Combat Nº 7423 Mardi 28 Mai 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Combat_28_maiLA FRANCE FERMENTE

Relance de la grève : la base, en refusant les conclusions de la Table ronde, exprime sa défiance à l’égard du régime et des syndicats

  • Une nouvelle négociation gouvernement-syndicats paraît probable.
  • Malgré quelques reprises de travail, notamment dans l’EST, le mouvement de grève se durcit.

L’ampleur et la ferveur du meeting tenu hier soir à Charléty en présence de PMF laissent présager la naissance d’un mouvement révolutionnaire

  • Le P.C. avait désavoué la manifestations. La C.F.D.T. et plusieurs fédérations F.O. s’y sont associées.
  • M. Geismar, déchargé de ses responsabilités à la tête du SNE-Sup, compte poursuivre son action révolutionnaire.

Malaise à la FGDS avant la rencontre de ce soir avec le PC

Giscard prépare sa candidature à l’Elysée

  • Le référendum fixé officiellement au 16 juin
  • La campagne s’ouvrira le 4, mais de Gaulle parlera dès le 3
  • Le texte du projet sera publié demain

LES VOYOUS NE SONT PAS DANS LA RUE
par Maurice CLAVEL

« Il faudra répéter, tant que nous le pourrons, que cette révolution est d’abord spirituelle. L’esprit se venge. Il était temps. L’espoir est là. Etudiants, jeunes ouvriers l’ont en charge. Ils ne demandent pas cent mille francs par mois, mais à changer leur vie, selon la formule dont la simplicité illumine et bouleverse. Cela irradie. Cela gagne.
Aucun n’est mort et la vie d’avant est devenue déjà impossible. Je voudrais démontrer ici au bourgeois de bon vouloir que les voyous sont en face, et notamment au pouvoir.
De deux choses l’une en effet : les abandons énormes que le gouvernement en coliques a consentis hier à notre classe ouvrière, ou il pouvait les faire, ou il ne pouvait pas.
S’il pouvait, il a donc, pendant des années, mis en coupe réglée le fruit de son travail au profit du capital, et doit être tenu pour ennemi du peuple.
S’il ne le pouvait pas, il essaye donc d’échapper à sa faillite en mettant en faillite la France même, et doit être tenu pour traître à la patrie.
Tout ce qui pourra se passer, même le pire, est absous d’avance au regard de cette honte. Un jeune homme n’a pas à dialoguer avec ces gens-là. »


REFUSER LE PIEGE
par Jean-François REVEL

« Nous sommes en train d’assister au sauvetage d’un mode archaïque du pouvoir, dans le cadre classique du système politique établi.
La plus grande secousse révolutionnaire vécue par la France en temps de paix depuis 1789 doit-elle se conclure par un renforcement des institutions et des hommes contre lesquels elle s’est produite ? (…)
En cédant, même contraint et forcé, sur le terrain économique, le régime failli ne se met pas en danger dans son principe même, et il le sait. Les conquêtes économiques des travailleurs constituent une victoire : mais cette victoire se transformera très vite en déroute si rien n’est fait pour mettre un terme à l’appropriation du pouvoir, de l’information qui en est la traduction, de la force policière qui en est la protection. (…) »

 


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 20 mai 2018

Blog auteur : gaellekermen.net

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

Combat Nº 7422 Lundi 27 Mai 1968

Journal de Paris Devise : « de la Résistance à la Révolution »

Combat_27_maiLe corps à corps Pompidou-syndicats

Deux longues journées de négociation ont permis d’aboutir à une ébauche d’accord, notamment sur les salaires et les droits syndicaux

  • Le SMIG serait porté à 3 F et les salaires majorés de 7%

  • La CGT a présenté hier soir une nouvelle revendication : l’échelle mobile des salaires.
  • En tout état de cause le travail ne reprendrait pas avant la fin de la semaine

UN SYNDICAT OUVRIER REJOINT LES ÉTUDIANTS

M. Maurice LABE secrétaire général de la Fédération FO de la Chimie recommande la lutte révolutionnaire, et participera ce soir au meeting de Charlety.


Les étudiants ne désarment pas

L’UNEF les appelle aujourd’hui à manifester à partir de 17 heures et à « s’occuper eux-mêmes de leurs affaires »

  • Meeting au stade Charlety à Paris à 17 h 30
  • Le SNE-Sup maintient son soutien à l’UNEF

Le projet de loi référendaire adopté aujourd’hui par le Conseil des ministres


Combat A 0F50
(augmentation du prix du journal de 40 centimes à 50 centimes)
Nos lecteurs se rappellent qu’à la fin de 1967 nous avions préféré retarder la majoration de notre prix de vente à 0F50 dans le souci de rester fidèles à notre conception d’une presse à bon marché.  Depuis lors, nos charges n’ayant cessé d’augmenter, et la crise actuelle nous imposant des frais supplémentaires, nous nous voyons contraints de prendre cette mesure à partir d’aujourd’hui. (…)


Extrait de l’éditorial

Le régime se soumet aux syndicats. Sera-ce trop lui demander, lorsqu’il aura achevé de monnayer sa survie, de refaire l’Université autrement que par des mots et de la refaire avec les étudiants ?


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 27 mai 2018

Blog auteur : gaellekermen.net

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

Combat Nº 7421 Samedi 25 et Dimanche 26 Mai 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Une interview exclusive d’André Barjonet

Combat_25-26_mai

NON !

LE CHEF DE L’ÉTAT DEMANDE À LA NATION DE LUI DONNER PAR RÉFÉRENDUM « UN MANDAT POUR LA RÉNOVATION »


SI LA RÉPONSE EST NON IL SE RETIRERA

LA CONSULTATION AURA LIEU EN JUIN

  • Le général de Gaulle promet, sans en préciser le contenu des réformes de structures « partout où il le faut »
  • Les syndicats accueillent mal les propos du Chef de l’État
  • M. Mendès-France : « Un plébiscite, cela ne se discute pas, cela se combat »

L’émeute a gagné hier la rive droite : 50 000 jeunes dans la rue

LES POINTS CHAUDS ONT ÉTÉ : LA GARE DE LYON, LA BOURSE, L’OPÉRA, LA RUE DE RIVOLI.

  • La manifestation s’est prolongée au Quartier Latin.
  • Violentes barrages à Lyon : un commissaire de police est tué.
  • Le mouvement fondamental de révolte a échappé aux syndicats et aux partis qui tentaient de le récupérer : répondant à l’appel des organisations d’étudiants, des dizaines de milliers de jeunes, étudiants et travailleurs, ont convergé en fin d’après-midi des portes de Paris vers la Gare de Lyon.
  • Empêchés de gagner la Bastille, ils se sont violemment opposés aux forces de la police dans la Rue de Lyon. L’émeute s’est étendue dans la nuit jusqu’à la Rue de Rivoli et au Quartier Latin.
  • Les propos du Chef de l’État ne peuvent qu’étendre et aggraver la révolte dans les jours qui viennent.
  • Dans l’après-midi les militants de la CGT ont calmement défilé sur les deux rives de la Seine.
  • A Lyon, des milliers d’étudiants et d’ouvriers se sont violemment opposés aux forces de l’ordre : un commissaire de police à été tué.

Première rencontre « au sommet » gouvernement-syndicats cet après-midi

M. POMPIDOU SOUHAITE AU MOINS UN ACCORD SUR LA SUITE DES DISCUSSIONS

M. Pompidou n’aura pas attendu l’allocution du Chef de l’État pour lancer son invitation de négociation aux syndicats qui l’ont immédiatement acceptée (…)
La négociation s’annonce difficile. La CGT a réaffirmé jeudi sa volonté de contraindre le patronat et le gouvernement à céder. La CFDT quant à elle va demander d’entrée de jeu des engagements précis sur l’abrogation des ordonnances et sur les libertés syndicales. Elles trouveront en face d’elles un patronat décidé à ne pas augmenter la charge salariale dans des proportions telles que les prix atteindraient un niveau qui ne seraient pas compétitif.
Mais on a de bonnes raisons de penser que ce gouvernement est disposé à de larges concessions. L’essentiel pour lui est de rétablir l’ordre, c’est-à-dire venir à bout des grèves et de se maintenir au pouvoir jusqu’à la date du référendum.


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 23 mai 2018

Blog auteur : gaellekermen.net

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

Combat Nº 7420 Vendredi 24 Mai 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Combat_24_mai

LA JOURNÉE-CLÉ

  • De l’ampleur de la manifestation de ce soir dépend l’évolution de la situation
  • A 20 heures à la T.V. de Gaulle va menacer, apaiser et promettre
  • Dans toute la France les paysans manifestent leur inquiétude devant les échéances européennes

Extrait de l’éditorial

A l’heure où sont écrites ces lignes, on ne connaît pas encore le bilan des violentes manifestations qui ont éclaté hier soir au Quartier Latin. Si elles ont atteint ensuite l’ampleur que l’on sait, et si de nombreux étudiants s’y sont joints, ce n’est pas pour répondre à un mot d’ordre. Les dirigeants étudiants et enseignants qui ne portent aucune initiative de cette nouvelle émeute, désiraient garder toutes leurs forces pour la manifestation de ce soir, dont la signification est précise. Les incidents survenus la nuit dernière risquent de compromettre la grande démonstration à laquelle se préparent l’UNEF, le SNE-Sup et les comités d’action. Ceux qui en redoutaient l’ampleur, c’est-à-dire le gouvernement et la CGT, auront de bonnes raisons de se féliciter d’un contretemps aussi opportun. (…)
Nous disions hier que l’évolution de la situation dépendait désormais de la rue. La CGT n’accepte pas, pas plus que le gouvernement, que tout dépende de la rue. Alors, cet après-midi, elle va chercher à dominer la rue pour étouffer les forces qui la gênent, et qui sont l’expression de la contestation la plus authentique et la plus généreuse. (…)
Peut-être en viendront-ils à bout dans l’immédiat, tant est puissante la conspiration de l’ordre établi. Mais la poussée de cette révolte est désormais irrésistible, et elle mènera à de nouveau et plus dramatiques affrontements qui chaque fois éroderont un peu plus la société en place.
Le mouvement est désormais engagé. Le discours du général de Gaulle, ce soir, ne le freinera pas. Les mots qu’il emploiera ne sonneront pas aux oreilles de la jeunesse. De toutes façons, il ne comprend pas ce qu’elle veut. Il ne l’a jamais compris. Et la réponse qu’il lui donne depuis quelques jours ne fait que la séparer un peu plus de la société qu’elle conteste.
Philippe TESSON


Étudiants et jeunes travailleurs se rassemblent à 18 h 30

à Stalingrad, à la Porte des Lilas, à la Porte de Montreuil, à la Place Clichy d’où ils convergeront vers la gare de Lyon

La CGT appelle de son côté la population à manifester sa solidarité avec les grévistes : à Paris cet après-midi défilé de la place Balard à Austerlitz et de la Bastille au boulevard Hausmann


Émeute spontanée et violente hier au Quartier Latin

Les dirigeants étudiants et enseignants n’ont pris aucune part à son initiative

  • La CFDT se dit solidaire des étudiants et prête à coordonner son action avec l’UNEF.
  • M. André Barjonet, l’un des dirigeants de la CGT, démissionne.
  • Cohn)Bendit annonce son intention de forcer la frontière cet après-midi à Strasbourg.

(Extrait) A DE GAULLE par Maurice Clavel

« Le mouvement de notre jeunesse, et particulièrement de ceux qu’on appelle les enragés ou trublions, est spirituellement magnifique. Il rend l’espoir à notre pays et à d’autres. Pour ma part, j’y retrouve à peu près ce qu’avait rêvé la jeune résistance française – communiste comprise, en dehors de l’appareil stalinien. Et voici qu’aujourd’hui mes élèves de philosophie, les meilleurs, les plus pensifs, ont lutté sur les barricades. Voici que le désordre a quelque chose de constructif et de prometteur. Voilà pourquoi le mot chienlit, s’il est vrai que le général de Gaulle l’a prononcé, est un crime contre lui-même.
Un crime et une sottise. Si le général de Gaulle fait tout pour briser l’hégémonie américaine, comment peut-il refuser que la jeunesse française se révolte de toute sa générosité contre la société américaine, source, substance et but de cette hégémonie ? Comment a-t-il pu, lui, que l’on pouvait croire d’essence spirituelle, nous imposer ce monde et ce genre de vie matérialiste, aliénant, désespérant ? Il y a là une sorte de péché contre l’esprit, que le sursaut de notre jeunesse rachète, aux yeux de notre histoire future. » (…)


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 22 mai 2018

Combat Nº 7419 Jeudi 23 Mai 1968

Journal de Paris – Devise : « de la Résistance à la Révolution »

TOUT DÉPEND DE LA RUE

après le rejet de la motion de censure et la perspective de négociations syndicats-gouvernements

 

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Extrait de l’éditorial

Tout n’est pas fini. Il reste la rue. Tout dépend de la rue. (…)
Il reste pour le pouvoir une menace, elle vient de ceux qui refusent l’ordre établi, ceux qui ont semé les grains de la révolte : les étudiants et ceux chez qui ce grain a germé : la minorité des jeunes travailleurs décidés à poursuivre la lutte en dépit des satisfactions immédiates qu’ils pourraient obtenir.
Personne ne peut mesurer leur nombre ni la portée de leur résolution. Mais ils peuvent aller loin : la manifestation que préparent étudiants et enseignants en est un témoignage. Ils ne veulent ni perdre ni trahir la révolution qu’ils ont engagée. Les dimensions de leur lutte sont la grande inconnue de la partie qui se joue : pour peu qu’elle dure, qu’elle se durcisse ou qu’elle soit marquée par un épisode dramatique, alors les calculs du général de Gaulle seront déjoués. Et ne serait-il pas normal que, puisqu’elle est née dans la rue, cette grande révolte qui secoue la France trouve son dénouement et sa victoire dans la rue ? (…)
Le problème est dans l’affrontement de deux sociétés. L’une est la société de l’ordre, du privilège et du passé, l’autre est la société du mouvement, de la justice et de l’avenir. »

Philippe Tesson


Les étudiants préparent une « manifestation dure » au Quartier Latin

  • HIER SOIR, DÉSAVOUÉS PAR LA CGT, ILS ONT MARCHÉ À 10 000 SUR L’ASSEMBLÉE NATIONALE
  • LE GOUVERNEMENT A INTERDIT EN FRANCE COHN-BENDIT

Vaste remaniement ministériel attendu

  • M. EDGAR FAURE POURRAIT SUCCÉDER À M. DEBRÉ
  • M. POMPIDOU L’A EMPORTÉ DE 11 VOIX HIER À L’ASSEMBLÉE
  • M; PISANI A VOTÉ LA CENSURE ET S’EST DÉMIS DE SON MANDAT

Après la proposition faite par M. Pompidou de les recevoir, la CGT, la CFDT et FO s’orientent vers une plate-forme commune de fait


ABSOLUMENT POUR LES ENRAGÉS par Maurice CLAVEL

Combat m’a offert d’accueillir dans ses colonnes mon éditorial-télé du « Nouvel Observateur » paralysé. Je le remercie de tout cœur. J’aurais renoncé à cet article, mais l’interdiction de Cohn-Bendit, qui achève de peindre leurs figures, lui rend une certaine actualité.

Ah ! comme vous auriez voulu qu’à jamais ils s’intéressassent au jerk, au shake, au yé-yé, à Johnny, Sylvie, Nana et Farah Dibah, à France-Soir page 2, à Paris-Presse page 31 ! Eh bien, c’est raté. L’esprit s’est levé en tempête au moment où je ne l’espérais plus, et voilà que tout est changé, car tout ce qui était devant nous est déjà devenu physiquement impossible. (…)


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 21 mai 2018

Blog auteur : gaellekermen.net

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

Combat Nº 7418 Mercredi 22 Mai 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Des députés plus croupions que jamais

Ils accorderont aujourd’hui leur confiance au gouvernement Pompidou

  • Les rapports FGDS-PC semblent soudainement marquer le pas

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Le coup du référendum

  • DE GAULLE POURRAIT ANNONCER VENDREDI UN RÉFÉRENDUM POUR LE MOIS DE JUIN QUI PORTERAIT SUR LA PARTICIPATION DES TRAVAILLEURS À LA GESTION DES ENTREPRISES ET DES ÉTUDIANTS À LA GESTION DE L’UNIVERSITÉ
  • CE RÉFÉRENDUM SERAIT PRÉCÉDÉ D’UN REMANIEMENT MINISTÉRIEL QUI VISERAIT NOTAMMENT MM. JOXE, PEYREFITTE, GORSE, MISOFFE ET JEANNENEY
  • M. RENÉ CAPITANT REMET SA DÉMISSION DE DÉPUTÉ

8 millions de grévistes

  • Le mouvement a gagné l’industrie lourde
  • Les grands magasins touchés
  • Pas de taxis aujourd’hui
  • Difficultés à court terme pour les banques
  • Premiers contacts restreints syndicats-patronat, mais l’heure n’est pas à la négociation

Extrait de l’éditorial de Combat

 » Le général de Gaulle a gagné la première manche de sa bataille : la manche parlementaire. Il faut dire que c’était la plus facile. (…) Aurait-on cru, à entendre parler les députés, que la France traverse la crise la plus grave qu’elle ait connue depuis la Libération ? Aurait-on cru, à écouter les orateurs de la gauche, que la masse des jeunes Français est prête à la révolte et que des millions de travailleurs mettent en accusation le pouvoir ? Le pouvoir est à prendre, et même à ramasser… »

Philippe Tesson


Extrait de l’article LA CHIENLIT ET LE GENERAL

« Vous avez certainement deviné, mon Général, que tous les étudiants, depuis les plus enragés jusqu’aux plus benoîts, ont un dénominateur commun : ils cherchent quelque chose que nous ne savons pas leur donner. Ils cherchent des valeurs contemporaines qu’il soit impossible de peser sur le trébuchet de l’usure ou de faire figurer dans les calculs de l’économiste. Tel est le sens de leur rejet de la « société de consommation ». (…)
La jeunesse, dont les étudiants sont les hérauts, est à la recherche, derrière son masque de chienlit, d’un air respirable. Elle veut ouvrir les fenêtres obturées par notre enseignement. (…)
La jeunesse de France est à la recherche d’une noblesse. J’ose dire qu’elle est à la recherche d’une nouvelle aristocratie. Je suis certain, mon Général, que vous l’avez comprise. Elle vous donnera la noblesse que vous n’avez pas su luir donner, quelque grande que soit votre noblesse personnelle. »

Jean Savard


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 20 mai 2018

Philippe Tesson 

Blog auteur : gaellekermen.net

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

Combat Nº 7417 Mardi 21 Mai 1968

Journal de Paris
Devise : « de la Résistance à la Révolution »

LA GANGRENE

La situation politique et sociale se détériore d’heure en heure

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La grève se durcit

et son extension prend un caractère irrésistible

  • La C.G.T. et le P.C. demandent l’abrogation des ordonnances sur la S.S. l’augmentation générale des salaires, la réduction du temps de travail, la reconnaissance des libertés syndicales.
  • Tous les Service publics paralysés.
    — SNCF, TATP et PTT : Grève totale.
    — EDF : Occupation des centres mais pas encore de coupures.
    — Banques : Arrêt total prévisible après la décision de grève à la Banque de France.
    — Chèques Postaux : Arrêt total.
    — Grève des taxis demain.
  • Les paysans manifestent vendredi et menacent de dresser des barricades sur les routes de l’Ouest.

Impasse politique

  • De Gaulle continue d’observer le silence
  • Débat sur la motion de censure cet après-midi : son issue dépendra de l’attitude de quelques élus gaullistes.
  • Giscard demaine à être reçu par de Gaulle
  • Le P.C. : une situation nouvelle est créée.

A nos lecteurs

LES PERTURBATIONS PROVOQUÉES PAR LES GRÈVES DANS NOS TRANSMISSIONS NOUS OBLIGENT À RÉDUIRE À HUIT PAGES LE PRÉSENT NUMÉRO DE COMBAT NOUS PRIONS NOS LECTEURS DE NOUS EN EXCUSER

Extrait DE GAULLE DANS LA TOURMENTE

Par René DABERNAT

« De Gaulle a tenté pendant dix ans de changer les Français mais ce sont les Français qui sont en train de changer le régime gaulliste et, peut-être de le répudier.

Lorsqu’un régime a contre lui une partie des étudiants, il est menacé ; lorsqu’il se heurte, en plus, à un nombre croissant d’ouvriers et de paysans, il est ébranlé ; si l’unité étudiants – ouvrier – paysans s’établit, il est perdu.

Les deux premières phases dy processus sont entamées : les étudiants occupent la Sorbonne, de nombreuses facultés de province et même l’Odéon ; les ouvriers occupent les usines Renault ; les paysans, notamment ceux de Bretagne, manifestent. Le régime ne doit sa survie qu’à l’absence d’unité entre les trois catégories de révoltés et à la crainte qu’inspirent les événements à ceux qui, à droite et dans la haute bourgeoisie libérale, critiquaient le plus, jusqu’ici, le général. »

Extrait de l’éditorial

« Débordé, désarmé, le général de Gaulle est au bord de la faillite. Le pouvoir est à prendre. »

Combat


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 19 mai 2018

Bientôt la sortie du livre Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne, archives, souvenirs, bilan, édition du cinquantenaire
ACD Carpe Diem 2018

Combat Nº 7415 Lundi 20 Mai 1968

Il y a cinquante ans, le quotidien Combat sortait ses Unes sur les événements de Mai 68.

Journal de Paris « de la Résistance à la Révolution »

Je les ai conservés pendant la durée du Comité d’Occupation de la Sorbonne à Paris du 16 Mai au 17 Juin 1968.

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LE PROCESSUS EST ENGAGÉ…

Tandis que le mouvement de grève se généralise, de Gaulle va consulter « des personnalités de différents horizons »

  • Mendès-France : le pouvoir doit se retirer

Débat sur la censure demain

  • Les centristes divisés sur le vote qui devrait avoir lieu mercredi soir.
  • M.Capitant votera contre le gouvernement.
  • M. Lecanuet demande la démission du gouvernement.
  • De Gaulle maintient son allocution de vendredi.
  • Plusieurs conseils restreints ont eu lieu à Matignon sur le maintien de l’ordre.

La France paralysée

  • 2 millions de travailleurs en grève.
  • Plus de trains, d’autobus, de métro, les centres de l’E.D.F. occupés, plus de courrier, d’avions, de bateaux.
  • Les bassins houillés diversement affectés.
  • Les chèques postaux fermés. Les banques et la distribution d’essence menacés.
  • 90 000 sidérurgistes se décident aujourd’hui ainsi que Sud-Aviation Toulouse.
  • La Fédération Chimie-F.O. appelle à la grève et à l’occupation des bâtiments.
  • L’O.R.T.F. combat pour son autonomie
  • L’agitation gagne la police parisienne

La « révolution culturelle gagne le Festival de Cannes qui est supprimé.

L’Opéra, l’Opéra-Comique, la Comédie-Française et le TNP occupés et en grève

Sorbonne : M. Las-Vergnas doyen par interim en remplacement de M. Durry

M. Peyrefitte : les examens doivent avoir lieu

Extrait de l’éditorial

« Le gouvernement s’est laissé enfermer dans une situation inextricable, à laquelle la révolte étudiante a permis de se cristalliser. On ne saura jamais assez gré aux étudiants d’avoir révélé par leur colère le malaise qui existe en France et auquel interdisaient de s’exprimer à la fois la lâcheté de la nation et l’oppression bonhomme du pouvoir. Sur cette révolte s’est greffée une  revendication sociale généralisée.

Combat


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 18 mai 2018

Blog auteur : gaellekermen.net

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

Combat Nº 7414 Vendredi 17 Mai 1968

Il y a cinquante ans, le quotidien Combat sortait ses Unes sur les événements de Mai 68. Devise : « de la Résistance à la Révolution »

J’ai conservé la collection des journaux publiés pendant la durée du Comité d’Occupation de la Sorbonne à Paris du 16 Mai au 18 Juin 1968.

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Une : Au pays de trancher

Extrait de l’éditorial de Combat

Quelques maladresses de taille accumulées en dix jours viennent de mettre à nu la fragilité d’un régime qui depuis dix ans se targue avec une assurance souveraine d’être l’un des plus solides que la France ait connu. Ainsi, et que de fois l’avons-nous dit, tout n’était que façade, masque et artifice. Derrière la suffisance il y a l’insuffisance, derrière le mépris le désarroi. Il a suffi que quelques étudiants intrépides prennent la rue pour la défense d’une cause aussi abstraite et aussi peu publique que l’anéantissement de la société de consommation pour qu’un véritable débat s’instaure dans le pays, pour que sonne une heure de vérité nationale et pour qu’apparaisse la faiblesse du régime gaulliste.

(…) Le chantage à l’ordre n’est pas admissible quand il est l’arme d’un faible pour qui c’est le seul moyen de se maintenir au pouvoir.

Combat

  • La situation se dégrade rapidement sur les fronts politique, social et universitaire
  • La FGDS et le PC demandent la démission du gouvernement et des élections générales
  • Grèves chez Renault et occupation de l’usine à Cléon
  • Manifestation ce soir à 20 h 30 devant la TV, rue Cognacq Jay, des étudiants, enseignants et chercheurs, après une série de meetings dans Paris à partir de 18 h 30

Le gouvernement durcit sa position

  • « Les examens devront avoir lieu dans le secondaire et le supérieur » déclare un communiqué officiel.
  • « Le gouvernement ne pourra tolérer que l’ordre républicain puisse (…) être atteint et entend protéger tous les citoyens contre la subversion. »

    Gaelle Kermen, Kerantorec, le 17 mai 2018

    Blog auteur : gaellekermen.net

    Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

Combat Nº 7413 Jeudi 16 Mai 1968

Il y a cinquante ans, le quotidien Combat sortait ses Unes sur les événements de Mai 68. Devise : « de la Résistance à la Révolution »

J’ai conservé la collection des journaux publiés pendant la durée du Comité d’Occupation de la Sorbonne à Paris du 16 Mai au 18 Juin 1968.

Premières tentatives de récupération

Le doyen Zamansky propose à ses étudiants d’élire leurs représentants à un conseil de co-gestion

Le professeur Kastler marque les limites du soutien des enseignants à la cause étudiante

  • Dans les Facultés, à Paris et en province, l’occupation des locaux par les étudiants se poursuit, et les commissions étudiants-enseignants se multiplient.
  • Nanterre reste à la pointe du mouvement qui a gagné la Faculté de Médecine.
  • Le Conseil Etudiant de Strasbourg refuse l’autonomie expérimentale « octroyée » par M. Peyrefitte.
  • Des professeurs proposent la réunion d’Etats Généraux pour réviser les structures des carrières universitaires et de recherche, les méthodes d’enseignement et les programmes.
  • M. Pompidou laisse au général de Gaulle le soin de décider des conditions d’application de l’amnistie.
  • Le Premier Ministre ajourne son voyage à Lille.

Le voyage du chef de l’Etat en Roumanie

« Nous, Roumains et Français, voulons être nous-mêmes » déclare le général de Gaulle devant la grande Assemblée nationale roumaine

Extrait de l’éditorial de Combat

« Les heures qui viennent vous être décisives pour l’avenir du profond mouvement étudiant qui intéresse maintenant la France tout entière.

(…) Les dirigeants étudiants doivent maintenant mesurer jusqu’où ils ne peuvent pas aller trop loin (…) Ils ont derrière eux une masse de garçons et de filles désormais profondément sensibilisés non pas au problème étudiant mais à la construction d’une Université moderne. Le résultat acquis est immense. Il ne faut pas le laisser échapper. (…) Ils ont prouvé leur détermination, ils ont acquis leur autonomie, ils sont parvenus à leurs justes fins, à savoir l’écroulement de l’Université traditionnelle. (…) Et dans la mesure où la société est en germe dans l’Université, la victoire que viennent de remporter les étudiants est déjà considérable.

Philippe Tesson


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 16 mai 2018

Blog auteur : gaellekermen.net

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

Mai 68 : la Une du Nouvel Observateur, le film de Michel Cournot à Cannes

Première Une de Mai 68 : le Nouvel Observateur du 30 avril au 7 mai 1968

Le film de Michel Cournot à Cannes

Très émue de commencer cette série de publication de Unes de journaux d’archives par la couverture de la revue Le Nouvel Observateur avec le profil de Cournot.

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Au cours de ma vie, il m’est arrivé de raconter certains éléments essentiels de mes années 60, je parlais alors de l’importance qu’avait eu, au début de mes études, ma lecture hebdomadaire des articles de Michel Cournot sur le cinéma dans Le Nouvel Observateur auquel j’étais abonnée. Parfois, j’ai rencontré des gens qui lisaient aussi le Nouvel Observateur rien que pour les chroniques de Cournot. Nous nous reconnaissions admirateurs de Cournot, soudain émus et nostalgiques d’une époque révolue. Les adorateurs de Cournot sont aussi décalés en cinéphilie que les fans de Kevin Ayers en musique pop des années 70 ou les lecteurs de Malcolm Lowry en littérature anglo-saxonne des années 50. Une espèce à part, avide de champs inexplorés, de découvertes enthousiastes, hors des chemins balisés par la mode imposée. Nous formions presque une société secrète.

Michel Cournot fait partie des personnes qui m’ont donné envie d’écrire et m’y ont encouragée. Son univers était toujours hors des sentiers battus, mais il nous faisait, dans un simple article, vibrer de tant de façons qu’on se sentait régénéré pour la semaine, dans l’attente du jeudi suivant pour le prochain article.

En avril 68, juste avant les événements de Mai qui allaient annuler le Festival de Cannes pour la première fois depuis sa création, Michel Cournot n’était plus critique de cinéma au Nouvel Observateur. Il avait été viré dès 1966, parce que les lecteurs normaux n’aimaient pas qu’il «  parle de tout, sauf de cinéma ».  Il avait été remplacé par Jean-Louis Bory, qui avait eu le prix Goncourt pour son roman Mon village à l’heure allemande.

Michel Cournot avait tourné un film Les Gauloise bleues. Il devait être projeté au Festival de Cannes. Le Festival n’a pas eu lieu. Cournot n’est pas entré dans l’histoire du cinéma. Mais il est resté dans le cœur et la mémoire de quelques uns d’entre nous, qui lui rendons encore hommage après plus d’un demi-siècle.

De la revue, je n’ai gardé que la couverture dans mes archives.

Les hasards des déménagements impliquaient des choix, j’ai arraché la couverture de ce numéro de Mai, sans doute quand, au mois de juin 1968, j’ai brûlé beaucoup de papiers avant de quitter la rue Visconti où j’habitais avec mon révolutionnaire malgache, Michel Bablon. Il m’a fait brûler des revues cubaines qui pouvaient être compromettantes si une descente de police arrivait dans l’appartement que nous avions prévu de quitter par les toits… Je ne pouvais pas brûler Cournot !

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Je regrette de n’avoir pas conservé la collection des numéros du Nouvel Observateur, restées chez mes parents à Saint-Leu-la-forêt, qui ont dû aussi faire des choix quand ils sont revenus habiter en Bretagne.

J’ai gardé les livres de Michel Cournot dans ma bibliothèque, près de ceux de son neveu Patrice Cournot. Tous deux ont été des phares dans ma vie.

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Bibliothèque : livres de Michel et Patrice Cournot (archives personnelles)

J’aimerais tellement pouvoir relire tous les articles de Cournot.

Ils mériteraient une réédition dans un recueil dédié à son souvenir, rien que pour lui.

Gaelle Kermen,

Kerantorec, le 30 avril 2018


Livres de Michel Cournot : Le premier spectateur et Enfants de la Justice

Livres de Patrice Cournot : Le jour de gloire, Le bonheur des autres, Le retour des Indiens Peaux-rouges


Mes cahiers sur cette époque : Le vent d’Avezan et Le soleil dans l’œil.


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 30 avril 2018

Blog auteur : gaellekermen.net

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne


Pour en savoir plus sur le film de Cournot à Cannes :

https://www.festival-cannes.com/en/films/les-gauloises-bleues

Sur l’attitude de Michel Cournot pendant les événements de Mai 68, voir :

http://www.cannes.com/fr/culture/cannes-et-le-cinema/le-festival-de-cannes/histoire-du-festival-de-cannes/de-1939-a-nos-jours/les-annees-70-un-nouveau-depart-apres-la-crise-de-mai-1968.html

« Les réalisateurs Milos Forman, Jan Nemec, Michel Cournot, Salvatore Samperi et Mai Zetterling ont un film engagé en compétition mais, témoins de la scène, ils se rangent immédiatement aux côtés des contestataires et se retirent du concours, encourageant les autres candidats et les membres du jury à les rejoindre. »



Guides francophones Scrivener : un marketing subtil

Hier, j’ai eu la bonne surprise de voir que tous mes guides publiés sur Amazon étaient dans le top 9 de la catégorie Logiciels. D’abord, j’en voyais deux, puis quatre, puis six… Petit instant de douceur intérieure, savourée.

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Je dois reconnaître que les couvertures sont belles, toutes se répondent et se correspondent. Les guides d’origine ont un fond noir, les coffrets un fond de couleur que j’avais calqué sur les couleurs de l’iPhone 5c de 2013 vu la première fois à l’Apple Store du Carousel de Paris. Vert pour le coffret Mac et iOS, bleu pour Windows et iOS et jaune pour Mac, Windows et iOS. Et c’est beau. Adam Molariss a bien travaillé ses graphismes.

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Si j’ai un décalage avec le marketing traditionnel, comme je l’ai expliqué dans mon précédent article, il y a un conseil avec lequel je suis totalement d’accord. Je ne parle pas des auteurs de guides qui ont écrit un livre et prétendent nous expliquer comment on fait, alors qu’ils ne savent même pas formater le leur. Je parle de quelques spécialistes ayant une bonne expérience de la publication numérique indépendante. S’il y a un conseil avec lequel je suis d’accord, c’est qu’après un premier livre, il faut en écrire un autre, puis un autre, puis un autre. Il me paraît plus important de publier que de mercater. J’appelle ça le marketing subtil. En publiant plusieurs livres, vous augmentez les chances de référencement par les moteurs de recherche d’abord et de repérage par les lecteurs potentiels ensuite. Subtilité exponentielle des algorithmes.

Donc après la dépression post-scriptum, reprenez vos notes, revoyez vos projets, choisissez celui que vous avez le plus à cœur au moment donné, et concentrez-vous sur votre objectif. Je peux vous assurer que vous ne le regretterez pas.

J’ai la fierté légitime d’avoir aidé des centaines d’auteurs à travers le monde, des auteurs pas assez anglophones pour suivre la documentation fournie par le logiciel et l’application Scrivener. Les guides Scrivener ne faisaient pas partie de mes programmes de départ. J’ai d’abord aidé un auteur. Mes fiches rédigées pour lui faire comprendre comment utiliser Scrivener pour écrire et formater ses livres pouvaient servir à d’autres. C’est ainsi que l’aventure a commencé, en chemin de traverse par rapport aux écritures prévues.

Rien n’avait été publié en français pour le logiciel Mac. Après le guide sur le logiciel de bureau Mac, des auteurs me l’ont demandé pour Windows. Alors je l’ai fait pour Windows, me replongeant dans le monde PC.

Ensuite, l’application pour iPad et iPhone est sortie. J’étais si émerveillée des possibilités qu’elle offrait que j’ai entamé tout de suite l’écriture du guide que des auteurs me demandaient aussi.

Puis, Scrivener 3 est sorti et j’ai étudié, appliqué, analysé, lu et relu toute la documentation disponible, exclusivement en anglais, les deux tutorials du créateur de Scrivener, le manuel complet de 846 pages, le premier livre écrit en anglais sur Scrivener 3 de Keith McElhearn dans la collection Take Control of et le mini cours proposé par Gwen Hernandez, l’auteur de l’ouvrage de référence Scrivener for Dummies (2012).

Enfin, j’ai passé toutes ces pages au crible de l’expérience que je pouvais avoir en découvrant cette nouvelle version du logiciel Scrivener 3. Le logiciel est devenu plus clair et plus fluide, l’interface allégée, de nombreuses subtilités permettent une écriture plus aisée et une meilleure compilation au moment de la publication. Le quatrième guide était écrit deux mois après la sortie de la nouvelle version de Scrivener.

En découvrant la nouvelle version 3.0, j’avais d’abord tenté d’aller tout de suite à la fin, c’est-à-dire compiler un PDF, pour voir si c’était comme dans Scrivener 2. Eh be, non ! Sinon, c’était pas la peine que Scrivener il se décarcasse ! Je suis vite revenue au début, j’ai oublié ce que je savais du logiciel et de l’application, je n’ai pas essayé d’appliquer mes habitudes, je me suis laissé porter par les découvertes de la nouvelle philosophie de Scrivener 3 et j’ai été enchantée. Maintenant, je suis opérationnelle sur tous les fronts, blogs, livres et aides aux auteurs !

Est-ce à dire que j’y passe toutes les heures de mes jours ? Non. Jamais je ne travaille plus de quatre heures par jour à mes travaux intellectuels. Je passe beaucoup de temps dehors ou à lire sous la couette quand le temps ne me permet pas de sortir. Deux à quatre heures par jour me suffisent à étudier la documentation et à appliquer ce que j’en analyse pour mes besoins. Mais ce sont des heures de concentration absolue, sans distraction, des heures privilégiées de bienveillance à l’égard du logiciel. Si je bloque sur quelque chose, il ne me vient pas à l’idée de critiquer le logiciel, mais plutôt moi-même, qui n’ai pas dû bien suivre les recommandations en voulant aller trop vite. Je crédite le concepteur de Scrivener d’une intelligence que je n’ai pas encore (du sens latin initial intellegere, comprendre), parce que j’ai sauté des étapes d’analyse. Démarche toute cartésienne : « Toujours tâcher à me vaincre que la fortune, plutôt changer mes désirs que l’ordre du monde. » (Discours de la méthode, 1637, René Descartes, troisième maxime)

Le résultat a été au-delà de mes espérances.

Non seulement, j’ai écrit un guide de 433 pages, illustré de 300 images, le plus complet qu’il m’était possible, mais j’ai continué à prendre des notes sur les quatre autres projets en cours, issus de l’essai commencé pendant le Camp NaNo de juillet 2017. Et j’ai commencé un autre ouvrage sur Mai 68 à paraître le 3 mai prochain.

Plus j’avance dans la connaissance de Scrivener, plus il m’est facile d’ajouter des projets, dont certains attendaient dans les oubliettes des disques durs sauvegardés.

La nouvelle organisation de mes cahiers mise en place début janvier 2018 se révèle efficiente et prolifique. Tant que j’en suis à la phase de collecte des idées et des notes (principe de Scrivener : une idée = une note), je garde les projets dans le gros projet quotidien de mon 2018-JOURNAL. Ainsi je ne perds rien, je butine et récolte. Puis, quand il me semble que les projets nouveaux peuvent prendre leur envol en vue d’une écriture et d’un formatage, je les sors du gros Journal pour vivre leur vie indépendante. C’est le moment de me concentrer sur un seul projet pour le mener à bien. Ce qui ne m’empêche nullement de continuer à nourrir les autres projets des idées qui pourraient surgir lors d’un tour à vélo au bord de la mer ou lorsque je relis Tolstoï comme je l’ai fait cet hiver.

En ce moment, je me prépare pour le Camp NaNoWriMo du mois d’avril. J’ai ressorti des cartons d’archives mes documents sur Mai 68. J’ai organisé les notes déjà écrites au fil des cinq décennies dans mes cahiers d’écriture. Il est temps de faire le bilan de cette expérience exceptionnelle que le hasard de l’histoire m’a permis de vivre au Comité d’occupation de la Sorbonne en Mai-juin 68. Et pourtant, le jour où l’histoire de Mai 68 commençait, la mienne a failli s’arrêter. Le 22 mars 1968, j’ai fait une tentative de suicide en attendant mon révolutionnaire retenu à Nanterre. Comme quoi, on peut survivre aux drames et en faire des points de force pour l’avenir.

Il est clair que je n’aurais jamais fait autant de travail sur Word ou pour Word, qui m’a toujours plombée. Après quatre ans, je ne cesse de me féliciter d’être passée sur Scrivener qui me permet de réaliser tous les écrits de mes rêves et plus encore. Ces guides spécialisés n’étaient pas dans mes programmes de départ. Ce sont des chemins des écoliers que j’ai empruntés pour aider les auteurs non-anglophones. Je ne regrette pas d’avoir pris le temps, la peine, puis le plaisir, de me former pour former les autres. Grande fierté légitime.

N.B. Bien sûr, ces guides sont écrits pour des auteurs sachant lire et acceptant de suivre les procédures exposées. Rien ne se fait tout seul. Rien n’est donné sans effort. Mais une fois qu’on s’est formé en suivant les exemples pratiques que je donne en modèles pour entrer dans le logiciel, tout devient simple et facile. On peut écrire tout ce qu’on avait prévu et plus encore ! On peut même se lancer des défis en participant aux mois du NaNo et les remporter sur soi-même !


One more thing – Un dernier point

Le tutoriel interactif fourni par Scrivener en anglais a été traduit en français par Mathieu Nicolas, l’administrateur du groupe Facebook ScrivenerFR. Il est disponible ici :

https://www.dropbox.com/sh/yum67joh99iublj/AACksH0m-2vpldVhspotGzoma?dl=0

Le tutoriel en français est au format .scriv, comme l’est le tutoriel anglais.
Il est au format Scrivener 3.0 pour Mac.

La version Windows sortira dans le courant de l’année 2018.

Si vous voyez des tournures qui pourraient être améliorées, apportez votre contribution au travail préalable de traduction fait par Mathieu.  Le tuto est perfectible et toutes les bonnes volontés sont souhaitées pour l’améliorer. Merci à vous !


Bibliographie anglophone sur Scrivener 3.0

https://www.takecontrolbooks.com/scrivener-3

http://gwenhernandez.com/2017/11/20/scrivener-3-and-a-free-mini-course/


Projet en cours au mois d’avril 2018

https://campnanowrimo.org/campers/gaellekermen/projects/des-paves-a-la-plage-mai-68-vu-par-une-jeune-fille-de-la-sorbonne

Si vous voulez participer à la cabane que j’ai créée pour le groupe ScrivenerFr, envoyez-moi votre pseudo pour que je vous invite. Pour cela, il faut que vous ayez d’abord créé un projet pour le mois d’avril. À bientôt pour plus d’informations !

Belles écritures,
Gaelle Kermen,
Kerantorec, le 25 mars 2018


Post Scriptum
En écrivant l’article, j’avais fait un lapsus linguae significatif, datant mon suicide du 22 mars à cette année. Heureusement, l’œil de lynx de mon correcteur vigilant, Philippe Thoueille (auteur de Au Pied de votre arbre, manuel de généalogie à l’usage des chercheurs d’ancêtres) a relevé ma coquille. Au moins, je suis déjà dans l’ambiance de Mai 68, je m’y crois encore. En meilleure forme :) Merci, Philippe !


L’auteur
Gaelle Kermen est l’auteur de plusieurs guides francophones sur le logiciel et l’application Scrivener (Mac, Windows, iOS, Scrivener 3).

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