50 ans après Mai 68 #2 : le réussir en 2018

Les valeurs de l’état ne sont plus garanties

L’élection présidentielle nous obligeait à voter Emmanuel Macron pour faire barrage à l’extrême droite incarnée par Marine le Pen. Quiconque osait ne pas l’affirmer était rejeté dans les bas-fonds, balayé vers les caniveaux, moqué, vilipendé, ostracisé, nié.

Un an plus tard, je suis convaincue que Marine le Pen n’aurait pas pu faire pire. Elle avait le mérite d’avancer à visage découvert. Nous connaissions l’ennemi. Le président des très riches a avancé masqué, il a toujours eu un discours biaisé, truqué et déloyal vis-à-vis du peuple piégé. Un peuple, abruti par des médias vendus au capital, mais quand même subventionnés par l’argent public, a été convaincu de voter pour le Premier communiant au motif qu’il fallait empêcher l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir.

Comme je ne me laisse pas influencer par les organes de presse officiels, je n’ai pas suivi cette analyse fallacieuse. J’ai donc voté deux fois pour Jean-Luc Mélenchon aux deux tours de l’élection présidentielle. J’avais gardé son bulletin de premier tour. Je savais que mon bulletin serait nul, mais je serais au moins en paix avec ma conscience, la seule à qui j’ai des comptes à rendre.

Quand je vois les horreurs perpétrées au quotidien par un président illégitime, je me réjouis de n’avoir pas voté pour lui. Et si Mélenchon m’avait demandé de voter pour Macron, je serais moins laudative que je ne le suis en ce moment.

Pour empêcher un mal possible, on nous a imposé un mal abusif. Les médias ne sont plus fiables. Les valeurs de l’État ne sont plus garanties. Il est temps de réagir.

France, réveille-toi, le vieux Monde est derrière toi !

La diversité est une richesse

Qui connaît un peu l’Histoire sait que la France s’est construite sur l’immigration. Le monde s’est construit sur l’immigration. L’humanité s’est construite sur l’immigration.

Le repli sur soi est solution temporaire de survie, mais à terme assurance de sclérose et de mort. Sans diversité, un milieu s’appauvrit et finit par disparaître.

En rejetant nos semblables, nous nous condamnons à mourir. En les acceptant, en les accueillant, en les protégeant, c’est nous-mêmes que nous secourons. La diversité est la richesse du genre humain comme des règnes animaux ou végétaux.

Je viens d’une famille nombreuse. Mon père gagnait peu d’argent, 600 francs selon mes souvenirs avant Mai 68, petit employé de surveillance à la librairie Hachette et aux Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne, il en gagnait plus de 1 000 francs après les accords de Grenelle. Rien que pour ce changement de niveau de vie matérielle, je peux témoigner que Mai 68 a été une avancée sociale majeure dans l’Histoire de la France.

Mais l’argent n’était pas le principe premier de la famille. Maman disait quand nous amenions des amis et amies à la maison : « Quand il y en a pour quatre, il y en a pour cinq ! Quand il y en a pour huit, il y en a pour dix ! »

J’ai retenu la leçon. Le partage est toujours plus que la somme de ce qu’on croit posséder. Le partage est source de richesse et non d’appauvrissement.

Voir la vie à l’aune de la mathématique est se limiter avec aigreur.

Partager le peu qu’on a est un bonheur sans frontière.

Le sinistre de l’Intérieur calcule que l’afflux des migrants représente la valeur d’une ville chaque année.

Je doute que ses calculs soient valables. La vie humaine ne se résume pas à des calculs économiques. Elle est plus généreuse que la stricte comptabilité, qui ne fait que mesurer des moyens matériels au mépris des formidables forces spirituelles qui peuvent se libérer si on ne bloque pas les flux d’énergie.

On ne calcule pas ce qu’on partage. Et on trouve ce qu’il faut pour nourrir ses proches et ceux qui en ont besoin. Quel que soit le niveau de revenus, on peut se débrouiller.

Comment rejeter nos semblables ? Nous sommes frères et sœurs d’une même planète. Nous ne sommes pas obligés de vivre tous ensemble, toujours, mais nous pouvons au moins respecter les autres pour nous respecter nous-mêmes. C’est une garantie de survie.

Il s’agit de remettre l’imagination au pouvoir, car laisser les technocrates et les oligarches s’en occuper, c’est aller au casse-pipe comme en Grèce. Si nous laissons la situation actuelle aller au bout de sa logique, nous allons vivre comme les Grecs dans très peu de temps.

Honte à celles et ceux qui nous gouvernent en prétextant le contraire.

Mais cela ne peut pas se prolonger indéfiniment. Un jour, il faudra rendre des comptes.

Quand une situation est mauvaise Il faut la changer

J’ai l’impression d’être encore dans les années 1950 quand j’entrevois ce président cinquante ans après les événements de Mai 68. Nous avions l’histoire derrière nous avec le Général De Gaulle. Il incarnait encore la Libération du pays et, même si dix ans de pouvoir suffisaient, nous gardions du respect pour l’homme qui incarnait l’État en une majesté bien comprise.

Là, quel respect pouvons-nous avoir devant le Premier communiant des années 50 ?

Lui qui dit des énormités injurieuses à chaque intervention non écrite par une plume négrière.

Lui qui croit faire des bons mots sur le dos des Comoriens, des gens qui ne sont rien, des ouvrières illettrées, des fainéants ou des envieux.

Lui qui semble chaque fois si satisfait de lui-même qu’il en devient stupide.

Que va devenir notre pays en de si mauvaises mains ?

Les forces de l’ordre, que l’on voit partout désormais, vont-elles longtemps continuer d’appliquer des ordres odieux contre les étudiants ou les zadistes ?

Un État qui traite si mal sa jeunesse perd le peu de légitimité qu’elle semblait avoir.

Quel crédit pouvons-nous accorder à un président aux dents longues qui parle d’optimisation fiscale quand on l’interroge sur la fraude et l’évasion des capitaux ? Quel respect accorder à quelqu’un qui a toujours trahi, ses amis comme ses propres engagements ?

Quand une situation est mauvaise, il faut la changer.

En Mai 68, il semble que les forces de l’ordre aient résisté aux ordres, dans l’armée et la police. On a évité des drames.

En mai 18, que les forces de l’ordre se réveillent ! Il est temps de tout arrêter. On peut s’étonner qu’il y ait un tel budget pour les équipements des forces de l’ordre quand il n’y en a pas assez pour les hôpitaux ou les maisons de retraite. Quand on dira aux policiers, qui attaquent les universités, les gares et les ZAD, qu’il n’y a plus d’argent pour payer leurs primes, peut-être même pour payer leurs salaires, ou garder leur statut spécial, j’espère qu’il se réveilleront ! On entend déjà des grondements.

Insoumission et résistance doivent être les maîtres-mots pour nous sortir de cette situation qui va être dramatique si on continue sur cette lancée.

Comme disait Gébé dans L’an 01 : « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ! »

En Mai 68, les jeunes se sont rebellés. Les ouvriers ont suivi. Les syndicats ont négocié. Les salaires ont augmenté. Une quatrième semaine de congés payés a été accordée. La vie a changé. Les relations humaines se sont modifiées.

Un slogan des manifestations du printemps 2018 est : « Quand tout sera privé, nous serons privés de tout. »

À quoi servira l’État quand tout aura été privatisé ?

Quand tout sera privé, sera-t-il possible à un dictateur d’acheter aussi l’État pour le privatiser ?

C’est l’autoroute que nous lui déroulons, si nous laissons faire ces privatisations généralisées de nos services publics.

Il faut se battre contre les iniquités de ce nouveau régime monarchique.

Le général De Gaulle, avant d’être le sauveur de la France, avait été hors-la-loi sous le régime de collaboration du maréchal Pétain. Ce fut le cas de Nelson Mandela et d’autres combattants des luttes pour leurs pays.

Ne l’oublions jamais : avant d’être légitime, il faut parfois résister au pouvoir en place. Il est temps de se réveiller de ce cauchemar.

Vive Mai 2018 !

Élément déclencheur : l’intervention des CRS dans l’Université

Pour qu’il y ait révolution, il faut un élément déclencheur.

Les violences policières ont été l’élément déclencheur des événements de Mai 68. Elles ont choqué tout le monde, les voisins des quartiers des barricades, les ouvriers dans les usines, tout le monde s’est senti concerné et tout le monde a réfléchi à ses conditions de travail et de vie.

La grève générale a été suivie par dix millions de salariés qui ont réussi à faire plier le régime, à le faire asseoir à une table pour obtenir des acquis sociaux sur lesquels le Premier communiant des années 50 entend revenir par ordonnances et pressions multiples dans tous les secteurs d’activité.

Lorsque je me suis inscrite à la fac de droit d’Assas en octobre 1964, la documentation jointe à mon carnet universitaire expliquait que seul le doyen de l’Université pouvait faire entrer les forces de l’ordre dans les bâtiments.

J’avais été surprise qu’on envisage de faire entrer la police à la fac.

Pour nous, ce n’était pas envisageable. L’Université et l’Église étaient des zones protégées, des asiles de sécurité.

Aussi, à Nanterre en janvier 68, les étudiants sont-ils devenus « enragés » quand ils ont vu entrer des CRS dans l’Université.

L’occupation de la tour s’est organisée spontanément le 22 mars à cause de la mobilisation policière impressionnante dans les locaux.

Plus tard, le doyen Grappin ferme l’université le 2 mai.

Le 3 mai, rendez-vous est donné à la Sorbonne, pour une Assemblée Générale.

Le doyen appelle encore les forces de l’ordre. Et tout explose ! Plus rien n’est maîtrisé. Rien n’avait été prévu par les dirigeants étudiants. Tout est spontané.

Comme à Nanterre en janvier, à l’entrée des CRS une manifestation spontanée se déclenche près de la Sorbonne, appuyée par les lycéens qui sortaient du lycée voisin, Louis le Grand.

Le soutien de la population locale confirme la thèse guévariste de la guerre de guérilla.

La femme du proviseur de Louis-le-Grand me le racontera l’été 69 lors du mariage d’une amie d’enfance au Pouldu, dont j’avais créé la robe. Ils avaient rouvert les grilles pour faire entrer les manifestants.

En 1973, lors d’une retraite d’écriture dans une abbaye savoyarde, une nonne de la Congrégation religieuse non loin du Pot de fer me racontera la nuit du 10 mai dans le quartier autour de la rue Gay-Lussac, lorsque les portes de la chapelle avaient été ouvertes pour que les étudiants puissent se mettre à l’abri des violences policières. Ils avaient respecté l’office des matines des moniales.

Les deux militants du Comité d’Occupation de la Sorbonne, Rabinovitch et Bablon, précisent bien qu’ils n’ont pas supporté de voir la police à la Sorbonne ! Certes, ils étaient engagés dans le militantisme depuis la guerre d’Algérie, mais cette vision leur était intolérable. Les CRS à la fac étaient le symbole de l’oppression. On ne pouvait l’accepter.

Le problème au printemps 2018 est que les violences policières sont devenues la norme quotidienne et que la population est en état de sidération. Que certains trouvent cela normal me choque encore plus ; cela veut dire qu’on s’habitue à l’anormalité des comportements, chemin rapide vers une dictature acceptée, vers une servitude volontaire.

Chaque jour, je visionne en direct les vidéos tournées par une jeune zadiste courageuse, Armelle Borel, juriste, qui nous montrent et nous expliquent le quotidien de l’occupation policière du bocage. Je suis scandalisée. Mais certaines personnes trouvent cet état de fait normal !

Non, cela ne peut pas être normal.

Victor Hugo déclarait à l’Assemblée législative en avril 1851 après le coup d’État du petit Napoléon : « Ce gouvernement, je le décris d’un mot : la police partout, la justice nulle part ! »

C’est devenu un slogan de Mai 2018 : « Police partout, Justice nulle part. »

On en est au même point. Nous avons un petit Napoléon, qui, souffrant d’un complexe d’impuissance, ne peut s’imposer qu’en faisant appel à des forces policières.

Pour en finir avec Mai 68 ? Le réussir en 2018 !

Dans le Gardian, journal de la presse anglaise qui n’est pas à la solde du pouvoir français comme le sont les organismes de presse en France, je vois une équation :

Fillon + Le Pen = Macron

On voulait éviter les deux premiers.

On a les trois pour le prix d’un.

Mai 68 n’était qu’une crise adolescente, la maladie infantile du capitalisme. Maintenant que le néo-libéralisme nous étrangle, il est temps de tirer les leçons de l’histoire.

Je suis étonnée qu’il n’y ait pas plus de débordements dans les manifestations.

Je suis surprise qu’il n’y ait pas encore d’émeutes.

On ne peut imaginer notre pays supporter un tel rouleau compresseur pendant plusieurs années.

Tenir bon.

Oui, pour en finir avec Mai 68, il faut le réussir en 2018 !

Gaelle Kermen,
Kerantorec, écrit en avril 2018, publié sur ce blog le 20 janvier 2019


Mon bilan de Mai 68 pour comprendre le mouvement des Gilets jaunes 1 : qu’est devenu Bablon?
Mon bilan de Mai 68 pour comprendre les Gilets jaunes 2 : l’échec de Mai 68
50 ans après Mai 68 #1 : l’illégitimité du régime
50 ans après Mai 68 #2 : le réussir en 2018
50 ans après Mai 68 #3 Vive Mai 2018
50 ans après Mai 68 #4 Changer la vie

Extrait de Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne, disponible en tous formats numérique et sur broché en impression à la demande (deux formats : normal et grands caractères)

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gk-giletjauneGaelle Kermen est l’auteur des guides pratiques Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, Windows, iOS et Scrivener 3, publiés sur toutes les plateformes numériques.

Diariste, elle publie les cahiers tenus depuis son arrivée à Paris, en septembre 1960. Publications 2018 : Journal 60 et Des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne.

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50 ans après Mai 68 #1 : l’illégitimité du régime

 

Illégitimité de l’élection présidentielle de 2017

50 ans plus tard, comment se reconnaître dans Daniel Cohn-Bendit ou Romain Goupil, devenus des soutiens d’Emmanuel Macron, qui ne sera jamais mon Président ? Son apparente innocence ne m’a pas abusée et mon intuition ne m’a jamais trompée.

La dernière Une du Libération sorti le samedi matin, la veille du premier tour, alors que la campagne était terminée depuis minuit, nous donnait une injonction : « Faites ce que vous voulez, mais votez Macron »

Cette Une de Libé à elle seule discrédite la légitimité du résultat.

Personnellement, il m’était impossible de me laisser dicter un choix de vote. Par essence, on n’est plus en démocratie quand un vote est imposé à une population.

Le samedi après-midi, toujours en dehors de la campagne électorale, les contribuables gagnant plus de 2 500 euros ont été contactés par téléphone avec un message de Macron les invitant à voter pour lui. C’était le cas de l’amie romancière qui était avec moi le jour du vote. Rien que ce message aurait dû invalider l’élection présidentielle. Surtout si l’on peut supposer que le ministre de l’Économie Macron avait utilisé les ressources de son cabinet pour préparer sa campagne présidentielle, autre cause d’invalidation de l’élection, avec bien d’autres exactions pour l’instant couvertes par les différents organismes officiels. Le régime actuel aura des comptes à rendre et ils seront sévères.

Lors du résultat du premier tour, nous étions devant l’écran de mon ordinateur sur une chaîne publique lorsque nous avons vu le Premier communiant des années 50 prendre le pouvoir en direct. Nous n’oublierons pas de sitôt le regard qu’il a lancé. Son regard de serpent basilic, menaçant, balayant la salle, n’augurait rien de bon.

Quinze jours plus tard, nous étions encore ensemble quand le résultat lui donnait 64% des voix après le calcul réducteur ne tenant pas compte des douze millions d’abstentions ni des six millions de votes blancs ou nuls. En fait, le président était élu par 17% de la population votante, loin du résultat final publié, lui ôtant toute légitimité pour un futur programme. Surtout quand on calcule que le total des abstentions et des votes blancs ou nuls était plus élevé que les votes Macron !

Nous venions donc d’apprendre qu’il était élu avec 64 % des voix. Soudain, l’homme s’est figé. Sous nos yeux, il s’est transfiguré en commençant son allocution. On aurait dit un robot débitant un discours d’automate. Il venait de se transformer en une poupée Barbie, disons Ken, dont la voix aurait été enregistrée sur cassette.

Que se passait-il ? Nous nous regardions.

Soudain, j’ai compris. Le Premier communiant des années 50 lisait son texte sur un prompteur.

Comment faire confiance à quelqu’un qui a besoin d’une plume pour écrire ses discours ? On est loin d’un général De Gaulle ou d’un Mitterrand depuis que les politiques ont besoin de plumes ou de nègres comme on disait avant.

Et là, j’ai regretté Mélenchon et ses magnifiques discours salvateurs, rafraîchissants comme des eaux vives, que j’avais suivis pendant toute la campagne présidentielle avec passion. Ah ! qu’il aurait été beau le premier discours de Mélenchon, élu Président ! Lui n’a pas besoin qu’on lui écrive son texte sur un prompteur pour avoir des idées. Lui sait galvaniser son public. Lui sait parler à nos cœurs fatigués et réveiller le meilleur de nous-mêmes.

Le meilleur de moi-même, il me l’a fait comprendre au fil de la campagne et il continue à le révéler avec ses camarades de la France insoumise à l’Assemblée nationale enfin sortie de sa torpeur acceptée. Le meilleur de moi-même, c’est l’écriture et je la révèle enfin après soixante-dix ans. Grâce à Mélenchon !

Les élections sont illégitimes. Je ne croirai jamais qu’un candidat qui n’avait pas de programme et ne remplissait pas ses salles à plus de trois ou quatre milliers de participants puisse avoir remporté plus de suffrages qu’un candidat dont le programme était prêt depuis des mois (L’Avenir en commun) et dont nous suivions les discours avec enthousiasme dans des salles archi pleines, sur Facebook et YouTube à plusieurs centaines de milliers de vues.

Les médias ont justifié le vote de Macron par le risque lepeniste d’extrême droite. Ils l’ont fait en manipulant l’opinion de la façon la plus basse possible.

Autrefois, en fac de droit, on nous disait qu’il suffisait de lire le journal Le Monde tous les jours pour avoir nos examens. Ce ne doit plus être le cas. Même Le Monde a baissé en qualité et surtout en neutralité. Quant à Libération créé après Mai 68, il est devenu la propriété d’organes de presse achetés par des milliardaires, qui assoient ainsi leur pouvoir, mais ne sont pas là pour informer le peuple. La presse traditionnelle n’est plus fiable et c’est un drame pour la démocratie.

On ne crée le buzz sur les réseaux qu’en commentant des phrases sorties de leur contexte et leur faisant dire toute autre chose. Les journalistes, ou plutôt les animateurs, ont passé leur temps à imposer une pensée unique, peu démocratique : il fallait élire Macron pour barrer la route à Marine le Pen.

Un an plus tard, on voit où cela nous a menés. La situation est bien pire que celle que Marine le Pen aurait pu mettre en pratique. En prime, nous avons Fillon ! Au secours !

Nous avons laissé se recomposer le système des castes du régime hindouiste ou de l’ancien régime. Pour quelques brahmanes protégés, nous sommes devenus des millions d’intouchables. Pour quelques seigneurs, nous sommes redevenus des serfs corvéables à merci. Il est temps de refaire la Révolution !

Je suis effrayée par la violence ambiante

Lors de la campagne présidentielle de 2017, la violence des médias s’est révélée d’une cruauté terrible envers Mélenchon. J’ai vu des déferlements de haine se propager par des scènes médiatiques relayées sur Twitter et Facebook, mes sources d’information principales, qui ne me donnaient pas envie de passer mon temps devant les émissions télévisées concernées. Après en avoir regardé quelques-unes en direct, je suis sortie de là dégoûtée, nauséeuse et inquiète pour l’équilibre de Mélenchon.

Je ne faisais jamais la même interprétation des discours de Mélenchon que les « experts » médiatiques. J’avais l’avantage de les regarder intégralement, je ne me contentais pas d’extraits sortis du contexte pour trouver la petite phrase qui fait le buzz. Je n’échangeais pas des brèves de comptoir au Café du commerce.

Lors de la campagne présidentielle de Mélenchon, j’écoutais tous ses discours, j’organisais mes emplois du temps en fonction de ses déplacements, puis je partageais mon enthousiasme avec quelques personnes et quelques groupes. Je me sentais de nouveau de quelque part. Je reprenais confiance en la Res Publica. Enfin ! Après des décennies de décalage avec un monde où je devenais une autiste sociale, je retrouvais enfin ma dignité de femme pensante.

Ses discours, traitant chaque fois d’une thématique, mériteraient le prix Nobel de Littérature. Maintenant que mon cher Bob Dylan, que j’appelais déjà en 1966 le « Shakespeare de notre époque », a obtenu ce prix ultime, je me prends à rêver que Mélenchon l’obtienne à son tour. Winston Churchill l’a eu pour ses discours de guerre, Mélenchon peut y prétendre pour ses discours de campagne.

La violence qui s’abat sur lui en déformant ses propos est indigne. Chaque insulte faite à Mélenchon m’atteint et me blesse personnellement. Je suis malheureuse pour lui. J’espère qu’il n’est pas seul et qu’on prend soin de lui. Sa personne m’est précieuse comme le serait celle de mon papa s’il était encore là. Et comme mon papa n’est plus là, je fais en toute conscience un transfert sur Mélenchon. Même s’il a l’âge de mon petit frère Philibert ! Parce qu’il a la culture et la pédagogie qu’avait mon père et que l’écoute de ses discours a comblé un grand vide.

Je préfère être rêveuse que venimeuse

Ça pourrait m’être un slogan.

Plutôt naïve et rêveuse qu’aigrie et venimeuse.

Je ne regarde plus la télé depuis 1996, en fait depuis que je suis sur Internet. Mais il m’arrive sur Twitter ou Facebook de voir des « morceaux choisis » de ce monde vociférant et haineux.

Je sens que Mai 68 va encore faire débat cette année. Et cela pourrait m’empêcher de finir ce livre, tant j’ai horreur de la polémique et des insultes basses par petites phrases interposées, relayées par médias ou réseaux.

Mais une visiteuse m’a rappelé récemment que mes cahiers donnaient bien l’ambiance des époques traversées, qu’on avait besoin de replacer les choses vécues dans leur contexte et qu’elle, avec d’autres, attendait la suite de mes écrits des cinq dernières décennies.

Alors, je fais ce travail. Je ne vais pas laisser la parole aux grandes gueules des anciens gauchistes devenus macronistes. Je préfère être restée une rêveuse de Mai qu’être devenue une venimeuse de Mai, comme le sont devenus les leaders historiques qui ne nous représentent plus, comme le sont les censeurs du clavier sur l’Internet qui se sentent impunis, comme le sont les experts médiatiques qui se croient tout permis.

Les hontes de la République

En un an de règne quasi monarchique, puisque la séparation des pouvoirs n’existe plus, alors que c’est le fondement même de notre république, la situation est devenue inhumaine partout et dans tous les domaines que l’on croyait auparavant garantis par l’état.

Dans les maisons de retraite, qu’on appelle maintenant Ehpad (Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes) et dans les Hôpitaux, les moyens manquent depuis qu’on privilégie les résultats économiques au détriment des résultats humains.

Les retraités qui ont travaillé et cotisé toute leur vie dans des conditions difficiles doivent encore se priver alors qu’ils ont fait de longues semaines de travail. Les 40 heures de travail sont un des acquis de Mai 68 demandées depuis le Front populaire de 1936. Avant, on travaillait 48 heures et on n’avait pas de congés payés.

Le Droit du travail, bien dégradé depuis Sarkozy, a volé en éclat depuis l’élection du Premier communiant des années 50.

Toutes les garanties sur lesquelles nous pouvions compter depuis la fin de la guerre, grâce au Conseil National de la Résistance, sont remises en question, celles qui nous donnaient confiance en l’avenir, celles qui faisaient rayonner la France dans le monde entier, par les droits de l’homme et du citoyen hérités des philosophes des Lumières, mis en déclaration et en œuvre par la Révolution française. Toutes les garanties de base de notre vie sont foulées au pied, méprisées, au profit de la rentabilité économique et de la concurrence.

L’inhumanité envers les migrants comme envers les familles sans domicile fixe m’a souvent empêchée de dormir cet hiver, alors même que je pouvais, après des années matériellement difficiles, enfin me réjouir de quelque confort dans ma vie ou simplement du bonheur d’être à l’abri quelque part. Penser aux gens sous les tentes me réveillait la nuit.

La précarité s’est généralisée. Ce régime s’attaque aux plus fragiles pour conforter les plus forts. « Prendre aux pauvres pour donner aux riches » est la devise d’un Robin des bourges, selon un des slogans de 2018.

Combien de temps allons-nous endurer cet état de fait  ?

Gaelle Kermen

Kerantorec, écrit en avril 2018, publié sur ce blog le 20 janvier 2019

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Mon bilan de Mai 68 pour comprendre le mouvement des Gilets jaunes 1 : qu’est devenu Bablon?
Mon bilan de Mai 68 pour comprendre les Gilets jaunes 2 : l’échec de Mai 68
50 ans après Mai 68 #1 : l’illégitimité du régime
50 ans après Mai 68 #2 : le réussir en 2018
50 ans après Mai 68 #3 Vive Mai 2018
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