La Grande Flourenn : trois marraines pour un roman

Un roman peut être porté des années avant de voir le jour.

J’avais connu Lise Audoin aux débuts de l’écriture de son roman, dès 1994 quand la prairie de mon domaine de Kerantorec lui rappelait le paradis perdu de son enfance.

L’ambiance particulière du lieu lui permettait d’avancer dans sa quête. Elle utilisait des éléments que je lui avais racontés de l’époque où je tenais la Crêperie à la ferme de Kerantorec, qui voyait passer des personnalités comme Pierre Richard et Jean Carmet, dont j’avais reçu l’équipe lors d’un tournage dans la région. Elle avait fait de moi un personnage de druidesse gardienne des plantes et des étoiles. Dans l’escalier qui monte à ma chambre elle voyait l’accès à un donjon. Force de l’imaginaire !

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Dans la flourenn au printemps : prairie bretonne avec merisier en fleurs et grand chêne © gaelle kermen 2017

Plus tard, en 2005, elle avait aidé mon voisin-couvreur à refaire en ardoise le toit de chaume de ma maison, au-dessus du bureau et de ma chambre. Nous sommes de ces femmes qui avons choisi de vivre seule et assumons des travaux jusque-là réservés aux hommes. Elle-même autrefois avait changé toutes les ardoises du toit de sa longère, elle pouvait assister mon cousin spécialiste, alors que mon vertige chronique m’empêchait de monter sur le toit avec lui. Je préparais leur chantier au sol.

Grâce à Lise Audoin, j’ai pu vivre à l’abri depuis plus de douze ans, me sentir protégée pour écrire et publier plusieurs ouvrages.

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Petits chats dans la fenêtre de toit couverte par Lise Audoin © gaelle kermen 2017

Lorsqu’elle est venue le 20 avril 2017 demander mon aide pour réécrire son roman, qui avait reposé plusieurs années, il m’était normal de mettre à sa disposition ma formidable expérience d’écriture, édition et publication, accumulée depuis 1995 sur les sites Internet et depuis 2010 sur les plateformes numériques en ligne. Je l’ai accompagnée dans les derniers mois de sa gestation en lui prêtant mon ordinateur, le logiciel Scrivener et mon bureau. Nous avons partagé quelques repas aux discussions littéraires et humanistes bienfaisantes. Et cette année de travail d’écriture a été une des meilleures expériences de nos vies déjà longues.

Comme dans les contes druidiques, trois marraines se sont penchées sur le berceau du roman. Après Françoise Verny chez Grasset, avec qui Lise Audoin avait échangé des courriers dans les années 1995-2000, après sa sœur qui avait saisi le manuscrit sur Word et conseillé la restructure du roman, je suis la troisième sage-femme de la maïeutique littéraire de La Grande Flourenn. Je l’assiste maintenant dans sa publication numérique indépendante pour que son roman voie le jour et atteigne son lectorat.

Je suis fière et honorée de vous présenter le roman de Lise Audoin La Grande Flourenn. J’en apprécie les qualités littéraires, sociologiques et esthétiques. La langue est travaillée, ciselée, anoblie. Le décor principal est idyllique entre mer et campagne bretonnes. Les personnages sont puissants et exigeants. Le temps va des années 40 à nos jours. La vie, la guerre, la mort, l’amour, l’art, le traversent et le grandissent. Le sujet est terrible, je vous le laisse découvrir.

Lise Audoin a mis des mots sur des traumatismes vécus par d’autres. Transcendé par l’écriture, le roman justicier sera thérapeutique et résilient pour celles et ceux qui le liront dans une restauration de l’harmonie.


L’accouchement a été long et difficile. Fatiguée ce soir, mais heureuse. Le livre de mon amie Lise Audoin, La Grande Flourenn, est téléchargé pour sa sortie numérique lundi prochain en exclusivité sur Amazon. Mission accomplie de l’engagement pris il y a un an de l’aider à accoucher de son œuvre longuement portée. Le sujet est difficile, la pédophilie juvénile, il fallait le traiter avec précaution. Le texte a été ciselé, travaillé, revu, corrigé. Il est prêt à voir le jour. On a donné le meilleur de nous-même. Maintenant, il va vivre sa vie. Bien à vous !

Gaelle Kermen,
Kerantorec, le
26 avril 2018


La Grande Flourenn de Lise Audoin

Trois formats possibles sur demande :

Le roman sort le 30 avril 2018 en exclusivité pour trois mois sur Amazon Kindle au format mobi pour liseuse Kindle ou tablette Fire, mais aussi pour application Kindle sur tous supports d’ordinateur Mac, PC ou tablette iOS ou Android.

Si vous désiriez une version epub ou PDF, vous pouvez me joindre avec un justificatif de facture d’achat Amazon à cette adresse : kerantorec(at)icloud(point)com.

Une version papier sortira fin juin.


 

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Après le livre et sa publication : reflexions sur la sante en ecriture et la necessite de faire du sport pour bien vivre

Extraits du Journal de vie après l’écriture et la publication en précommande de Scrivener 3 plus simple : guide francophone de la version 3.0 pour Mac
Réflexions sur la santé en écriture et la nécessité de faire du sport pour bien vivre

Vendredi 26 janvier 2017

J’aimerais bien ne rien faire en travail pour décompresser. Je vais essayer de faire un tour à vélo jusqu’à Trenez pour m’aérer et méditer devant la mer. Besoin de voir un horizon plus large après deux mois d’intense concentration dans mon cocon laborieux. J’imagine déjà mon itinéraire, je ne peux pas passer par les chemins qui doivent être complètement embourbés en ce moment. Donc, ça va être la route ! Je visualise mon parcours.

Maintenant que je me suis arrêtée, après deux mois d’exercices intellectuels intenses, je sens la fatigue me tomber dessus. Tous mes muscles crient, épaules, nuque, bras, mains, dos, torse, cuisses, jambes, tout a été tendu comme un arc avant la décoche de la flèche. Dans ces cas-là, la meilleure thérapie, c’est de continuer à exercer le corps dans une autre activité physique. Si je m’arrêtais, ce serait beaucoup plus dur. Mais si je fais une bonne virée à vélo et que je prends l’air en oubliant les soucis et angoisses de publication, je sais que tout ira bien. Le soleil est là, le vent est tombé, j’en profite. En route avec Strava !

Samedi 27 janvier 2018 7:17 lit clavier iPad

Je l’ai faite ma virée ! Et j’en suis transformée. Physiquement d’abord, parce que les tensions se sont déplacées, j’ai toujours mal partout, mais de façon uniforme et confortable. Intellectuellement, je me sens ressourcée, renforcée dans mes convictions qu’il faut une vie équilibrée entre les efforts physiques et les efforts psychiques. J’ai eu beaucoup d’idées en pédalant, j’écrivais dans ma tête, je n’ai pas pris de notes, je sais que les phrases et paragraphes reviendront. Je ne m’inquiète pas. Je me sens bien. Fatiguée et heureuse de l’être. Ce que j’ai produit, pendant ces deux mois, depuis la sortie de Scrivener 3, le guide qui va sortir le 2 février, personne d’autre que moi ne l’a fait. Il est mon ouvrage, le fruit de mon travail. En plus, je suis la première Française à écrire un livre sur Scrivener 3, comme je l’avais fait pour Scrivener for iOS. C’est bon pour le moral.

Hier, je pensais au réveil être trop fatiguée pour travailler encore. C’est souvent dans ces cas-là que j’en fais le plus, une fois l’instant de découragement dépassé.

En descendant au bureau, j’ai vu que Smashwords avait accepté le guide dans le Catalogue Premium. Il serait donc publié chez Apple, Kobo et toutes les librairies numériques en contrat avec la plateforme de Los Gatos. Cela voulait dire que mes paramétrages de compilation en .doc avec Scrivener 3 étaient bons et remplissaient toutes les conditions d’exigence du catalogue. J’ai alors décidé de publier le module des tutoriels anglais, en permafree, en introduction à l’apprentissage du nouveau logiciel.

Là, au moment de remplir la fiche d’enregistrement du livre sur le site de Smashwords, j’ai vu que ma couverture, bâclée pour le PDF envoyé aux bêta-lecteurs, ne remplissaient pas les conditions demandées par Smashwords. Je l’ai copiée, mise sur clé USB, branchée au vieil iMac de 98, le premier iMac de l’histoire d’Apple, qui me sert toujours. J’ai ouvert Photoshop, la version antique aussi, 4 je crois, j’ai converti la taille (1400 px de large) et la définition de l’image (300 dpi). La couverture a été acceptée sans façon par Smashwords.

J’ai fait un mail à Adam, mon cher graphiste, pour lui dire que j’avais besoin de sa pâte ou de sa patte professionnelle pour harmoniser cette couverture avec les précédentes. Il était d’accord. Je passerais commande après une virée à vélo devenue vitale pour aller voir la mer et prendre l’air.

J’ai publié le module des Tutoriels anglais, sans problème avec les paramètres enregistrés dans mes Formats sur Scrivener 3, et j’avais fini à 11:29. Il était temps de partir. Je m’arrêterais à Kergroës pour prendre un sandwich et de quoi grignoter à Trenez. Il faisait beau, mais des nuages commençaient à obscurcir le ciel. Facebook m’avait avisée que la pluie arrivait et que je devais rester à l’abri !

Après avoir fait quelques achats au Proxi de Kergroës, que j’aime bien parce qu’il est à échelle humaine, j’ai tourné sur un chemin évitant la remontée après le tournant de la route de Trenez. Je restais sur le haut de la courbe de niveau, en trottinant parfois pour ne pas descendre de vélo, c’était praticable.

J’ai vu la mer. Toujours un choc dans le plexus solaire. Puis j’ai senti l’odeur particulière de la terre des champs alentours, du varech et des embruns. Arrivée au-dessus de « l’île des marches » comme l’appelait Samson dans son dessin au rotring et laque sur Canson, j’ai discuté avec une dame à cheveux gris qui remontaient la côte venant du parking de la plage, à pied, en tenant son vélo à la main. Elle n’habite Moëlan que depuis deux ans et découvre aussi la commune à vélo. Parfois elle attache son vélo à un poteau, comme j’allais le faire pour le mien, et continue à pied sur les sentiers côtiers. Je ne suis pas encore assez entraînée pour en faire autant. Elle a des jumelles et observe les Glenan, où elle est allée en avril dernier avec un naturaliste, une sortie pour l’observation du narcisse des Glenan, que je devrais faire moi aussi, pour revoir le site important d’un épisode de ma jeunesse, avec Simone Morand et ses enfants.

Nous nous reverrons peut-être au fil de nos virées à vélo. Elle habite près de Kergroës. J’étais heureuse de voir que je ne suis pas seule à faire ce genre de sortie en intimité secrète avec la nature à l’heure où les gens mangent chez eux. C’est stimulant.

Je voyais les nuages s’accumuler sur la mer, il était temps que je mange mon picnic. Je suis restée en haut, sans descendre sur la plage sud à l’abri du vent d’ouest, sur un banc dédié à la mémoire de Jennifer Lewis, 1941-2014. J’ai eu une pensée de paix pour elle. J’avais pris des photos d’en haut, la mer avait des nuances de bleu et de vert incroyables. Les vagues rugissaient. De mon banc, je voyais l’île du dessin de Samson et je rendais grâce à mon grand homme de me permettre de mieux voir le monde grâce à son œuvre. Des cormorans palabraient sur un rocher plein ouest où les vagues venaient se fracasser. Ils ne bougeaient pas, là où nous aurions été balayés comme fétus de paille dans le vent de fin de moisson.

J’ai mangé mon sandwich poulet-crudités, puis des abricots secs. Je retrouvais les habitudes que j’avais autrefois quand, à la même saison dans un chalet de montagne à Bogève en Haute-Savoie, pendant la saison des crêpes sur le bord des pistes, je partais faire des randonnées à ski de fond avec les chiens, Brasses le bouvier bernois et Reine, la grande pyrénéenne. Finalement, j’avais toujours fait du sport. C’est sans doute ce qui m’a sauvée.

Toute ma vie, sauf quand j’étais petite fille, où j’avais fini par être dispensée de gym, ce qui me rassurait bien, car j’étais terrifiée de toujours faire perdre mon équipe quand on faisait un relais. Maintenant, je pense que je pourrais en battre pas mal ; à l’époque c’était mon angoisse de faire perdre les autres. Une des raisons qui m’ont inscrite dans la solitude.

Entre le yoga depuis l’âge de 16 ou 17 ans à l’internat de Paris, suite à la lecture d’une fiche dans le Journal Elle, les séances quotidiennes de gymnastique dans une salle des Champs Elysées, quand je travaillais chez Balmain, Courrèges ou Féraud, les séances dominicales à la piscine de Pontoise, puis plus tard, du tir à l’arc et un peu de course à pied, quand le jogging n’existait pas encore et toujours, chaque été, les longues séances de nage dans la mer depuis que j’étais revenue au pays, je n’avais jamais cessé de m’exercer dès que ma santé me le permettait. Au moins, chaque matin, je faisais quelques asanas de yoga.

Certes, je n’avais jamais fait d’entrainement sportif. Mais j’avais gardé l’habitude de faire des efforts, ce qui m’a bien servi plus tard, quand j’ai décidé de restaurer et entretenir seule mon domaine, entreprenant mes Travaux d’Hercule. Le vélo, je l’avais pratiqué à Saint-Leu-la-forêt autrefois, comme moyen courant de déplacement, qui nous était coutumier et nous menait parfois en bande dans des virées post-baccalauréat jusqu’à l’église d’Auvers et son cimetière où reposaient Vincent et Théo van Gogh, un des premiers lieux de ma reconnaissance artistique, une de mes premières prises de conscience de mon besoin d’expression littéraire.

Mais le moment où j’ai décidé de reprendre un vrai entraînement physique a eu lieu il y a presque deux ans.

Je venais d’avoir 70 ans après une maladie pulmonaire assez grave dont j’étais sortie affaiblie, sans muscles, sans élan. Je me suis dit que je ne pouvais pas rester comme ça, sinon j’allais vieillir trop vite. Je voyais des gens décliner quand ils ne faisaient plus assez d’exercice., réduisant les efforts et les activités. Je ne suis pas bonne marcheuse. Je me fatigue trop vite. J’aime mieux courir ou pédaler et bien sûr nager. J’ai alors décidé de reprendre mon vélo que je prenais de temps en temps pour faire quelques courses au bourg voisin de 3 km et aller me baigner dans un port non loin à 3 km aussi. Je ne pensais pas pouvoir faire plus de 6 km par jour.

L’été de mes 70 ans, j’ai passé trois semaines à Plœmeur en Morbihan à garder le petit chat de mes enfants en vacances. J’avais emporté mon vélo pour reprendre un entraînement physique plus conséquent que ces allers-retours au bourg ou à la côte. J’ai découvert la commune à vélo. Du centre-ville où je séjournais, je rayonnais de tous les côtés. Mes buts étaient simples, j’avais envie d’aller me baigner, c’était l’été indien de septembre, et de découvrir des mégalithes. Munie des cartes de l’office du tourisme, et de l’application Cyclometer, pour avoir une idée des kilomètres parcourus, j’ai arpenté les chemins de traverse de Plœmeur, le plus souvent vers la mer. J’ai découvert que je pouvais faire bien plus que 6 km par jour, puisqu’il m’arrivait d’en faire trois fois plus et que j’étais en pleine forme ! J’écrivais le guide Scrivener plus simple pour iPad et iPhone avec une belle allégresse.

De retour chez moi, j’ai pensé qu’il serait intelligent de ma part d’explorer de la même façon ma propre commune à vélo. Comment n’y avais-je jamais pensé plus tôt ? Et j’ai commencé à me perdre dans les chemins creux. A Cyclometer, j’ai ajouté l’application Strava.

J’ai conquis une bonne santé que je n’avais jamais eue avant, qui enchante mon amie médecin, quand elle me voit arriver en tenue de cycliste à l’une des deux visites médicales annuelles auxquelles je me soumets depuis ma décision de rouler régulièrement à vélo. Je lui ai dit que je refusais d’avoir une vie médicalisée comme celle de trop de mes contemporains dépendants. Je ne suis plus en ALD, je respire bien. Certes, je reste asthmatique chronique. Je prends un traitement suffisant pour me permettre une vie normale. J’évite les réunions et les risques microbiens. Je ne saute plus au cou des gens comme une vieille médaille. Je vis mieux qu’en aucune autre période de ma vie.

Si Robert Marchand, le champion du monde cycliste qui vient d’arrêter sa carrière à 106 ans, avait commencé la sienne à 67 ans, à l’heure où ses « contemporains s’arrêtaient, commençaient à jouer aux cartes et à décliner », je pensais que la mienne, commencée à 70 ans, ne me mènerait sans doute pas aussi loin que la sienne, mais me permettrait des découvertes que jamais je n’aurais pu faire en restant assise dans une auto à voir le monde de loin en passant rapidement.

Je n’essaie pas de battre des records. J’essaie juste de dépasser mes limites. Un peu plus chaque jour. Chaque sortie est un émerveillement. Je roule dans la beauté du monde. Et j’écris, comme je l’avais promis à Vincent et Théo à Auvers… J’avais 14 ans. Je suis restée fidèle aux rêves et espoirs de ma jeunesse.

Quelques gouttes de pluie ont commencé à tomber comme je repartais. Un grain passait. J’ai pris des chemins sous le couvert des arbres pour rentrer. Quand j’ai roulé sur la route, j’ai apprécié la visière que mon réparateur de vélo avait ajusté sur le casque que je lui achetais en guide de cadeau de Noël : la pluie ne tombait pas sur les lunettes. Progrès subtil.

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Les primevères fleurissent déjà sur les bords du chemin. Après un hiver de tempêtes, le printemps se prépare dans le secret de la terre.

Gaelle Kermen,
Kerantorec, le 27 janvier 2018


Crédits

Applications cyclistes : Cyclometer et Strava

Adam Molariss, graphiste pour Indiegraphics

Alain Gouyec, marchand de cycles au bourg de Moëlan

L’île des marches, Trenez, dessin au rotring et laque sur papier Canson, 50 x 65, Yves Samson, 1987, période Kerantorec, coll. part.

Lien au nouveau guide Scrivener 3 plus simple sur Amazon

Lien au nouveau module d’introduction aux Tutoriels anglais de Scrivener 3

Lien au nouveau guide Scrivener 3 plus simple sur Smaswords

Scrivener et iPad : exemple de correction de roman

 

Beaucoup d’entre vous ont l’habitude d’utiliser le mode Révision pour faire les Corrections sur Word, OpenOffice ou Pages. Moi non. Depuis que j’utilise des outils numériques, j’ai laissé de côté beaucoup d’habitudes liées au papier. Je ne corrige donc pas de cette façon mes ouvrages ou ceux d’autres auteurs que je conseille.

L’an dernier, j’ai partagé mon bureau avec une amie qui devait réécrire son roman, un roman commencé dans les années 90, qui devait être revu et travaillé pour sortir sa « Vérité à la face du monde, sous l’œil du soleil », comme disent les Druides de Bretagne ou d’ailleurs. Je l’avais initiée à Scrivener et elle a fait un travail qui semblait impossible sur le petit notebook tournant sous Windows qu’un ami lui avait prêté. Elle devait en particulier recomposer les parties de son roman et n’y parvenait pas sur Word, c’est pourquoi elle était venue me consulter.

Elle a tout réécrit avec bonheur sur Scrivener. Au moment de la révision générale, nous avons fait la relecture du livre à l’aide de deux iPad. Comment avons-nous procédé pour cette correction de roman ?

Après la rédaction sur Scrivener pour Mac et la correction avec Antidote, j’ai enregistré le manuscrit en le compilant en plusieurs formats de lecture numérique : PDF, pour vérifier ce que donnerait le livre en impression papier, en mobi pour Kindle, pour le tester sur ma liseuse (qui a rendu l’âme au bout de sept ans, juste après), enfin et surtout en ePub pour le corriger sur iPad.

J’ai enregistré le roman sur deux iPad, mon iPad mini 4 et l’iPad 1 historique qui me sert à relire les manuscrits, parce que son grand écran est très confortable, prêté à mon amie. Chacune de notre côté avons relu le livre et l’avons annoté si une erreur de typographie ou de sens nous sautait aux yeux.

Mon amie n’est pas du tout habituée aux outils informatiques. Elle a eu un PC sous MS Dos en 1993-95, sur lequel elle avait écrit la première version de son livre, en partie chez moi, ici à Kerantorec, lieu d’inspiration pour les créateurs. Puis plus rien, alors que moi je démarrais sur Internet, elle en restait au stylo et au papier. Un fossé s’était creusé. Autant dire qu’avec Scrivener, elle passait de la 2CV à la Mercedes, comme elle me l’a dit elle-même, ou du piano-bar d’un bouge parisien à un Steinway de Carnegie Hall…

Elle a très vite compris comment on pouvait lire et annoter les points à revoir. Elle a aussi apprécié le fait d’être dans son jardin ou dans son lit et de relire son roman comme elle l’aurait fait avec un livre en papier, sauf que cette fois les annotations restaient dans la mémoire de l’iPad, nous pourrions nous en servir pour revoir la correction finale. Elle pouvait agrandir la police pour que les erreurs lui sautent aux yeux.

Nous nous sommes revues pour la dernière étape avant le formatage d’édition. Comme l’iPad 1 est connecté à mon réseau WiFi, la synchronisation a été lancée entre les deux iPad dès qu’elle est entrée dans mon bureau, les annotations se sont reportées dans le roman avec des couleurs différentes, mes annotations étaient en jaune, les siennes en rose.

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Assise à côté de moi avec l’iPad 1, mon amie m’a dicté les points à reprendre en cherchant au fil des pages les pages où un mot était souligné ou un groupe annoté. Ou en consultant le fichier des Notes. Le travail était fluide, complet, rapide, efficace.

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Il suffisait ensuite de refaire la manipulation pour une dernière relecture au cas où j’aurais fait une erreur lors des corrections, en changeant un mot, le logiciel peut en mettre un autre sans qu’on s’en aperçoive. Nous avons fait une deuxième lecture du document corrigé. Mon amie avait encore des choses à préciser, ce qu’elle a pu faire dans le document d’origine. On a lu et relu plusieurs fois. Enfin, on a décidé que c’était bon. Les fichiers ont été exportés dans les formats numériques de lecture : PDF, ePub, mobi, et d’écriture en .doc pour Word prêt pour son éditrice.

Nous avons particulièrement aimé cette aisance de lecture et de correction permise par les iPad, y compris celui qui a près de huit ans. Le travail a été facilité et beaucoup mieux fait que si nous avions imprimé les deux cents pages du livre pour le relire sur papier et l’annoter avant de reporter les notes sur le document d’origine écrit sur Scrivener, détaillé en parties, chapitres et sous-chapitres pour un repérage plus facile.

Je corrige de cette façon beaucoup plus vite qu’en comparant deux textes avec des couleurs. Je garde les flux et rythme naturels et spontanés du texte. Car les corrections n’impliquent pas seulement les erreurs d’orthographe, syntaxe, grammaire, mais aussi le style et le son unique de chaque phrase.

Gaelle Kermen
Kerantorec, le 24 janvier 2018

CampNaNoWriMo : quatrieme semaine

Le samedi 22 juillet 2017 marquait le début de la quatrième semaine du Camp NaNoWriMo 2017. J’avais prévu d’entamer la révision du projet.

Bilan des trois premières semaines

J’ai bien progressé, mais je n’ai pas fini la rédaction comme je le pensais en élaborant mon programme. Le long week-end du 14 juillet a vu plusieurs passages chez moi qui ne m’ont pas laissé autant de liberté d’écrire qu’en temps normal. Ma concentration n’est jamais la même quand je suis seule, qu’il y a du monde chez moi ou que je suis interrompue dans mon élan.

Je n’ai donc pas fini la rédaction que je pensais terminer en fin de troisième semaine. Je voulais revoir l’ensemble du livre en fin de Camp, il me faudra reporter cette tâche au mois d’août, ou plus tard après avoir laissé reposer le projet.

Je dois écrire encore bien des chapitres prévus au plan de départ réfléchi sur la mindmap (carte mentale ou heuristique en français). Et comme une idée en fait jaillir une autre, j’ajoute de nombreuses pages au projet dans le classeur de Scrivener for iOS.

Pourtant, il ne faut jamais s’inquiéter de ne pas écrire tous les jours. Après le 14 juillet, j’ai repris l’écriture et la courbe du projet sur le site du Camp NaNoWriMo a repris de la hauteur.

Lors d’une nouvelle interruption forcée le jeudi 20 juillet pour aider une amie à corriger son manuscrit, je n’avais rien pu écrire sur le livre. Le vendredi 21, je lui ai montré comment revoir elle-même tout le roman, je l’ai laissée se débrouiller, j’ai pu me remettre à l’écriture. Entre le matin et le soir, j’ai écrit plus de 3 000 mots et dépassé les 22 000 mots du projet.

Ce temps suspendu a permis aussi au livre de s’approfondir, comme une maturation. Il semble acquérir sa vie propre, son souffle personnel. Je le trouve moins sec, moins injonctif, moins formaté, plus discursif, plus anecdotique, plus vrai. En fait, dans nos échanges, oraux ou écrits, ce sont les histoires qu’on se rappelle. On peut écouter ou lire une démonstration intéressante, mais c’est l’histoire racontée par le conférencier ou l’écrivain que le cerveau ludique mémorisera. Aussi, je lâche les chevaux, je les laisse aller où ils veulent en fonction du thème choisi dans chaque chapitre et sous-chapitre. Et l’écriture devient facile, logique et euphorisante.

J’allais oublier de parler de Virginia Woolf dans le chapitre sur l’environnement de travail que je croyais avoir fini quand je suis descendue déjeuner avec mon amie pour que nous reprenions des forces entre nos écritures parallèles, elle en bas, moi en haut. Et bien sûr, en écrivant sur Virginia, je suis arrivée à Vita, à sa writing-room si bien organisée dans la tour du château de Sissinghurst, dont les jardins restent une source d’inspiration pour le mien.

Ce concept de chambre d’écriture m’est cher depuis des années et j’ai enfin réussi à construire moi-même le cadre de la mienne. Je peux désormais transmettre mes secrets de construction et mes bonnes habitudes qui me permettent de gérer tant de choses avec peu de forces, encore moins de moyens matériels, mais beaucoup de stratégie, d’inventivité et de créativité. Pour beaucoup de bonheur.

Se soutenir dans l’écriture

Certains Camps NaNo se font en réunion de plusieurs écrivains dans un lieu comme une bibliothèque ou un café. La stimulation est réelle. On peut échanger ses points de vue, se soutenir, s’inspirer. Le site du NaNoWriMo propose de s’inscrire en ligne. C’est plus facile pour les Américains, mais je sais que ça existe aussi à Paris.

Chez moi, c’est un mini Camp. En bas, dans mon bureau, une amie travaille à son roman. Moi, je suis en haut dans mon lit, parce qu’il pleut et que je ne peux pas être dehors, j’avance le projet de mon essai sur la Vie créative plus simple. Nos échanges se font à l’occasion d’une interruption pour manger un peu et nous réhydrater après une session d’écriture matinale, rien d’obligatoire pour ne pas déranger l’autre, ou lorsque mon amie s’en retourne dans son village au bord de la mer. Nous respectons nos travaux mutuels. Nos discussions sont le plus souvent littéraires. Et l’inspiration surgit parfois…

Ce dimanche, Scrivener for iOS me signale que mon projet a dépassé les 26 000 mots. Je dépasserai sans doute les 27 000 dans la journée. Il pleut, c’est bien d’écrire, pendant que les bassins se remplissent,  le jardin reverdit, les plantes revivent.


Et le site affiche une flèche sur le rouge du centre de la cible. Le but est proche !

Belles écritures estivales !

Gaelle Kermen, Kerantorec, le 23 juillet 2017

Trouver un lieu de Camp ou de NaNoWriMo pour travailler aux côtés d’autres auteurs : http://nanowrimo.org/local-volunteers

Camp NaNoWriMo : changer ses objectifs de projet

En standard, par défaut, sur le site du Camp NaNo de juillet ou lors du mois de novembre NaNoWrimo, le réglage du roman prévu pour un mois d’écriture est de 50 000 mots, soit l’équivalent d’un roman comme The Great Gatsby de F. Scott Fitzgerald (Gatsby le Magnifique). 50 000 mots représentent un roman de 200 pages environ, si on se base sur une page de 250 mots. Ceci varie selon les éditeurs et les paramètres de formatage. Ce n’est qu’une base de références.

Changer les objectifs du projet
Cet objectif élève le nombre de mots à écrire chaque jour à 1600 mots. Si on ne se sent pas confortable avec cette session d’écriture quotidienne, si on n’a pas assez de disponibilité dans l’emploi du temps, mais qu’on veut quand même aller au bout de son roman ou essai, on peut changer ses objectifs de projet. Il vaut mieux changer ses prévisions que de renoncer à son projet.

On le fait dans le champ Goal des paramètres du projet. Le site fera tous les calculs et graphiques en fonction de ce paramètre.

Personnellement, je n’aime pas me mettre de pression. Au bout de quelques jours, j’ai abaissé mes prétentions de 50 000 mots à 31 000 pour un objectif moyen de 1 000 mots quotidiens. Il n’est pas impossible que je remonte le total d’objectif du projet en fin de semaine puisque j’avance bien désormais. Je le fais sur Scrivener en cours de rédaction d’habitude, quand je vois que j’ai encore des choses à dire. Sinon le logiciel de bureau me signale régulièrement que j’ai dépassé mes objectifs. Le faire sur le site du Camp donne un cadre public à mon engagement.

Pour l’instant, 1000 mots en période estivale de vacances me sont possibles. Quand on habite dans une région touristique comme la Bretagne, on peut être interrompu dans son travail par des gens en vacances. Je limite les visites, mais parfois j’en accepte et ça change tout mon programme.

L’important est d’être régulier et un peu obstiné. Car, une fois qu’on est dans le vif de la rédaction, les idées viennent, s’entrechoquent et on n’est satisfait qu’après les avoir couchés sur la page du traitement de texte, ou de Scrivener for iOS si on a la chance d’utiliser l’outil nomade si pratique.

Valider son projet sur le site du Camp

Au 20 juillet, il devient possible d’enregistrer son texte dans le compteur de mots qui s’affichent sur le site du Camp NaNoWriMo à côté du compteur de mots du projet et de Update.

Alors s’affiche la fenêtre qui permet de copier le fichier entier pour en faire le décompte des mots écrits au cours du Camp NaNoWriMo. Le texte n’est pas conservé par le site, j’ai juste pour compter et valider le projet en tant que Winner (Gagnant-e).

Belles écritures estivales !

Gaelle Kermen, Kerantorec, le 23 juillet 2017

Tableau d’équivalence entre le nombre de mots et le nombre de pages à consulter sur l’article http://www.aproposdecriture.com/combien-de-mots-doit-compter-un-roman. Ce barême n’a pas de valeur absolue, tout dépend des éditeurs et des formatages adoptés.

Le nombre de mots se trouve en bas des pages en cours sur les traitements de texte ou dans Révision, statistiques, etc.

On ne doit pas confondre le nombre de mots avec celui des caractères (espaces comprises). Les deux s’affichent dans les statistiques. Un feuillet de journaliste se calcule en caractères, non en mots. Ici, dans le projet du Camp NaNo, on compte en mots.

Camp NaNoWriMo

il y a cinquante ans : bob dylan a l olympia

Début du cahier #3 Le soleil dans l’oeil 1966-68

bob dylan on stage olympia 66

dylan2

freefallin’

c’était le jour de son anniversaire

Robert Zimmerman venait d’avoir quel âge c’est très simple il est né le 24 mai 1941 à Duluth Minnesota tout le monde savait ça
donc aujourd’hui c’était le 24 mai 1966 il avait 25 ans et tout le poids d’un monde croulait déjà sur ses épaules étriquées
il devait chanter le soir même
l’histoire se passait à paris
pour être exact sur la scène de l’olympia

je n’ai jamais rien vu de plus gracieux que bob dylan sur la scène
ces longs gestes des bras dans l’air
ces entrechats ébauchés
ces sourires fragiles et cette chevelure frissonnante
son corps mince et ondulant sous la musique

desolation row
la recréation permanente de ses chansons sur la scène nous déconcertait tant
nous qui avions l’habitude d’entendre d’autres accords
c’était facile de dire qu’il n’était pas à sa hauteur sur une scène
mais il était plus fort que nous plus génial que tout
seulement il n’a pas de cadres
et nous nous en créons par faiblesse ou facilité

il caressait son harmonica languissamment nonchalamment passionnément soudain comme on caresse comme on embrasse une femme
ces reprises qui arrachent le cœur
bob dylan assis au piano
ballad of a thin man
and something is happening here but you don’t know what it is
do you mister jones
le piano les accords plaqués avec fureur et désespérance
dylan trépignant comme un gosse qui a envie de casser son jouet parce qu’on lui avait promis un bonbon ou un chou à la crème et qu’il ne l’a pas eu
criant dans le micro son écœurement de ne pas pouvoir croire les autres
ceux qui parlent ceux qui promettent ceux qui sont sûrs d’eux et de ce qu’ils disent
un truc contre l’olympia porno et putain contre coquatrix contre hugues auffray et les autres
tous ceux qui étaient venus le voir l’entendre comme on va au cirque sans comprendre
il est vrai que
the circus is in town
payer pour assister à une chute libre
ce n’était plus bob dylan’s freewheelin’ mais bob dylan’s freefallin’

il y a des gens comme ça qui se détruisent systématiquement avec une ténacité lubrique
n’est-ce pas jean-françois ou michel cournot
ou même moi

il y a des gens qui font tout ce qu’ils peuvent pour se faire détester en embêtant farouchement les autres tout ce qu’ils peuvent pour se faire foutre à la porte sous prétexte de sélectionner les gens intéressants mais en espérant jusqu’au bout qu’on les gardera et qu’on finira pas les aimer
mais des gens comme ça c’est gênant c’est crispant ça vous use en un rien de temps ça vous tue même parfois alors on les fout à la porte et après ils trainent leur désespoir et gémissent sur eux-mêmes mais ils refusent de se mettre à la hauteur des gens
ça s’appelle ne pas faire de concessions

bob dylan devant le micro
ses copains complices derrière lui
dylan debout les jambes emmêlées
un bras en l’air
il parle de moto
the motorcycle black madonna

c’est beau une moto

il saute comme un gamin
il tressaute dans les vibrations et nous on sursaute parce qu’on ne comprend pas
il gueule et dégueule
on n’entend rien
il pousse la sono au maximum et il se marre
il s’amuse tout seul ou se raconte des histoires assez marrantes qu’il confie à son adorable petit minet de guitariste qui se marre avec lui

nous on n’est plus dans le coup
on n’est plus là
qu’est-ce qu’on fout là
on aurait dû aller ailleurs ou manger un couscous dix couscous soixante mille couscous plutôt que d’assister à la chute apocalyptique d’un pantin désarticulé

on aurait dû aller se coucher plutôt que de subir les claques délirantes d’un type qui ne dit plus rien qu’est presque raté d’ailleurs il est drogué alors

et la râlance ma jolie comme m’a écrit michel cournot qu’est-ce que ça vaut

bob dylan c’est grand c’est ample c’est toujours aussi beau ça reste toujours plus haut que la râlance mesquine

bon dylan il a tout à dire
et il dit tout
mais pas ici
pas devant ces gens qui ne peuvent pas suivre ni saisir parce qu’ils n’ont jamais été concernés
pas devant ces gens qui ont payé entre quatre mille anciennes balles et plus dont toi ma jolie entre autres et c’est bien fait pour nous y avait qu’à pas faire ça

lui il s’en moque il est plus grand que nous
bob dylan c’est grand comme une cathédrale comme une forêt comme un océan
c’est ample comme le vent de la mer bien sûr
bob dylan même dans la chute ça a du souffle
dylan c’est aussi grand que du wagner et aussi beau que du beethoven
d’ailleurs tenir une scène avec une telle silhouette fuyante presque éphémère
il faut pouvoir le faire

l’intangible de dylan
on croit le suivre le saisir
déjà il est plus loin
il se donne à autre chose
il est un pas en avant
un ton plus haut
il fuit avec un clin d’œil et se cache derrière un pied de nez

oh et puis zut à la fin c’est obsessionnel
j’aime bob dylan depuis un an
je n’ai jamais aimé quelqu’un si longtemps

malin ça

j’ai encore l’impression de flotter sur ses vibrations électriques du concert de l’olympia
ses accords déchirants cernent ma tête et m’entraînent
sooner or later one of us must know
quoi je ne sais pas
où je n’en sais rien
mais c’est là évident
incompréhensible

et très grand

dylan délirant et déchirant incisif et acéré

Notes sur le concert du 24 mai 1966 à Paris, salle de l’Olympia, retranscrite cinquante ans plus sur ce blog

Bon anniversaire, Maître Dylan !

gaelle kermen
kerantorec, 24 mai 2016

Un article écrit sur mon site perso le 24 mai 1998

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pourquoi je ne lirai plus de polar mais j’ai suivi la voie du bateleur

Après les carnages de Charlie Hebdo et du Bataclan, j’avais décidé de ne plus lire de romans policiers, de thrillers gore, dégueus, qui contribuent à la noirceur de notre inconscient collectif. Mais j’ai rencontré La voie du bateleur et je l’ai suivie…

La voie du bateleur de Zabe Quinez, Amazon, 2015, format Kindle ou broché

Depuis les années 80, j’ai lu beaucoup de romans policiers dans leurs versions culturelles, historiques et ethnologiques. J’ai lu tous les Arthur Upfield (sur les aborigènes australiens), lu, et relu en version originale, tous les Tony Hillerman (sur les Indiens navajo et hopi à la frontière du Nouveau Mexique), lu et relu certains en V.O. tous les Lilian Jackson Brown (The Cat who, le Chat qui…), lu aussi la plupart des Robert van Gulik (le Juge Ti), tous les Dona Leon (Commissaire Brunetti à Venise) en V.O. au fil de leurs sorties, bien sûr les classiques Agatha Christie, Arthur Conan Doyle, ou les Ruth Rendell et autres romancières anglaises, et un de mes plus chers héros, Brother Cadfael d’Ellis Peters, moine herboriste du XIIe siècle anglais.

Depuis six ans que je lis sur Kindle, j’ai lu quelques thrillers. J’en ai apprécié quelques uns, comme Au coeur du Solstice et les Pierres couchées de Jacques Vandroux, ou les polars mayas de Cécile Chabot, Le cycle de Xhol.

Mais, lorsque j’ai lu la scène de carnage dans Notre-Dame de Paris du Projet Anastasis de Jacques Vandroux, avec tous les détails sur la façon dont le meurtrier pouvait s’échapper sans risque en démontant tranquillement son matériel, j‘ai eu un flash, une vision d’horreur, j’ai vu la scène se passer, je savais que ça allait arriver. Et j’ai eu peur qu’à force de décrire ce type de scènes elles deviennent réelles comme « le Verbe se fait Chair », comme s’incarnent les formes-pensées, comme le mal attire le mal.

J’ai eu cette vision le 30 décembre 2014. Le 7 janvier 2015, c’était le carnage à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher, le début de l’horreur devenue quasi quotidienne.

Quelques semaines plus tard, j’ai lu le même genre de scène, se situant encore à Notre-Dame de Paris, dans un roman de Nick Stephenson, Wanted.

Ça suffisait. Ce n’était pas bon pour mon karma personnel de lire des choses aussi abominables, d’entretenir dans mon mental des visions abominables, ça ne m’apprenait plus rien. Je contribuais moi aussi à la noirceur de notre inconscient collectif. Il n’était pas sain de se délecter d’une lecture qui devenait aussi cruelle réalité.

J’en avais assez. J’avais l’impression de lire toujours le même livre. Tout le monde écrit des thrillers ou des polars dans tous les domaines.

La lecture est une grande part de ma vie. Je ne lis pas pour passer le temps, je lis pour me nourrir, respirer, apprendre, voyager, comprendre comment vivent les autres, ailleurs ou tout près, découvrir des horizons inconnus ou revoir des paysages connus, je lis pour me cultiver, souvent pour rêver et oublier mes propres difficultés, parfois pour me reconstruire, m’améliorer, toujours pour tenter de progresser.

J’ai beaucoup appris en lisant les livres dont je parle plus haut. La littérature a constitué le fondement essentiel de ma culture générale.

Mais je n’ai pas besoin de savoir comment on démonte une kalachnikov pour passer inaperçu dans le métro.

J’ai donc décidé que je ne lirai plus de romans policiers trash, gore, destroy, sordides, dégueus, nauséabonds. Et si je me suis encore laissée piéger par trois ou quatre autres romans du genre, maintenant je dis non !

A fortiori depuis le 13 novembre 2015 à Paris, depuis le stade de France, les terrasses du XIe, le Bataclan, je hurle non !

Je veux lire désormais des écrits plus positifs.

Tout cet hiver, j’ai lu la série des Maigret de Georges Simenon, les 103 romans de la série, l’hiver est la période de lecture idéale sous la couette ou au coin du feu, quand le temps ne permet pas de travailler dehors. Je me sentais bien quand je terminais un ebook. Je ne sortais pas salie de ma lecture, poisseuse, ni nauséeuse, comme après celle des romans violents et déprimants. Retrouver un Paris connu dans les années 60-70 était un vrai régal sociologique, un régal littéraire, un régal culinaire. Comme boire un bon vin ou faire un bon repas entre amis chers.

Que lire après un tel voyage dans le temps entre la fin des années 20 et le début des années 70 ?

Que lire pour fêter ce printemps qui illumine la nature qui m’entoure ?

J’ai trouvé la proposition printanière de Zabe Quinez sur sa page Facebook. J’ai suivi la voie du bateleur. Et j’ai bien fait !

Voie du bateleur par Zabe Quinez

Car, oui, je sors de la lecture de La voie du bateleur revivifiée, heureuse de vivre, joyeuse comme les oiseaux qui ce matin à 6:44 m’indiquaient que le soleil allait se lever.

Zabe Quinez restitue une vie belle, simple, saine, sensuelle, où j’ai envie de me replonger, sans craindre d’être souillée et dégradée par des éclaboussures de sang et d’ordures. Une vie où l’amitié a un sens, où la réflexion sur les affaires en a un aussi. La façon d’enquêter de son héros est intelligente. On pourrait dire qu’elle est spirituelle, dans le sens initiatique du terme puisque le héros suit la voie du tarot de Marseille, dont il fait une analyse précise et fidèle, celle des symboles qui permettent de descendre en soi, de découvrir le sens caché du chemin.

Il se trouve qu’un des livres les plus précieux de ma bibliothèque est Le tarot des imagiers du Moyen Âge de Oswald Wirth, de la fin du XIXe siècle, dans la réédition de Tchou éditeur, 1966, qui m’a bien accompagnée à certaines époques incompréhensibles de ma vie.

Tarot Oswald Wirth

Alors quand Zabe Quinez décrit le jeune homme échappé de l’hôpital avec son chapeau en infini et ses couleurs dépareillées, oui, je l’ai suivi, sans hésiter…

Je n’en dirai pas plus sur l’histoire, elle rappelle un certain jeune homme bigouden qui essaie désespérément de se défendre contre les gros requins du grand banqueditisme…

Un roman sans mort ni kalachnikov. Oui, c’est possible. En fait, ce n’est pas un roman policier, mais un roman justicier… Une façon de restaurer l’harmonie dans un chaos imprévu.

À chacun de suivre la voie des lames. Moi j’y crois et je vais lire le deuxième tome de la deuxième lame, Les sources de la Papesse, comme je lirai les vingt prochains tomes issus des vingt-deux lames des arcanes majeurs du Tarot, prévus par l’auteur. Une belle façon d’enquêter, originale, précieuse, respectueuse. Avec une écriture simple et sobre, sans effet de style. Tout ça sur le fond des marchés de Provence. Comme une chanson du Bécaud de mon enfance. Avec des recettes qu’on peut trouver sur le site de l’auteur : La voie des lames, l’épicurisme sans prise de tête.

Ouf ! ça fait du bien.

Beau printemps et belles écritures !
Gaelle
Kerantorec, 22 mars 2016

P.S. Non, je ne lirai plus de polar, la réalité est trop dure. Au moment où j’écrivais ces lignes, des explosions avaient lieu à l’aéroport et dans le métro de Bruxelles en Belgique. La joie matinale de la lecture a été anéantie par les insupportables nouvelles. Ne restent que les larmes, impuissantes. Les lames XIII et XV sont sorties ce matin. La Mort et le Diable.

Au moins, Zabe Quinez n’a pas contribué à l’égrégore anxiogène, mais a fait sa part du colibri pour apporter un peu de joie et de bonheur dans le monde littéraire. Merci !

La voie du bateleur

***

ScrivenerSimpleCover

 

Gaelle Kermen est l’auteur de Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, publié par ACD Carpe Diem, 2016.

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