier que le manuscrit au format .doc

  1. ne comporte aucun en-tête ni pied-de-page (pas de pages dans un livre numérique)
  2. comporte une table des matières (sans balise de page) en Times 11 ou 10
  3. comporte des sauts de page entre les chapitres et les parties
  4. n’a pas de blancs en fin de page (vérifier avec les pieds de mouche des caractères invisibles)
  5. comporte une page de Copyright avec
  6. titre et sous-titre
  7. nom d’auteur
  8. numéro ISBN
  9. licence Smashwords
  10. ne comporte aucun lien vers Amazon

2) Préparer les documents suivants

  1. Synopsis : Long description = texte de présentation format long (4000 caractères)
  2. Short description = texte de présentation format court (400 caractères)
  3. la couverture au format 1600 x 2400 px minimum en .JPEG
  4. le manuscrit au format .doc
  5. le numéro ISBN du livre

3) Publier

  1. Conversion dans les formats ePub, mobi, PDF, LRF, html, etc.
  2. Réception de l’avis de Smashwords AutoVetter et EPUB :
  • Si deux petits bonhommes verts souriants, c’est bon.
  • Si problème sur ePub, passer le document sur Sigil qui corrigera les fautes de code.
  • Vérifier les versions epub, mobi, pdf sur tablettes et liseuses diverses.

4) Relier le livre à l’URL de la vente des versions brochées

5) Fixer le prix unique en France en bloquant le prix dans Global Pricing.


Gaelle Kermen
Kerantorec, le 6 octobre 2018 (mis à jour le 9 octobre)


Pour plus de détails sur chaque procédure, voir le guide Smashwords plus simple pour les francophones.


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portraitGaelleKermenparAnaLDS
Gaelle Kermen est l’auteur des guides pratiques Scrivener plus simple, le guide francophone pour MacWindows, iOS et Scrivener 3, publiés sur toutes les plateformes numériques.

Diariste, elle publie les cahiers tenus depuis son arrivée à Paris, en septembre 1960. Publications 2018 : Journal 60 et Des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne.

Vaguemestre depuis 1997, blogueuse des années 2000, elle publie plusieurs blogs sur ses sujets de prédilection, l’écriture sur gaellekermen.net, les chantiers d’autoconstruction sur kerantorec.net, les archives d’un demi-siècle sur aquamarine67.net et les voyages ici ou ailleurs sur hentadou.wordpress.com.

Bibliographie de Gaelle Kermen : liens universels

Bibliographie des livres de Gaelle Kermen

disponibles dans les librairies numériques depuis 2010

en liens universels permettant de trouver immédiatement la librairie en ligne qui vous convient

Liens fournis par Books2Read : https://books2read.com/links/ubl/create/


Publications 2018

Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne https://books2read.com/u/4Dlz2O

Deux versions brochées

Scrivener 3 plus simple pour les francophones books2read.com/u/31x56D

Scrivener 3.0 Introduction aux tutoriels anglais (gratuit) https://books2read.com/u/baz5j6


Publications 2017

Le Festival de Wight 70 vu par 2 Frenchies https://books2read.com/u/mBP7AA

Aquamarine Revisited édition du cinquantenaire https://books2read.com/u/mYonDY

Smashwords plus simple pour les francophones https://books2read.com/u/b62plW


Publications 2016

Scrivener plus simple pour iPad et iPhone https://books2read.com/u/me0nGV

Scrivener plus simple pour Windows https://books2read.com/u/4XKdEL

Scrivener plus simple pour Mac https://books2read.com/u/bppd6E


Publications 2011

Journal 60 http://books2read.com/u/m2v26o

Les Maquisards du Bois de Vincennes https://books2read.com/u/brG76M

Le Soleil dans l’Oeil https://books2read.com/u/bQ9XgE


Publications 2010

Le Vent d’Avezan https://books2read.com/u/mZP7pl

Au Loin un Phare https://books2read.com/u/bWze8W

Aquamarine 67 https://books2read.com/u/mVB12P



portraitGaelleKermenparAnaLDS
Gaelle Kermen est l’auteur des guides pratiques Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, Windows, iOS et Scrivener 3, publiés sur toutes les plateformes numériques.

Diariste, elle publie les cahiers tenus depuis son arrivée à Paris, en septembre 1960. Publications 2018 : Journal 60 et Des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne.

Vaguemestre depuis 1997, blogueuse des années 2000, elle publie plusieurs blogs sur ses sujets de prédilection, l’écriture sur gaellekermen.net, les chantiers d’autoconstruction sur kerantorec.net, les archives d’un demi-siècle sur aquamarine67.net et les voyages ici ou ailleurs sur hentadou.wordpress.com.