Mon bilan de Mai 68 pour comprendre les Gilets jaunes 2 : l’échec de Mai 68

Comprendre le passé. Apprécier le présent. Préparer le futur.

Lorsque j’ai écrit Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de La Sorbonne, je voulais comprendre ce qui faisait que nous en parlions encore 50 ans plus tard. Dans mon bilan de 2018, j’espérais que le peuple se soulève. Le mouvement historique comme celui des Gilets jaunes va au-delà de mes rêves et j’apprécie le présent. Je publie ici les derniers chapitres du livre qui donnait des pistes de réflexion pour préparer le futur.

Chapitres extraits de la fin du livre écrit au printemps 2018 Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

Mai68-1


Avant Mai 68 le mouvement hippie

Avant Mai 68, le mouvement hippie avait déjà changé les mœurs en apportant un début de liberté sexuelle. La pilule circulait déjà en 1967 et permettait à certaines d’entre nous de ne pas subir de grossesses non désirées. J’étais dans ce cas de figure comme mes amies, mais il faudra encore plusieurs années de combats pour arriver au vote de la loi Weil sur la possibilité d’avorter pour toutes et pour que la contraception soit remboursée par la Sécurité Sociale.

Mai 68 n’a pas créé le mouvement de libération des mœurs, il l’a accompagné.

Les féministes faisaient un travail important, les écrits de Kate Millett ou de German Greer ont fait boule de neige jusqu’au mouvement du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) dont j’ai vu les premières manifestations à l’université de Vincennes au début des années 70.

Le mouvement hippie n’était pas politisé comme l’étaient les nombreux groupuscules qui se sont rués dans les manifestations de Mai 68 et auxquels j’avoue ne pas avoir compris grand-chose.

Je reste une hippie. Si je dois avoir une étiquette, ce serait encore celle-là. Ma protestation se fait par ma vie simple. L’exemple me semble toujours préférable aux grandes leçons de morale.

Sur le féminisme en 68

Au fil des années, la référence à Mai 68 est devenue caricaturale et réductrice.

On voudrait en faire une crise adolescente de libération sexuelle. Je n’ai trouvé aucune référence dans mes notes ou documents à ce sujet. La visite à la piscine de Nanterre du ministre François Misoffe apostrophé par Daniel Cohn-Bendit est pourtant mise en avant dans les documentaires qui sortent cinquante ans plus tard.

En relisant mes textes, je vois quelques images du machisme ordinaire qui régnait encore à la Sorbonne en mai et juin 1968 :

• Les filles font les tâches subalternes.

• Les hommes prennent la parole.

• Les filles prennent des notes, tapent à la machine.

• Je repasse la combinaison de plâtrier de mon mec avant les manifs.

La libération des mœurs était déjà avancée. Les jupes des femmes avaient raccourci depuis le début des années 60, sous l’influence de Mary Qwant à Londres en Prêt-à-porter et d’André Courrèges à Paris en Haute-Couture.

On voudrait en faire une libération des femmes. Or dans la réunion du comité d’occupation que j’ai suivie, je n’ai noté qu’une seule femme : Marie-Pierre qui s’occupe de la presse.

On savait que la crèche de la Sorbonne avait été créée par une femme, Françoise Lenoble-Pradines qui avait pu appliquer ses idées dans le ministère de Georgina Dufoy sous Mitterrand en 1981.

Mais, l’an dernier en 2017, Clémentine Autain, députée de la France Insoumise, a dû réclamer une crèche à l’Assemblée Nationale, restée dans ses ors machistes et empesés, sans grande liaison avec la réalité de la société.

Dans les documentaires sur les manifestations, que je regarde en 2018, on voit peu de militantes. Les filles sont venues plus tard, comme je l’ai fait moi-même, seulement à la fin du mois de mai. On nous demandait surtout d’être des secrétaires ou d’œuvrer pour le repos du guerrier.

Si une réunion s’est faite dans un amphi de la Sorbonne sur la condition de la femme, je n’en ai pas entendu parler alors. La sociologue Évelyne Sullerot représentait le courant officiel des recherches sur le sujet.

Il a fallu l’influence du Women’s Lib pour permettre au Mouvement de Libération des Femmes (MLF) de se révéler plus tard à partir de 1971. Si le féminisme n’était pas d’actualité dans les préoccupations des militants politiques, les femmes ont pris elles-mêmes leur destin en main grâce au mouvement de Mai 68, au point de créer d’abord un mouvement non mixte pour ne pas fausser les relations de travail, tant étaient ancrées les notions de suprématie du mâle.

Mai 68 a surtout permis une libération de la parole entre les gens et entre les classes. La grève générale a fait craquer les structures sociales et permis aux différentes classes de se côtoyer.

Je me souviens avoir rencontré en haut du boulevard Saint-Michel, juste avant la manifestation du dimanche soir 26 mai, mon ami Petrus Cournot (c’était son quartier il est vrai, il habitait de l’autre côté du Luxembourg) et ses amis les vicomtes de Ganay qui eux venaient des beaux appartements de la Place des Vosges. Ils avaient des casques de chantier et se préparaient à jouer les secouristes.

Je me souviens avoir rencontré, dans le grand amphi de la Sorbonne où la discussion était permanente, Kiki Féraud et des amis venus des beaux quartiers s’encanailler à la Sorbonne libérée.

Dehors, dedans, dans un brouhaha généreux et joyeux, tout le monde parlait, osait discuter de sujets qu’on n’aurait jamais osé évoquer auparavant.

Rien que pour ça, Mai 68, on en parle encore, cinquante ans plus tard !

Après Mai 68 les luttes

Après Mai 68, j’avais eu besoin de comprendre le nouveau monde et les nouvelles idées qui bouleversaient la société en profondeur. Inscrite d’abord en septembre 68 à la fac de Nantes en sociologie, je suis revenue à Paris quand le nouveau Centre Universitaire Expérimental s’est créé sur terrain militaire dans le bois de Vincennes. J’avais suivi les cours de Maurice Duverger à la fac de droit d’Assas, ceux de Raymond Aron à la Sorbonne, j’avais besoin de travailler sur des matériaux plus politisés.

Les cours de Théorie marxiste me plongeaient dans des ouvrages comme celui de Lénine que je viens de rouvrir : LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE et le renégat Kautsky, V. I. Lénine, Éditions sociales, 2e trimestre 1953. Une citation cochée au crayon me tombe sous les yeux.

« L’impérialisme est le capitalisme arrivé à son stade de développement où s’est affirmée la domination des monopoles et du capital financier ; où l’exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan ; où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s’est achevé le partage de tout le territoire du monde entre les plus grands pays capitalistes. »

Lénine a fait cette analyse en 1916, il y a plus d’un siècle.

Cinquante ans après Mai 68, j’ouvre au hasard un autre livre de ma bibliothèque politique : Malaise dans la civilisation, publié à Vienne en 1929, de Sigmund Freud. Je vois cette phrase soulignée.

« Quand une communauté humaine sent s’agiter en elle une poussée de liberté, cela peut répondre à un mouvement de révolte contre une injustice patente, devenir ainsi favorable à un nouveau progrès culturel et demeurer compatible avec lui. Mais cela peut -être aussi l’effet de la persistance d’un reste de l’individualisme indompté et former alors la base de tendances hostiles à la civilisation. La poussée de liberté se dirige de ce fait contre certaines formes ou certaines exigences culturelles, ou bien même contre la civilisation. »

Il me semble que l’esprit de Mai, tel que nous le vivions alors, tel que nous l’avons vécu ensuite, participait de la première partie de la citation. Mais depuis quelques années, depuis Sarkozy et sa mise en œuvre de décomplexion des riches, nous vivons sur la forme des tendances hostiles à la civilisation.

« Un bon nombre de luttes au sein de l’humanité se livrent et se concentrent autour d’une tâche unique : trouver un équilibre approprié, donc de nature à assurer le bonheur de tous, entre ces revendications de l’individu et les exigences culturelles de la collectivité. Et c’est l’un des problèmes dont dépend le destin de l’humanité que de savoir si cet équilibre est réalisable au moyen d’une certaine forme de civilisation, ou bien si au contraire ce conflit est insoluble. »

Pourquoi autant de temps s’est-il passé depuis qu’ont été écrites ces phrases ? Pourquoi n’avons-nous pas avancé ? Perdrions-nous notre temps à discutailler de points de détail sans avancer sur l’essentiel ? Nous bornerions-nous à stigmatiser l’inutile au lieu de mettre en œuvre le vital ?

Ou est-ce qu’au final il n’est plus utile d’écrire ni de lutter ? Devons-nous imiter Nikos Poulantzas, notre professeur de Théorie marxiste de la fac de Vincennes, qui, après avoir jeté ses propres livres et documents, s’est jeté lui-même dans le vide de la Tour Montparnasse, sous les yeux de son ami de toujours Constantin Tsoukalas, autre professeur grec, qui m’avait raconté leur adolescence et leur jeunesse à Athènes, leurs vacances au Mont-Athos (in Clandestine 70, un de mes cahiers en cours de publication).

L’histoire est racontée par un assistant de nos cours, Michael Löwy. Je la lis, bouleversée, au moment de finir ce livre.

https://www.ensemble-fdg.org/content/nicos-poulantzas-tel-que-je-lai-connu

Tsoukalas, connu en dehors de la fac, avait été un autre de mes mentors. Il m’avait appris à « devenir méditerranéenne », à ne plus être la « petite Bretonne angoissée » d’alors, à être dans le Carpe Diem, pour vivre chaque moment comme si c’était le dernier.

Je ne connais plus la peur pour moi-même depuis que j’ai failli mourir plusieurs fois.

J’ai appris de ces expériences hors-norme que la vie peut être très forte, là où nous avions cru être vulnérables.

Mon naturel est confiant et optimiste.

J’ai vu la Bretagne, polluée par les marées noires de 1976 et 1999 ou abattue par l’ouragan de 1987, reprendre vie.

Et quand je vois les manifestations du printemps 2018, je reprends confiance en la santé de la France.

Il me semble que les luttes du printemps 2018 sont de nature à reciviliser la société française.

On voit des cheminot(e)s et des étudiant(e)s lutter contre des projets qui ne les concernent pas directement, mais qui auront un impact sur la vie de celles et ceux qui viendront après eux. Ce ne sont pas pour des revendications strictement individualistes qu’ils et elles se battent, malgré les forces de police disproportionnées que le régime oligarchique leur oppose, c’est pour le bien commun.

Nous sommes tous et toutes concerné(e)s par les services publics, du transport, de l’éducation, de la santé, des impôts. Nous devons les soutenir pour ne pas mourir.

L’échec de Mai 68

C’était mieux avant ?

Pas sûr.

Les auteurs des siècles précédents, et même de l’antiquité, se plaignaient déjà de la décadence, du manque d’attention, de la baisse de qualité de l’éducation.

Le genre humain n’est jamais content.

C’est sans doute ce qui lui permet de progresser.

Mais comme nous le recommandait Casamayor, il faut rester vigilant, surtout sur nos Libertés publiques. Car d’elles dépendent notre intégrité, notre sécurité et notre dignité.

Si je devais incriminer une baisse de niveau, ce serait la télévision que je mettrais en première responsable : piètre niveau culturel, perte de l’activité personnelle, baisse des échanges, matraquage de l’information en continu, passivité sur canapé.

Je me rappelle avoir participé à une kermesse de l’école primaire de ma dernière fille née en 1988. Le livret de la pièce jouée était sur Mai 68 et la suite. Les enfants avaient choisi leurs personnages dans des clichés simplistes qui m’avaient alertée, même dans un divertissement. J’avais tenté d’en discuter avec les maîtresses et d’autres parents, mais j’étais complètement décalée par rapport à l’évolution des intérêts avant le passage à l’an 2000, donc avant que l’Internet entre dans les maisons.

J’étais sur Internet depuis 1995, j’avais d’autres sources d’information que la télévision.

Où je mettais Angela Davis, activiste des droits civiques, on m’opposait Michael Jackson, chanteur populaire. Un des personnages rêvait d’être riche comme lui. Un autre rêvait d’être footballeur pour être riche aussi. Une des filles voulait être mannequin parce que ça gagnait bien. Aucun enfant n’avait choisi de métier où l’on parlait, s’exprimait, écrivait, soignait, échangeait, faisait, construisait. Tous voulaient travailler dans le loisir ou les apparences. Aucun enfant n’avait envie de faire des études pour comprendre le monde, y participer et le faire progresser pour le bien commun. J’étais atterrée.

J’ai craint que la société du spectacle dénoncée par le situationniste Guy Debord avant Mai 68 soit là, terriblement là. Une société où les journalistes devenaient des animateurs devant faire le buzz pour être reconnus du plus grand nombre, les consommateurs.

Car la télévision avait servi de nounou et de baby-sitter à ces enfants de la fin des années 80.

J’avais déjà eu conscience de cet état de fait dès 1971, quand j’ai travaillé à France-Culture dans une émission de radio culturelle où le producteur me demandait d’être aussi impertinente et même agressive que l’était Yves Mourousi à la télévision le midi. Bien sûr, je n’étais pas faite pour ce genre de choses. J’ai préféré partir à la montagne ariégeoise que de participer à une dégradation de l’intellect. Au moins, au village, j’étais avec des gens que je pouvais respecter.

Mes vieilles voisines du Bosc m’apprenaient leur culture ancestrale et je leur rends grâce tous les jours encore de m’avoir tant appris après mes années d’université. J’avais été bien accueillie, alors que je débarquais de chez Féraud et de Vincennes. Pas vraiment la formation idéale pour une vie néo-rurale. Mais on disait que j’avais été institutrice. On ignorait mes diplômes universitaires, mais cette fonction républicaine respectable m’a donné tout de suite une place légitime au village. Lors des élections de 1974 et 1981, on venait me consulter pour savoir pour qui il fallait voter. Le village avait voté en grande majorité pour René Dumont et Brice Lalonde aux premiers tours. Aux seconds tours, c’était bien sûr pour François Mitterrand, on était dans un bastion socialiste par tradition.

Nos voisins communautaires des villages au-dessus inventaient une nouvelle vie issue de l’esprit de Mai, en autogestion, testant de nouveaux modes de comportement entrés plus tard dans nos mœurs, en alimentation, pédagogie, agriculture, culture. Ils tournaient le dos à des carrières sociales où ils auraient été bien rémunérés pour vivre selon d’autres critères que les références économiques ou matérielles.

C’est ce qu’ont fait les gens sur le Larzac et les zadistes à Notre-Dame-des-Landes que les gendarmes mobiles inondent encore, à la minute où j’écris, de grenades lacrymogènes polluantes pour le sol, détruisant la flore comme la faune et intoxiquant gravement une population qui n’agressait personne, mais entretenait bénévolement les terrains de zone à aménagement différé, parfois depuis les années 60.

Ce que j’ai vu vivre en Ariège après Mai 68 est devenu la norme dans de nombreux domaines en mai 2018. Les avant-gardes ont raison avant les autres. Elles devraient être protégées au lieu d’être éradiquées. On avait dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes de formidables laboratoires. En les détruisant, l’État perd des années d’expérimentations, détruit des innovations précieuses dont notre monde a un besoin urgent pour survivre.

Sans parler du terrible gaspillage d’argent qui se fait là alors qu’on supprime les postes et budgets pour les écoles, les lycées, les facultés, les hôpitaux, les maisons de retraite, les gares, les lignes de transport.

Sans parler de l’utilisation d’armes de guerre, dont une grenade vient d’arracher une main à un jeune étudiant en sociologie venu étudier de nouveaux comportements pour mieux gérer la planète sans la polluer. Effrayant ! Injustifiable !

Aucun régime démocratique ne peut légitimer une telle violence contre le peuple.

La France était considérée comme la patrie des droits de l’homme, c’était un phare pour la plupart des peuples de l’humanité.

En 2018, la solidarité, qui était un devoir humain, la solidarité est devenue un délit. Je répète, la solidarité qui était un devoir est devenue un délit.

Alors oui, si effectivement on en est là en 2018, Mai 68 a été un échec. Si on veut lui faire porter tous les maux, oui c’est sûr, Mai 68 est un échec. Un terrible échec.

Je crains le pire pour les manifestants actuels en butte à des violences policières bien plus graves que celles que nous avions l’habitude de voir dans notre quartier entre la rue Visconti à Saint-Germain-des-Prés, en bas du Boul’ Mich’, et la rue du Pot de fer à Mouffetard en haut du Boul’ Mich’.

Dans un documentaire sur Mai 68, j’avais entendu le petit-fils du général De Gaulle, Yves De Gaulle, raconter des conversations qu’il avait eues avec son grand-père. Il lui aurait dit : « Je n’ai pas utilisé la force contre les généraux putschistes, je ne vais pas l’utiliser contre des jeunes de l’âge de mon petit-fils. »

Le général savait ce que force veut dire. Il incarnait celle de la France. Le Premier communiant actuel n’en a aucune idée, il doit faire la preuve de ses compétences à gouverner et il ne sait qu’envoyer ses petits soldats « Playmobil » au combat.

Un combat perdu d’avance, car, s’il semble légal, il n’est pas légitime.


Gaelle Kermen, écrit au printemps 2018

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Kerantorec, le 19 janvier 2019


À suivre : En 2018 50 ans de Mai 68 à Kerantorec

Chapitres extraits du livre écrit au printemps 2018 Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de La Sorbonne

Mon bilan de Mai 68 pour comprendre les Gilets jaunes 2 : l’échec de Mai 68

Mon bilan de Mai 68 pour comprendre le mouvement des Gilets jaunes 1 : qu’est devenu Bablon?

Alloe-allez-on-ecrit : un roman collaboratif en 42 heures #1

Il y a un an, à quelques jours près, j’ai rencontré Mathieu Nicolas, le créateur du groupe ScrivenerFR. Nous nous connaissions depuis la fin du mois d’août 2017, mon mail lui avait été confié par quelqu’un de l’équipe Literature & Latte avant la formation du groupe. J’avais décliné l’invitation à être admin, ne voulant pas m’engager sur plus de choses que je ne pourrais en tenir, mais en fait je m’implique bien dans ce groupe d’entraide à l’utilisation de Scrivener pour les francophones.

Mathieu Nicolas, l’admin du groupe Scrivener FR, avait demandé à me rencontrer pour boire un café, quand il passerait une semaine en Bretagne à Brandivy pour une retraite d’écriture aux vacances de la Toussaint. Nous avions convenu de nous voir le dimanche 1er novembre pour discuter du lancement du NaNoWriMo. Il repartirait en Morbihan après notre rencontre.

Je vis en louve solitaire, mais quand on doit faire près de 200 kilomètres dans la journée pour me rencontrer, je ne me contente pas d’offrir un café ou un thé à mes visiteurs. J’ai donc invité Mathieu à déjeuner avec moi le dimanche midi. Vu son jeune âge, j’avais fait un solide risotto aux légumes. À 28 ans, on a besoin de se sustenter. Mathieu est arrivé à Kerantorec et c’était comme si on s’était toujours connu. Cet état de grâce arrive parfois. Il est vrai que par Internet, par le groupe ScrivenerFR, nous avions déjà échangé et commencions à nous connaître.

Si j’insiste sur ce moment, c’est parce que Mathieu avait vécu la veille un événement peu courant, une performance littéraire en anglais, A Novel in a Day, NiaD. Et il en était tout rayonnant, comme transformé.

Il avait écrit deux ou trois billets sur Facebook pour transmettre son émerveillement de pouvoir écrire sur son iPad installé à la terrasse d’un café d’un port du Golfe du Morbihan. Je comprenais son excitation, je la vivais depuis que j’avais acquis un iPad mini 4 avec Scrivener for iOS pour pouvoir écrire dehors dans mon jardin ou sur les chemins.

Mais il y avait plus que l’utilisation d’un matériel informatique, aussi performant fût-il. Mathieu venait de vivre une expérience particulière.

Nous étions au coin de la cheminée du salon-bibliothèque. Le feu brûlait joyeusement dans le poêle. Je l’écoutais me raconter son expérience, là où j’avais reçu des gens comme les Badinter, les Groult-Guimard, Pierre Richard, Jean Carmet, Yves Robert et tant d’autres. Surtout je revoyais, assis à sa place, Gwench’lan le Scoezec, médecin-sophrologue et Grand-druide de Bretagne, m’expliquer tant de choses sur la subtilité des énergies captées entre les deux mondes, celui des vivants et celui des morts, que nous allions fêter le lendemain.

Mathieu avait senti que « quelque chose » s’était passé. Il avait éprouvé le besoin d’en faire un article tout de suite sur son blog. Mais certaines expériences intérieures ne se traduisent pas, elles se vivent, Gwench’lan aussi me l’avait appris.

https://mathieunicolas.net/2017/10/22/novel-in-a-day/
https://mathieunicolas.net/2017/10/28/novel-in-a-day-mission-accomplie/


Cet octobre 2018, Mathieu a décidé d’adapter l’expérience anglaise en français et a lancé l’idée sur le groupe ScrivenerFR pour trouver le nom. C’est Alloé qui l’a emporté : « Allez, on écrit ! »

Le titre m’a tout de suite donné envie d’y participer. J’aime particulièrement cette stimulation que nous vivons au moment des NaNoWriMo, quand je sens l’égrégore de l’écriture rayonner autour de la planète.

Mais je pensais qu’un roman ne me concernait pas. Je suis une diariste, je sais écrire des chroniques, des essais, des articles, des fiches et guides pratiques, mais je ne suis pas romancière. Je l’avais décidé très jeune après avoir passé beaucoup de temps à écrire Aquamarine de 1969 à 1973, pendant mes études à la fac de Vincennes-Paris 8, qui va fêter son cinquantenaire en janvier prochain.

Je trouvais que les gens qui écrivent leur journal sont moins bons quand ils romancent leurs histoires. C’était le cas pour Anaïs Nin et pour Benoîte Groult, que j’avais eue comme cliente à la Crêperie à la ferme de Kerantorec, crêperie artistique, musicale et littéraire tenue de 1976 à 1986.

J’avais renoncé à la forme romanesque et j’avais décidé que je n’étais pas douée pour l’imagination et que je ne saurais jamais m’impliquer dans un projet collaboratif en écrivant un chapitre imaginé selon quelques directives et consignes de personnages, lieux, intrigues.

Par certains proches, j’avais été traitée de « rêveuse » qui devait « redescendre sur terre » et j’avais sans doute eu à cœur de montrer que je n’étais pas l’irréaliste qu’on croyait en réalisant des ouvrages en maçonnerie, menuiserie, terrassement, bûcheronnage ou tous Travaux d’Hercule révélant mes talents bien concrets et pragmatiques.

J’ai d’abord négligé l’invitation de Mathieu sur le groupe alloe.fr qui lançait une première session francophone d’un roman en 42 heures les 20 et 21 octobre 2018.

Puis il a lancé un chapitre-test. On pouvait donc essayer sans risque de se mettre en situation et de voir si on pouvait s’impliquer dans un projet commun. J’ai donc fait le chapitre-test.


Le samedi

Au réveil, j’ai ouvert les fichiers envoyés la veille au soir par Mathieu pour m’entraîner à écrire un chapitre en un week-end.

Résumé

En Hiver. L’après-midi touche à sa fin.
Erwin est sur une route de terre battue qui traverse une forêt dense et a priori hostile, surtout en hiver. La route est également peu sûre car elle est largement empruntée pour se rendre à la ville, et les voyageurs sont souvent la cible de personnes mal intentionnées.
Il cherche activement un endroit où établir son campement pour la nuit. Il a froid, il est trempé, et le temps presse.
Il doit rejoindre son maître, Shaya, le lendemain matin. Elle l’attend dans une auberge de Sidhr, une petite ville qui se situe à moins de quatre heures de marche.

Fin du chapitre : Erwin trouve la mort à côté de son feu de camp.

Version : document réalisé le 04/10/18.

J’étais un peu confuse en lisant le résumé avec un vieux doute sur mes capacités à imaginer quelque chose. Je m’étais interdit le roman pour me cantonner aux chroniques d’un journal tenu au long cours, où je savais écrire sur tous les sujets en restant toujours dans la réalité.

Erwin

État Civil : Erwin est un homme d’une vingtaine d’années.
Description Physique : Grand, allure dégingandée. Cheveux blonds et suffisamment longs pour lui tomber régulièrement devant les yeux. Il a le teint pâle et ses grands yeux lui donnent parfois un regard un peu naïf.
Famille/Passif : Inconnu.
Caractère, Points Forts/Faibles : Il est très heureux et s’estime chanceux d’avoir été accepté par Shaya, son maître. Il la respecte énormément. Elle lui enseigne une technique de méditation, le keito, qui permet de percevoir les êtres vivants aux alentours et d’avoir avec eux des échanges primaires (images, sensations…).  Il est cependant un peu perdu et éprouve quelques difficultés avec les exercices qu’elle lui impose.

Version : document réalisé le 04/10/18.

Pourtant, dès la lecture des consignes, les idées ont commencé à arriver, je visualisais le personnage (je le voyais un peu comme Mathieu), j’essayais d’apprécier le stade où il en était sur son parcours et je devais imaginer sa fin, une fin triste, on le retrouvait mort près de son feu de camp le lendemain.

Cette idée de la mort du personnage me perturbait au fil de la journée. Je ne voulais pas de cadavre dans mon texte, je déteste de plus en plus ces livres qui nous présentent la vie comme un danger permanent alors que ce n’est pas le monde dans lequel je vis. Il fallait trouver autre chose.

Des images se formaient et je voyais déjà la conclusion d’une vie après la vie, comme je l’ai déjà expérimentée aussi.

J’avais déjà envie de reporter mes idées sur une carte mentale. C’était plutôt bon signe. Je faisais les prises de notes sur SimpleMind et prévoyais d’écrire le chapitre sur Scrivener dans mon Journal comme je le fais pour des articles de blogs ou des parties de livres en cours.

Image1mindmapAlloe
Première carte mentaleSimple Mind faite sur iPad 2017

Je ne me sentais pas efficace le samedi pour écrire. Il me fallait faire comme les chattes, dormir, me reposer, rêver. J’ai fait une première carte mentale sur l’iPad prêté par mon ami Bruno pour m’apercevoir que je ne pouvais pas la partager, l’application n’étant pas enregistrée sur son compte iCloud. J’ai exporté la copie écran sur mon iPad mini pour la recopier sur ma version payée.

Image2mindmap Alloe
Deuxième carte mentale plus étoffée, faite sur Simplemind sur iPad mini 4
IMG_texteScrivener
Report du texte de la carte mentale dans une page de l’application Scrivener for iOS comme première trame du chapitre

Je pensais toujours au sujet du chapitre en me disant que ce n’était pas mon truc ce genre d’exercice de style. Pourtant, je continuais à avoir des idées, des visions, et des phrases et des paragraphes dansaient dans ma tête.

J’ai décidé de laisser passer la nuit. Si l’inspiration venait le dimanche matin, j’écrirais. Si ça m’ennuyait d’écrire, je laisserais tomber et aviserais Mathieu que je ne participerais pas à la performance littéraire.


Le dimanche

Avant de me concentrer sur ma page Scrivener de l’iPad, j’avais fait quelques recherches rapides sur la barbacane du château de Foix et sur le Col des Marrous, qui s’imposaient dans mes visions.

En fait toutes ces images sont dans ma tête, il suffit de les évoquer pour m’y retrouver à distance, même après des décennies. Mais l’écriture m’a fait voyager plusieurs jours dans ces contrées ariégeoises par la grâce du personnage, du décor et du thème proposés par Mathieu. Force et magie de l’écriture en voyage astral au-dessus des montagnes.

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Le col des Marrous (09000 LE BOSC) est un lieu de randonnées pédestres et cyclistes. Le Tour de France y passe parfois, pour mon grand régal.

L’inspiration était venue, qui m’a menée là où j’avais eu quelques visions, dans la forêt primaire dont j’ai eu quelques aperçus cet été au cours de mes randonnées côtières à vélo, mais aussi de la barbacane de Foix jusqu’au Col des Marrous où j’ai vécu dans les années 73-83.

J’avais continué à prendre des notes sur Scrivener pour la trame. Soudain la conclusion s’était imposée au cours de la rédaction alors que j’ignorais au départ de quoi serait fait le chemin parcouru par Erwin.

L’initiation (titre devenu La dernière étape)

Personnages : Erwin le disciple, Shaya le maitre keito

Fin du chapitre : Erwin est trouvé mort près de son feu de camp
Recherches des assistants de Shaia
Battue dans les bois de feuillus

Lieux : Un feu de camp pour la nuit. Erwin seul.
Une route peu sûre. Le col des marrous (des voleurs).
Une auberge : Vallée de Massat. Shaya et ses assistants

La fin : Expérience de Mort Approchée. Au-delà des apparences. Présence intérieure.

Temps :
Jour : Erwin sur la route. Shaya à l’auberge
Soir/Nuit : Feu de camp près d’un oratoire en contrebas de la route

Initiation: Questionnement sur son discipulat. Interrogations. Méditation devant l’immensité du ciel. Demande d’un signe.

Chute d’une météorite : Shaya est réveillée dans la nuit

Matin : Shaya attend Erwin. Recherches au devant vers le col des Marrous

Un cratère s’est creusé devant l’oratoire.
Il ne reste plus d’Erwin que des poussières d’étoile.
On y vient depuis en pèlerinage pour trouver l’illumination, le questionnement sur son destin, on y cherche la fusion cosmique avec le grand Tout. On dit même que la terre magnétisée y est guérisseuse.

Franchement, je ne me croyais pas capable d’imaginer ce genre de fable, mais c’est venu d’un seul jet.

J’avais eu des visions la nuit précédente avant de m’endormir ; le matin au réveil, elles étaient encore là, plus précises. Un seul remède pour me vider la tête : les écrire. Plus de 2000 mots en deux heures. Un bon rendement : à 11:35, j’avais fini l’histoire. J’avais mis deux heures à la rédiger. Il fallait relire l’ensemble un peu plus tard, le passer à l’Antidote et l’envoyer à Mathieu.

En fin de journée, j’envoyais le fichier du chapitre à Mathieu. À l’heure dite à quelques minutes près. J’aurais dû revoir tout de suite ma copie parce qu’en fin d’après-midi j’ai toujours un gros coup de barre. Je le saurai pour la vraie performance d’un Roman collaboratif en 42 heures. Alloé !


La veille de alloe 2018

Cette performance m’a transformée comme celle de l’an dernier semblait avoir transformé Mathieu quand il est arrivé chez moi tout auréolé de lumière. Je suis myope, depuis ma petite enfance j’ai pris l’habitude de voir les gens en intensité de lumière. Je peux dire que Mathieu rayonnait. Je ne sais pas s’il a été conscient de sa transformation, je veux le croire, parce qu’il a publié Les contes de la nuit des marmites cette année et réalisé de belles choses.

Moi aussi, je suis désormais transformée par cette expérience intérieure. J’envisage de romancer certaines parties sensibles de mon Journal que je ne peux publier in extenso. Je peux raconter des histoires sans être trop littérale, mais plus littéraire. Et ça fait toute la différence du monde !

Ce week-end-là, je lisais La trilogie marseillaise de Jean-Claude Izzo et je comprenais que la forme du roman permettait aussi de transmettre des idées, philosophiques, sociologiques, politiques, économiques, écologiques. Jusque-là, je ne l’avais pas cru possible pour mes écrits.


Week-end du 20-21 octobre 2017

Je m’étais donc limitée moi-même. Les barrières sont toujours dans nos têtes.

Ne vous limitez jamais. Jetez-vous à l’eau, nagez, écrivez ! L’adrénaline est aussi forte en performance littéraire qu’elle peut l’être en art ou en sport.

Rendez-vous dans la nuit du 20 au 21 octobre, copies à rendre le dimanche 22 avant 18 heures à mathieu@alloe.fr.

Et un peu plus tard pour voir le résultat final de nos contributions.

Gaelle Kermen,
Kerantorec, le 20 octobre 2018

PS pour le texte écrit pendant ce chapitre-test, il est possible que Mathieu publie un bonus où il figurera. A plus tard donc !

Et d’ici là, écrivez, participez !


groupe ScrivenerFR
Literature & Latte (Scrivener)
A Novel in a Day, NiaD (idée de Pigfender)
blog de Mathieu Nicolas
https://mathieunicolas.net/2017/10/22/novel-in-a-day/
https://mathieunicolas.net/2017/10/28/novel-in-a-day-mission-accomplie/
allez on écrit ! alloe.fr
http://alloe.fr/participer-2018
http://alloe.fr/chapitre-test



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Gaelle Kermen est l’auteur des guides pratiques Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, Windows, iOS et Scrivener 3, publiés sur toutes les plateformes numériques.

Diariste, elle publie les cahiers tenus depuis son arrivée à Paris, en septembre 1960. Publications 2018 : Journal 60 et Des Pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne.

Vaguemestre depuis 1997, blogueuse des années 2000, elle publie plusieurs blogs sur ses sujets de prédilection, l’écriture sur gaellekermen.net, les chantiers d’autoconstruction sur kerantorec.net, les archives d’un demi-siècle sur aquamarine67.net et les voyages ici ou ailleurs sur hentadou.wordpress.com.

Ecrire un ebook en un mois #3 une routine alimentaire simple

#écrire #manger #vivre #régime 

L’écriture est un art de vivre

Qu’il faut manger pour vivre et non vivre pour manger, disait Valère à Harpagon dans L’Avare de Molière.

On ne peut pas se passer de manger. Cette nécessité revient plusieurs fois par jour, sans pouvoir éluder. Quand on est en phase d’écriture intense, de conception d’ebook ou de manuscrit, on a besoin d’avoir des solutions rapides et efficaces, pour reprendre des forces, tout en gardant sa concentration.

Pour bien vivre pendant la conception du guide Scrivener plus simple, j’ai gardé mon régime habituel, qui me permet de rester en bonne santé, indispensable pour tenir la route de l’écriture, épreuve de force autant physique qu’intellectuelle.

Depuis que je ne suis plus obligée de préparer à manger pour plusieurs personnes, j’ai une routine alimentaire simple pour ne plus me compliquer la vie. Cette routine est encore plus drastique en période de travail intellectuel intense comme l’a été la construction du guide. Elle a été productive. C’est pourquoi j’ai le plaisir de la partager avec vous, non pas en modèle, car chacun a son propre métabolisme et son propre contexte de vie, plutôt pour vous inspirer à trouver la vôtre.

Une routine alimentaire simple

Je vis à la campagne, au bord de la mer, en Bretagne sud. Mes voisins partagent avec moi leur panier AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne). Avec ma famille ou mes amis, je vais à la pêche à pied au moment des grandes marées. C’est l’occasion de faire quelques agapes et de socialiser un peu.

Je n’aime pas sortir pour aller faire des courses, aussi je ne vais faire de grosses courses que toutes les quatre ou six semaines. Ainsi je garde ma concentration pour l’essentiel, l’écriture, et quand il ne reste plus grand chose, je fais preuve d’imagination.

Je fais le maximum de choses moi-même, pain, yaourts, congélations et conserves.

Le pain, c’est la base. J’avais été impressionnée il y a très longtemps, en 1971 ou 72, par une émission de l’ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française) sur Marguerite Yourcenar, par Mathieu Galey, à Petite Plaisance, dans l’île de Mont Desert aux États-Unis, où notre première académicienne a fini sa vie. On l’y voyait faire son pain elle-même. L’image s’est gravée en moi, avec une phrase où elle déclarait se demander avant chaque achat si vraiment elle avait besoin de ce bien de consommation. Quand je suis dans un supermarché, je me demande toujours si j’ai réellement besoin d’acheter telle ou telle chose. Souvent la réponse est non et je me concentre là aussi sur l’essentiel, la liste que j’ai fait sur Simplenote quand je manquais d’un produit indispensable. Merci à Marguerite, qui m’a appris à ne jamais consommer inutilement, car je sais bien vivre avec peu.

Après ma période de vie parisienne entre 1960 et 1975, j’ai vécu en Ariège, au Bosc, en petite montagne, il fallait faire plusieurs kilomètres pour acheter du pain, on achetait des gros pains au marché de Foix, mais s’il fallait compléter en cours de semaine, je faisais du pain. J’ai appris à faire les conserves avec les vieilles du village. Je pense souvent à elles qui m’ont appris la survie en conditions difficiles. Mes vieilles amies du Bosc et Marguerite Yourcenar ont été des guides de bonne vie, simple et saine. Gratitude !

Pour pouvoir enfin gérer mes projets d’écriture mis de côté près de cinquante ans,  j’ai opté pour une vie érémitique et je sors le moins souvent possible de mon domaine. Faire mon pain tous les cinq jours permet ce choix. Un ami m’avait offert une machine à pain pour mes 60 ans, ça m’a permis de devenir autonome, de n’être pas obligée de ressortir pour le pain ! Maintenant, je préfère faire ma pâte à pain au mixer avec des crochets en queue de cochon dans un cul de poule et je la fais cuire sur une plaque réfractaire dans le four de ma cuisinière. Je fais aussi mes brioches ou mes petits gâteaux.

Je prépare aussi mes yaourts dans une yaourtière. Je fais égoutter les yaourts, le petit lait est récupéré pour les brioches ou le pain, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, selon Lavoisier.

J’ai investi dans une trancheuse. Je tranche mon pain et le congèle, je sors les tranches au fur et à mesure. J’achète le jambon sec en quart et le fromage à pâte cuite en gros morceaux, que je tranche aussi selon la finesse désirée. Solutions économiques pour des produits toujours bien présentés.

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En été, je fais des confitures et des sorbets, en automne je congèle des fruits, des châtaignes. Je les consomme en hiver.

Le régime alimentaire d’écriture

Le matin, après une première séance de travail d’écriture, j’ai besoin de protéines au petit déjeuner. Je prends donc du jambon de pays, du saucisson ou du fromage, avec du café noir, un grand bol à la bretonne, du pain, de la brioche et des marmelades maison.

Le midi, ou plutôt vers treize ou quatorze heures, je me fais une salade de crudités fraichement râpées, complétée par ce que j’ai sous la main, puis du fromage avec un verre de vin.

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En hiver, je fais germer des lentilles, pour avoir des vitamines fraîches tous les jours. Je les ajoute aux salades. Un œuf si j’en ressens le besoin. Des pissenlits qui poussent sur mes terrasses, de la bourrache, un peu d’oseille, des orties dès que le printemps revient.

Après les fêtes de Noël, qui ont interrompu trois jours la rédaction du Guide Scrivener, je me faisais des sandwichs à base de blanc de chapon, cuisiné à Noël avec les enfants. Un délice, économique lui aussi.

S’il fait froid, mais il n’a pas fait froid ce mois de décembre 2015, je me fais une à deux fois par semaine un bon gros plat familial. Je viens d’une famille nombreuse, j’aime les plats paysans qui tiennent au corps, pas les plats de chefs dressés à la pince à épiler, qui arrivent froids en salle, soi-disant parce que ce sont des tableaux. Les tableaux je les mets sur mes murs, pas dans l’assiette.

Je fais réchauffer ces gros plats par portion individuelle au micro-ondes, trois ou quatre jours de suite, en changeant éventuellement les garnitures, selon ce que j’ai en légumes. Je fais cuire aussi souvent des pâtes, on a besoin d’hydrates de carbone quand on est en chantier, et l’écriture est un chantier.

Le dessert est en général un fromage frais, avec un carré de chocolat, jamais deux, comme le verre de vin, un seul, pas deux. Un seul carré de chocolat quotidien me permet d’être bien, de savourer le goût, sans créer de dépendance. Un café expresso.

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Au goûter, un thé anglais, avec un scone ou de la brioche maison, ou un gâteau, préparé par ma fille Ana, fine pâtissière.

Le soir, je mange toujours une soupe d’au moins cinq légumes, avec parfois des lentilles mixées, ou des pois cassés, ou de la semoule, pour un bon liant. J’ai aussi des légumes congelés, prêts à être utilisés à la machine à soupe, avec un bouillon de volaille pour assaisonner et de l’eau chauffée à la bouilloire pour aller plus vite. Les légumes sont mixés ou pas, selon les plats du moment. S’ils sont entiers, ils servent dans les salades du lendemain midi ou de garnitures pour un plat.

En dessert du soir, je mange du porridge au lait et de la compote de pommes maison.

C’est le régime d’hiver qui me permet d’être bien en période d’écriture intense, comme l’a été celle du Guide Scrivener. Pendant le chantier de bûcheronnage, qui terminera l’hiver, je ferai des plats plus conséquents comme des pâtes en sauces, du bœuf bourguignon, du pot au feu, de la choucroute, du chou farci aux châtaignes.

Les jours de fêtes, je cuisine des fruits de mer pêchés par nos soins (huîtres, coques, palourdes).

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Dans l’ensemble, j’ai un régime sobre, qui me convient bien. Des amies s’inquiétaient de ce que je ne mangeais pas assez, ne comprenant pas que je ne sorte jamais de chez moi, sauf pour faire des courses toutes les trente-six du mois ou pour aller à la pêche à pied au moment des grandes marées, sept à huit fois dans l’année.

Pas de quoi s’inquiéter : mes analyses de sang sont bonnes, ainsi que me l’avait dit mon amie-médecin : Je ne sais pas quel est ton régime, mais c’est un bon bilan !

Je ne me laisse pas abattre, j’aime trop les bonnes choses. Et puis, j’ai très faim quand je sors de quatre à six heures de travail intellectuel, qui parfois me fait plus transpirer que mes séances de tronçonneuse sur les haies du domaine.

Quand je suis en plein travail, j’ai besoin d’avoir une routine simple. Pas de prise de tête pour savoir ce que je vais manger. Donc des plats préparés d’avance, en partie congelés, pour être réchauffés quand j’en ai besoin ou envie, en assiette au four micro-ondes.

***

Je vous ai transmis quelques petits secrets de cuisine personnelle pour être en forme au cours d’une période de création.

Et vous, avez-vous des secrets pour bien écrire ?

Partagez-les, c’est stimulant.

Sans Marguerite Yourcenar, peut-être n’aurais-je jamais eu l’idée de faire mon pain. Maintenant, c’est un de mes facteurs d’équilibre et d’harmonie de vie.

Bon appétit à vous !

Gaelle Kermen,

Kerantorec, le 12 janvier 2016

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Mes recettes de cuisine simple et mes trucs de vie sobre feront l’objet d’autres Guides Kermen. Certains articles sont déjà disponibles sur mon blog de chantiers Kerantorec ou sur le blog de voyages.

Sur la yaourtière Figuine

Un chapon pour les fêtes

Recette du chou farci aux châtaignes

Sur Flickr quelques photos :

Pierre à pain et à pizza

Cuisine simple de pêche à pied

Marguerite Yourcenar : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marguerite_Yourcenar

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Gaelle Kermen est l’auteur de Scrivener plus simple, le guide francophone pour Mac, publié par ACD Carpe Diem, 2016.

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